Sur la thérapie de couple et sur le divorce (en politique)

©RTL BELGIUM

L’expérience nous a appris une chose: aussi sûrement qu’approche une crise politique aussi pressants se font les appels des responsables politiques.

En vérité, on vous le dit, c’est parfois une bien curieuse tâche que celle de journaliste politique, et elle peut vous emmener sur des sentiers que vous n’auriez jamais imaginé emprunter. Tenez, le job de thérapeute familial, par exemple. Ou même celui de thérapeute de couple, eh bien, assez invariablement va-t-il de pair avec celui d’observateur de la vie politique? Attention: l’idée n’est pas de remettre les ménages politiques ensemble ou de les défaire, nous on est neutre, chère madame, mais l’expérience nous a appris une chose: aussi sûrement qu’approche une crise politique aussi pressants se font les appels des responsables politiques.

On a promis de ne jamais dévoiler la couronne, on a juré que le off était sacré. Le "off", vous savez, c’est ce qu’un politique dévoile à son interlocuteur en lui faisant promettre de ne rien répéter même s’il espère (secrètement) que ça se répétera. Quand un politique fait du off, il le fait à son propre avantage et pour vous livrer sa version d’une histoire, de l’Histoire, et d’une manière ou d’une autre, il espère bien que cela lui servira. Donc, il espère qu’on fera bon usage de la matière brute, du off qu’il a placé entre nos mains.

Mais on a promis de ne rien répéter, donc on ne balancera pas.

En 2007, par exemple, au hasard, une certaine JM et un certain DR, appelons-les comme ça, furent contraints de cohabiter. Dans la torpeur de l’été, aux grilles du château de Val Duchesse, là où se négociait une coalition orange-bleue (ça ne s’invente pas), libéraux et centristes en vinrent progressivement à ne plus pouvoir s’encadrer. La tension montait au fil des jours et les coups de fil de JM et DR à votre serviteur se faisaient plus réguliers, chacun livrant sa version des scènes vécues, comme dans un ménage qui se fissure. Le vrai thérapeute de couple de l’époque, un certain YL, n’était absolument pas à la hauteur des enjeux, et était planté comme une chèvre au milieu d’un jeu de quilles. Mais les téléphones chauffaient.

On pourrait vous citer une panoplie d’exemple du style où le journaliste politique prête une oreille plus ou moins attentive aux doléances des négociateurs. Ce fut le cas lors des 541 jours sans gouvernement, ce fut le cas, encore, lorsque les Wallons se firent chantres de la lutte contre le Ceta. Les coups de fil, au hasard bien sûr, d’un certain PM, se faisaient cinglants, etc, etc.

Bref.

Mais voici, amis lecteurs, notre point.

Là où nous souhaitions vous emmener.

Cette semaine, j’ai remis ma casquette de thérapeute et j’ai entendu la logorrhée caractéristique des débuts de crise politique. Ce discours où la critique et les reproches ont pris le pas sur les compliments et l’enthousiasme.

C’est un signe qui ne trompe pas ou très rarement.

Mettons (encore une fois) des initiales au hasard: CM et BDW.

Deux personnages ayant construit pas à pas une relation de confiance, qui après s’être apprivoisés et appréciés, aujourd’hui ne se comprennent plus. Comment se fait-ce, demanderez-vous, y a-t-il, un amant ou une maîtresse dans ce couple? Non. La lassitude, alors? Peut-être. Probablement, même. L’un et l’autre semblent avoir été au bout des concessions qu’ils peuvent mutuellement se faire et les positions sont si éloignées qu’on les imagine désormais très mal poursuivre ce mariage. Ils sont dépendants aussi de ce qu’on pense d’eux, l’un est francophone, l’autre est flamand, leurs mondes sont si différents. Quand l’un estime avoir tout donné pour le succès du mariage, l’autre pense, à l’inverse, qu’il n’y a pas mis tout son cœur et sa passion. Mais les deux, en vérité, regardent déjà ailleurs, leurs horizons s’éloignent, leur mariage n’est déjà plus qu’une ruine fumante même s’ils ne l’ont sans doute pas encore compris. Le pire, c’est de s’accrocher, en politique comme en amour. Vivre de ce qui a été bâti et non pas de ce qui reste à construire.

Car, enfin, que reste-t-il comme projets communs à ces deux-là? Peut-être l’ambition de préserver les acquis? Ce n’est pas assez pour faire vivre une idylle et/ou un gouvernement.

Voilà ce qu’on en dit, voilà ce qu’on en pense.

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