Sur le football et la politique

©Debby Termonia

Il en va souvent de la politique belge comme du football – le collectif et/ou le talent d’un seul joueur peuvent faire la différence.

J’ai croisé Alain Courtois cette semaine. On a bu un café, il a pris un thé, on a partagé l’addition. Et on a parlé football et on a parlé politique – ses deux passions. Et puis Alain Courtois s’en est allé et j’ai cogité – ça m’arrive. Il en va souvent de la politique belge comme du football – le collectif et/ou le talent d’un seul joueur peuvent faire la différence.

La N-VA, par exemple, la formation nationaliste flamande, laisse peu ou pas de place à l’improvisation – chacune des phases de jeu est préparée et étudiée longtemps à l’avance. Mieux même: la N-VA est une équipe qui dicte le tempo et le rythme politique et force toutes les autres formations à caler leur manière de jouer sur celle qu’elle a imaginée. Le schéma tactique est toujours le même: non seulement, ce parti impose les thèmes qu’il veut à l’agenda – cela peut aller de l’immigration au socio-économique en passant par le communautaire – mais il impose aussi la manière dont les autres formations politiques vont placer leurs candidats sur les listes dans la perspective des futures élections.

Sur les thèmes qui font débat, la N-VA lance invariablement un de ses buteurs (Theo Francken,…) vers le goal en balançant une idée/proposition/phrase choc. Parfois même le capitaine/Numéro 10 (Bart De Wever) mouille lui-même le maillot en montant à travers les lignes adverses. C’est ce qu’il avait fait il y a quelques mois en sortant une punchline bien lourde sur l’usage de la drogue à Anvers.

"Qui vit par le glaive périra par le glaive"

Pareil pour le dispositif et système de jeu: la N-VA a encore pris tous ses adversaires politiques de court cette semaine en annonçant que Bart De Wever était candidat ministre-président flamand et Jan Jambon candidat Premier ministre fédéral. Inévitablement, les autres partis vont caler leur propre système de jeu et leur rhétorique de campagne là-dessus: pour ou contre Bart De Wever comme "numero uno" flamand? Même les formations politiques francophones vont se positionner par rapport à ce système de jeu – singulièrement le Parti socialiste qui demeure le meilleur ennemi de la N-VA. À l’image des duels entre l’équipe nationale de Belgique et celle des Pays-Bas. C’est une tête d’affiche difficilement remplaçable et chacun attend cette confrontation avec impatience.

Mais la politique, fort heureusement, comme le football, n’est pas une science exacte et le meilleur des systèmes de jeu peut avoir des failles. Un grain de sable peut enrayer une mécanique bien huilée. Ainsi l’affaire du conseiller communal N-VA Melikan Kucam, qui a éclaté cette semaine, est-elle particulièrement embarrassante pour la N-VA et son Numéro 9 Theo Francken. La maxime dit: "Qui vit par le glaive périra par le glaive". Certes, on en est pas là, et les conséquences politiques devraient être limitées pour Theo Francken vu qu’il n’est plus ministre. Mais… Car il y a un "mais". Voir Theo Francken et sa marque de dur/incorruptible associés de près ou de loin à une potentielle affaire de trafic de visas humanitaires, c’est un coup dur pour la N-VA. Il va falloir éviter le football panique.

Et les parallèles entre le foot et la panique sont quasiment infinis. Prenez la décision de Benoît Lutgen de passer le brassard de capitaine si soudainement. Il le donne à un autre joueur en pleine partie – comme si Kompany lâchait le capitanat de City en plein match de Champion’s League. Le Parti socialiste n’échappe pas non plus à la comparaison avec le monde du ballon rond. Deux stars s’y disputent en effet le premier rôle. Elio Di Rupo est le capitaine d’équipe qui a gagné plusieurs championnats mais dont les équipiers redoutent qu’il fasse la saison de trop; Paul Magnette est le milieu de terrain intrépide qu’on maintient sur le banc de touche parce qu’il n’a pas encore prouvé sa valeur lors d’une vraie compétition.

Le risque, évidemment, quand on maintient des joueurs de talent sur le banc, c’est évidemment que le remplaçant ronge son frein trop longtemps et finisse par perturber l’équilibre de l’équipe…

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