Gaspillage et soumission

©DAOUST

"L’État providence est une des créations les plus belles – mais les plus bancales – de l’Humanité. Il nous a donné une multitude de droits, et nous en avons tiré un confort de vie encore inédit dans l’Histoire. Mais c’est dans la nature humaine que de se laisser aller, et d’une manière générale d’abuser de ses droits. De gaspiller encore et toujours plus."

Dans notre société moderne, le gaspillage est omniprésent. Toute une série de ressources (temps, argent, ressources naturelles…) sont gaspillées en permanence en raison d’absurdités sociétales ou de la tendance humaine à se laisser aller. De nombreuses solutions technologiques sont en train d’émerger, qui permettront d’éviter ou de limiter ces gaspillages. Petit à petit, ces solutions technologiques pilotées par l’intelligence artificielle (I.A.) prendront le pas sur notre liberté. Exemple?

Des apps de type Uber et Waze apportent d’ores et déjà des solutions aux problèmes de mobilité. Dans quelques années, les voitures autonomes partagées pilotées par l’I.A. diminueront de manière drastique le besoin de posséder sa voiture. Fini pour beaucoup de gens, de perdre deux heures par jour à conduire dans le trafic (soit un quart du temps consacré au travail!)

Pareil dans les soins de santé. Usage abusif des services d’urgences, prescription d’une boîte de 200 comprimés pour un traitement de trois jours, délivrance de certificats médicaux de complaisance, j’en passe et des meilleures. Les médecins font un travail admirable, mais il leur est de plus en plus difficile de résister à la pression de leurs patients et des sociétés pharmaceutiques. Or, toute une série d’applications médicales permettront à l’avenir des diagnostics plus précis sans intervention humaine, une consommation de médicaments mieux calibrée pour chacun, et d’une manière générale une économie massive de ressources pour la société.

De plus en plus d’entreprises utilisent, elles, des applications qui les aident à organiser leur travail, reprenant petit à petit toute une série de tâches qui étaient gérées traditionnellement par des secrétaires… ou des managers. Ou à supprimer des réunions inutiles

On peut citer plein d’autres exemples, dans le domaine de la lutte contre l’obésité, la gestion des émissions carbone, l’enseignement, etc.

Dans tous les cas, le grand foutoir de l’organisation humaine sera remplacé à terme par l’optimisation. L’I.A prendra en charge la gestion de nos droits et de nos obligations d’une manière de plus en plus omniprésente, limitant notre recours au libre arbitre.

Qu’on y soit favorable ou non, cette montée en puissance est inéluctable. L’État providence est une des créations les plus belles – mais les plus bancales – de l’Humanité. Il nous a donné une multitude de droits, et nous en avons tiré un confort de vie encore inédit dans l’Histoire. Mais c’est dans la nature humaine que de se laisser aller, et d’une manière générale d’abuser de ses droits. De gaspiller encore et toujours plus.

Le niveau de taxation ayant atteint en Europe des sommets qu’il est difficile de dépasser, les États-providences n’auront pas d’autre choix que de recourir à une optimisation des ressources, pour dépenser moins ou mieux. Or, nos sociétés modernes sont devenues si complexes d’un point de vue législatif et administratif, que l’humain est désormais incapable d’en optimiser seul le fonctionnement. Seule l’I.A. pourra nous aider à éviter la banqueroute… ce qui nous conduira inéluctablement à nous soumettre à elle.

Serons-nous moins heureux? Qui sait? Moins libres, certainement. Mais si on y réfléchit bien, la liberté individuelle est un concept très "vingtième siècle", qui n’avait qu’un sens très symbolique pendant les siècles et millénaires précédents. Serait-elle donc une sorte de phénomène passager, quelque chose que les historiens du futur verront comme une anomalie temporaire qui conduisit presque à la faillite des États et à la destruction de notre écosystème… avant que l’I.A. ne vienne sauver le monde?

Une chose est sûre: si le gaspillage conduit l’Humanité à sa soumission à l’intelligence artificielle… on l’aura un peu cherché, non?

©EPA


Lire également

Publicité
Publicité
Publicité