Charlie Hebdo: le procès historique des attentats s'ouvre à Paris

Le médecin Patrick Pelloux, ami des journalistes de Charlie Hebdo, à son arrivée au procès. ©AFP

Le procès historique des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et une supérette cacher s'est ouvert ce mercredi à Paris sous très haute surveillance policière.

Des centaines de policiers étaient déployés à l'extérieur et à l'intérieur du tribunal, dont les abords ont été bouclés pour le procès historique de Charlie Hebdo qui s'est ouvert ce mercredi à Paris. Plus de cinq ans après ces attaques terroristes, qui avaient marqué le début d'une sanglante série d'attentats islamistes en France, l'audience s'est ouverte dans une ambiance lourde, en présence de 11 des 14 accusés. Dix d'entre eux sont répartis dans deux box, étroitement encadrés par des policiers encagoulés. Le onzième comparaît libre sous contrôle judiciaire.

Dans la salle, quelques survivants de l'attaque de Charlie Hebdo et des proches des victimes sont venus, dont le médecin urgentiste Patrick Pelloux. Il avait été l'un des premiers sur place, le 7 janvier 2015, à appeler le président de la République François Hollande pour lui décrire le carnage dans les locaux du journal.

Peu avant l'ouverture de l'audience, le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard a confié son "obsession" que le procès puisse se tenir "dans la dignité". Le public assiste à l'audience depuis une salle de retransmission au rez-de-chaussée.

Un procès intégralement filmé

Pour marquer l'ouverture du procès, Charlie Hebdo a remis en Une les caricatures du prophète Mahomet, qui avaient fait du journal une cible des terroristes. "Au fond, l'esprit de Charlie c'est ça, c'est refuser de renoncer à nos libertés", a déclaré l'avocat du journal, Me Richard Malka.

Durant deux mois et demi, 150 témoins et experts vont se succéder devant la cour d'assises spéciale, chargée de juger ces attentats. Le procès sera intégralement filmé pour l'histoire, une première en matière de terrorisme. Les 14 accusés sont soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Saïd et Chérif Kouachi, et à Amédy Coulibaly, auteurs des tueries qui avaient fait 17 morts, entre le 7 et le 9 janvier 2015, et suscité une manifestation monstre contre le terrorisme le 11 janvier en France en présence de plusieurs chefs d'Etats et de gouvernements étrangers.

Les premières semaines d'audience seront consacrées aux témoignages des 200 parties civiles. Le déroulement de l'enquête et l'interrogatoire des accusés ne seront abordés que dans un second temps. "Nous voulons remplir cette salle d'audience de ce qu'ont vécu nos clients", a déclaré devant la salle d'audience, Me Patrick Klugman, qui défend des victimes de l'Hyper Cacher.

Trois accusés encore absents

Le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi ont assassiné 11 personnes dans une attaque à l'arme de guerre contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo à Paris, avant de prendre la fuite en tuant un policier. Le lendemain, Amédy Coulibaly (qui avait côtoyé Chérif Kouachi en prison) a tué une policière municipale à Montrouge, près de Paris, puis le 9 janvier, il a exécuté quatre hommes, tous juifs, lors de la prise d'otages du magasin Hyper Cacher, dans l'est parisien.

Ce périple meurtrier avait pris fin avec la mort des trois tueurs lors d'un double assaut policier, mené quasi simultanément dans le magasin et dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où les assassins de Charlie Hebdo s'étaient retranchés.

"La cour va avoir la lourde tâche de juger des faits pour lesquels les principaux responsables ne seront pas présents, et ne peuvent rendre compte."
Me Safya Akorri
Avocate de l'un des 14 accusés

Trois d'entre eux manqueront cependant à l'appel et seront jugés par défaut: Hayat Boumeddiene, compagne de Coulibaly et figure du jihadisme féminin, et les frères Belhoucine, tous trois partis quelques jours avant les attaques vers la zone irako-syrienne. La mort des frères Belhoucine, évoquée par diverses sources, n'a jamais été officiellement confirmée. Hayat Boumeddiene, un temps donnée pour morte, est pour sa part suspectée d'être en cavale en Syrie.

La cour va "avoir la lourde tâche de juger des faits pour lesquels les principaux responsables ne seront pas présents, et ne peuvent rendre compte. Pour cela, la justice sera mise à lourde épreuve", rappelle Me Safya Akorri, avocate de l'un des 14 accusés.

L'absence des frères Kouachi et d'Amédy Coulibaly est une "source de frustration", a reconnu le procureur national antiterroriste, tout en "récusant l'idée" que les 14 accusés soient "de petites mains, des gens sans intérêt". Jusqu'au 10 novembre, la cour d'assises va s'efforcer de discerner le degré de responsabilité de chacun dans la préparation des attentats.

Patrick Klugman, avocat des victimes du supermarché Hyper Cacher, et le président du Conseil représentatif des institutions juives françaises (Crif) Francis Kalifat. ©EPA

Lassana Bathily a sauvé des otages lors de l'attaque de l'Hyper Cacher. ©REUTERS

Le rédacteur en chef du magazine Charlie Hebdo Laurent Sourisseau, dit Riss. ©REUTERS

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