L'imminence d'une marée noire au large du Yémen

Plus d'un million de barils de brut sont sur le point de se déverser et provoquer une pollution sans précédent dans la mer Rouge. ©via REUTERS

Le FSO Safer est un "réservoir de pétrole flottant" abandonné au large du Yémen. Son état se dégrade au point qu'il pourrait se briser, exploser ou prendre feu.

Un pétrolier ancré au large du port de Hodeida, au Yemen, est en train de se dégrader. Il contiendrait l'équivalent de 1,14 million de barils de pétrole et pourrait se briser, exploser ou prendre feu, estiment des experts. Le 27 mai déjà, une voie d'eau décelée dans la salle des machines avait été colmatée mais "une solution permanente est nécessaire en urgence", a insisté la mission britannique auprès de l'ONU.

"Son état se dégrade chaque jour, augmentant la possibilité d'une fuite de pétrole."
Inger Andersen
Cheffe du Programme des Nations Unies pour l'Environnement

Evaluation internationale en attente

Le risque est majeur: une catastrophe environnementale sans précédent et des conséquences désastreuses pour la population yéménite déjà affaiblie par des années de guerre civile. Le FSO Safer, construit en 1976, utilisé depuis 1987 comme "réservoir de pétrole flottant", n'est en fait plus entretenu depuis 2015. Soit depuis que le territoire yéménite est en proie à la guerre d'influence que se livrent l'Arabie saoudite, à la tête d'une coalition régionale, et l'Iran. "Son état se dégrade chaque jour, augmentant la possibilité d'une fuite de pétrole", confirme Inger Andersen, cheffe du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, mettant en garde contre "une catastrophe environnementale, économique et humanitaire imminente".

40 millions $
Il y aurait à bord du FSO Saver l'équivalent de 40 millions de dollars de pétrole.

Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, espère une mission d'évaluation de l'ONU "dans les prochaines semaines". Mais aucune date n'a été donnée pour une inspection internationale du bateau, qui pourrait mener à une extraction du pétrole se trouvant à bord, au montant évalué à 40 millions de dollars.

Extraction du pétrole: un enjeu politique local

Pourquoi tant d'atermoiements? Le dossier est complexe et éminemment politique. L'ONU dit avoir fait parvenir mardi aux yéménites Houthis la mission envisagée et attendre une réponse au plus tôt. Organisation politique chiite et armée soutenue par l'Iran, les Houthis, considérés comme "terroristes" par le royaume wahhabite saoudien, contrôlent la zone où se trouve le navire. Dimanche, l'ONU avait fait savoir qu'ils avaient donné leur accord de principe à une évaluation. Mais certains précédents laissent planer le doute quand à la possibilité d'une telle mission. A l'été 2019, une mission onusienne organisée à partir de Djibouti avait été annulée par les Houthis la veille de l'opération.

En juin dernier, après avoir déclaré l'indépendance du sud du Yémen et rejeté l'accord de paix, les Houthis avaient exigé que le navire soit réparé à condition que la valeur du pétrole à bord leur soit destinée afin de "payer les salaires de leurs employés". La semaine dernière, le gouvernement yéménite, soutenu par l'Arabie saoudite et la communauté internationale, a rétorqué que cette somme devait être dépensée pour la santé de la population.

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