Le premier voyage en mer d'une centrale nucléaire

©REUTERS

Une centrale nucléaire va flotter d'un bout à l'autre de la Russie dans les eaux de l'Arctique. Le voyage inédit d'une construction inédite, mais qui ne réjouit pas les défenseurs de l'environnement.

Elle s'appelle l'Alademik Lomonossov, est vêtue des couleurs de la Russie et de Rosatom (l'agence nucléaire russe), pèse 21.000 tonnes, comporte deux réacteurs d'une capacité de 35 MW chacun, mais n'a pas de moteur. Sur 5.000 kilomètres, des navires vont donc tracter cette toute première centrale nucléaire flottante au monde. L'Akademik Lomonossov vient de prendre son départ à Mourmansk, port du Grand Nord russe proche de la frontière finlandaise. Sa destination: Pevek, une petite ville de Sibérie orientale, dans le disctrict autonome de Tchoukotka. Cette zone étant excessivement isolée, l'Akademik a pour mission d'y alimenter le développement de la production d'hydrocarbures. 

Bloc de 21.000 tonnes dépourvu de moteur, l'Akademik Lomonossov sera tracté par plusieurs navires pour son voyage. ©REUTERS

Un regard à l'interieur de l'Akademik Lomonosov. ©REUTERS

Le voyage devrait durer entre quatre et six semaines, en fonction de la météo et de la quantité de glace sur la route. À Pevek, il sera raccordé au réseau électrique local et devrait être opérationnel d'ici la fin de l'année. Bien que la population de cette petite ville ne dépasse pas 5.000 habitants, la centrale couvre la consommation de 100.000 personnes et servira surtout pour alimenter les plateformes pétrolières de la région, alors que la Russie développe l'exploitation des hydrocarbures dans l'Arctique. 

Un groupe de musique folk de Tchoukotka a dansé lors de la cérémonie précédent le départ de l'Akademik. ©REUTERS

Un "Tchernobyl sur glace", selon les associations

Les associations environnementales dénoncent ce projet depuis des années, le qualifiant de "Tchernobyl sur glace" ou d'un "Titanic nucléaire".

Les défenseurs de l'environnement dénoncent les dangers pour cette région très fragile. ©REUTERS

"Toute centrale nucléaire produit des déchets radioactifs et peut avoir un accident mais l'Akademik Lomonossov est en plus vulnérable aux tempêtes", estime Rachid Alimov, du département de l'énergie de Greenpeace Russie. D'autant que dans l'Arctique, la météo est extrême et imprévisible. "Rosatom prévoit de stocker le combustible usé à bord (...), tout incident aurait de graves conséquences sur l'environnement fragile de l'Arctique, sans oublier qu'il n'y a pas d'infrastructures de nettoyage nucléaire là-bas", ajoute Rachid Alimov. Selon lui, le vaste et peu peuplé (50.000 habitants) district de Tchoukotka "a un énorme potentiel pour le développement d'énergie éolienne et une centrale nucléaire flottante est tout simplement un moyen trop risqué et trop coûteux de produire de l'électricité".


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