La longue gestation des dix nouveaux quartiers bruxellois

Après 4 ans de flottement, le développement de la zone canal, symbole du renouveau de Bruxelles, est au cœur d’un nouveau plan urbanistique du gouvernement régional. ©Debby Termonia

À l’approche du scrutin du 26 mai, l’Echo dresse le bilan des gouvernements régionaux et communautaire. Douze thématiques, soigneusement sélectionnées par la rédaction. Aujourd’hui, le neuvième volet: la planification territoriale et la réforme de l’urbanisme en Région bruxelloise.

Dix nouveaux quartiers pour répondre aux enjeux de l’explosion démographique et de l’exode des classes moyennes ainsi qu’à l’objectif de mixité sociale. En présentant sa feuille de route pour le développement territorial en début de législature, le ministre-président Rudi Vervoort (PS) avait annoncé ni plus ni moins que la seconde naissance de la Région bruxelloise. Comme lors de l’annonce de la construction d’un stade national sur le parking C et d’un musée d’art contemporain dans le garage Citroën un an plus tôt, l’Éverois faisait ainsi montre d’un dynamisme en rupture avec la fin de règne un peu fade de son prédécesseur Charles Picqué.

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La stratégie développée par Rudi Vervoort consiste à répondre à des enjeux transversaux tels que la création de logements et d’équipements publics tout en attribuant à chacune des zones prioritaires une fonction bien définie: cité des médias à Reyers et campus universitaire aux anciennes casernes d’Ixelles. Tant pour Usquare que Mediapark, les plans d’aménagement directeur (PAD) ont été soumis à l’enquête publique en début d’année. C’est aussi le cas du quartier mixte avec une fonction liée au rail qui doit sortir de terre sur le site de la gare de l’Ouest. D’autres zones de développement prioritaires sont également en voie de concrétisation sans faire l’objet d’un PAD, nouvel outil planologique créé par Rudi Vervoort qui permet de déroger au plan régional d’affectation du sol (PRAS). Ainsi, le site de Tour & Taxis a fait l’objet d’un plan particulier d’affectation du sol (PPAS) élaboré par la Ville de Bruxelles, tandis que la demande de permis pour la première phase du projet Neo a été déposée fin février. Quant au dialogue compétitif pour le développement du site Josaphat à Schaerbeek, il ne débouchera pas sur la désignation d’une équipe avant 2020.

Malgré un travail conséquent pour mener tous ces projets de front, le bilan tangible du gouvernement semble bien maigre au regard de la métamorphose attendue. Le temps urbanistique est un temps long, rappelle le ministre-président face à l’impatience de l’opposition. Dans certains cas, les lenteurs s’expliquent par l’absence de maîtrise totale sur le foncier. Mis entre parenthèses pendant des années, le projet de la gare du Midi a pu être réactivé en 2018 suite à la décision de la SNCB de construire son nouveau siège sur l’avenue Fonsny. Le gouvernement bruxellois espère toujours faire passer le PAD intégrant le projet de gare-habitante de l’architecte Djamel Klouche en première lecture avant la fin de la législature. Tributaire de la réalisation de la méga-prison de Haren par le Fédéral, le projet de reconversion des prisons de Saint-Gilles et de Forest est en revanche toujours dans les limbes.

Le canal était présenté comme le symbole futur du renouveau de Bruxelles dans l’accord de majorité en 2014. L’appétence inédite des promoteurs immobiliers pour la zone ne contredit pas totalement l’ambition régionale d’en faire la colonne vertébrale du développement territorial. Après une période de flottement de quatre ans qui a suivi la non-reconduction de l’urbaniste français Alexandre Chemetoff, grassement rémunéré pour élaborer un schéma directeur, le gouvernement bruxellois a récemment pondu un plan de qualité paysagère et urbanistique visant à apporter de la cohérence dans le périmètre du canal. Programmée en 2023, l’ouverture définitive du musée Kanal, place de l’Yser, devrait renforcer l’attrait touristique de la zone. Reste que les montants colossaux investis et les frais structurels annoncés sont source d’inquiétude.

Une réforme contestée

La réforme n’a pas permis de raccourcir les délais de délivrance des permis.

Pour atteindre ses objectifs en matière de développement territorial, le gouvernement Vervoort avait fait de la réforme de l’administration un préalable indispensable. Mais ce remaniement institutionnel qui a débouché sur la création de la Société d’aménagement urbain (SAU), de Perspective.brussels et de Bruxelles Urbanisme et Patrimoine (BUP) a fait l’objet de vives critiques tout au long de la législature. La nomination d’une ancienne membre du cabinet Vervoort à la tête de la nouvelle administration chargée de délivrer les permis a suscité la crainte d’une politisation accrue. La réforme n’a en tout cas pas permis d’améliorer les délais de délivrance des permis et le report de l’entrée en vigueur du nouveau code bruxellois d’aménagement au territoire (Cobat) au 1er septembre prochain ne serait pas complètement étranger à certains dysfonctionnements internes à la nouvelle administration.

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