La Wallonie a vécu au rythme d'une législature saccadée

Le socialiste Paul Magnette a vu son gouvernement PS-cdH voler en éclats après l’affaire Publifin et le coup du cdH. ©BELGA

Alors que le gouvernement wallon MR-cdH s’apprête à baisser le rideau de sa devanture d’ici quelques semaines, avec forcément l’envie de reprendre du service après les élections du 26 mai, l’heure des bilans a sonné. Pour la Wallonie, la législature qui vient de s’écouler a été rocambolesque, éreintante, et rythmée pendant 5 ans par les scandales, la démission d’un ministre, la chute d’un gouvernement et la perte de majorité pour le deuxième exécutif. Du jamais vu!

Les zakouski de juin 2014

Comme un avant-goût de ce qui allait attendre la Wallonie pendant 5 ans, l’installation du Parlement wallon au lendemain des élections de mai 2014 a déjà été en soi une histoire haute en couleur. D’ordinaire, il s’agit d’une séance très académique, avec un parfum de rentrée scolaire, qui permet aux députés élus de prêter serment. Mais en juin 2014, la commission de vérification des pouvoirs a bloqué l’installation du Parlement pendant trois jours, le temps d’analyser une série de recours, obligeant de nombreux députés à retarder leur départ en vacances. Derrière ce blocage, c’est tout un mode de vérification du scrutin qui se retrouvera pointé du doigt. On a (re) découvert que c’étaient les parlements régionaux eux-mêmes qui se prononçaient sur les recours concernant l’élection… de leurs membres.

L’agenda dicté par Publifin

La chose réglée et le mode de vérification du scrutin revu pour la prochaine fois, le gouvernement PS-cdH dirigé par le socialiste Paul Magnette peut se mettre au travail. Parmi ses mesures phares, l’équipe Magnette œuvrera à une prolongation du plan Marshall, la mise en place d’une grille des loyers, l’arrivée d’une assurance autonomie ou encore une réforme des aides à l’emploi (APE). Le train des mesures est soutenu sans que le gouvernement ne fasse de vagues.

Le bulletin des gouvernements

À l’approche du scrutin du 26 mai, L’Echo dresse le bilan des gouvernements régionaux et communautaires. Douze thématiques, soigneusement sélectionnées par la rédaction. Retrouvez-les dans notre dossier >

Arrivent l’automne 2016 et l’épisode du Ceta. Au centre de toutes les attentions du monde, PS et cdH en Wallonie refusent de ratifier le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Sans revenir sur les détails de cette opposition wallonne qui faillit faire capoter le deal transatlantique, Paul Magnette ressortira de cette joute verbale plus populaire que jamais.

La période d’euphorie sera cependant de courte durée pour le gouvernement wallon. Quelques semaines après le Ceta éclate le scandale de l’intercommunale liégeoise Publifin. À partir de décembre 2016, et jusqu’en mai 2017, toute la politique wallonne vit au rythme de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Publifin et du grand déballage dans le dossier. Les effets sont dévastateurs pour le gouvernement wallon. Paralysé dans son plan d’action, l’exécutif se retrouve obligé d’agir dans l’urgence sur une série de réformes de gouvernance. Le tsunami emporte tout sur son passage et oblige un ministre à démissionner.

Le coup de Lutgen et la défection de Potigny

Dans les couloirs de l’Elysette, les tensions entre les deux partenaires se font de plus en plus ressentir. Dans ce contexte arrive le coup de Benoît Lutgen, l’ancien président du cdH. Le 19 juin 2017, il décide de débrancher la prise des deux exécutifs régionaux et de celui de la Communauté française. Au final, seul le gouvernement wallon volera en éclats. Le cdH renvoie le PS dans l’opposition et fait rentrer les libéraux dans le gouvernement régional qui dispose d’une très courte majorité au Parlement.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Comment va se dérouler le duel PS / N-VA? Les écologistes vont-ils intégrer le gouvernement bruxellois? Les europhobes feront-ils une poussée au Parlement européen? Notre dossier >

Le programme de la nouvelle coalition wallonne est ramené à l’essentiel. En moins de deux ans, la nouvelle équipe emmenée par le libéral Willy Borsus s’attaque à une série de réformes symboliques comme la suppression des provinces. MR et cdH s’accordent aussi pour geler ou amender certaines mesures érigées sous l’ère socialiste comme l’assurance autonomie, la grille des loyers, les aides à l’emploi. Le plan Marshall est lui tout simplement abandonné.

La vie politique reprend ses droits. Débarrassé du dossier Publifin, l’exécutif évite les escarmouches. Jusqu’au coup de théâtre du lundi 18 mars! La défection de la députée libérale Patricia Potigny, partie rejoindre les Listes Destexhe, jette le gouvernement MR-cdH dans le désarroi et le prive surtout d’une majorité au Parlement. Ce retournement de situation est un coup de massue pour l’équipe de Willy Borsus qui est obligée d’abandonner certaines de ses réformes comme l’assurance autonomie, les aides à l’emploi ou la suppression des provinces.

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