analyse

Budget | Le déficit a fondu, mais menace toujours

  • Le bilan du gouvernement Michel
Malgré les critiques, Sophie Wilmès défend son bilan et cet assainissement "raisonné et raisonnable". ©BELGA

Certes, le gouvernement Michel est tombé prématurément. N’empêche: il n’a guère chômé en quatre ans et des poussières. L’Echo dresse le bilan de cette coalition suédoise. Voici le volet budgétaire.

On leur fait souvent porter le chapeau. À tort, la plupart du temps. Non, les chiffres ne mentent pas. Simplement, il est possible de leur faire raconter des histoires différentes suivant la manière dont on les aligne, présente ou enchaîne. En fonction de nos intentions, de l’angle depuis lequel on les considère.

Le déficit a été divisé par trois, entre 2014 et 2018, avec la dette qui repart sur une tendance baissière, une première depuis la crise qui a marqué la décennie précédente.

Ainsi en est-il des réalisations budgétaires du gouvernement Michel. Les données ne sont pas en cause. Mais la lecture qui en est faite diffère fortement en fonction du camp où l’on se situe. Dans les rangs de ceux qui sont restés fidèles à feue la suédoise, on souligne le travail accompli. Le déficit divisé par trois, entre 2014 et 2018, avec la dette, ce boulet, qui repart sur une tendance baissière, une première depuis la crise qui a marqué la décennie précédente.

Un brin en retrait, on retrouve ceux qui, après avoir été l’un des piliers de ce gouvernement Michel, estiment ne plus devoir honorer sa mémoire. À leur tête, le patron des nationalistes flamands, Bart De Wever, qui n’hésite pas à affirmer que l’assainissement budgétaire reste l’un des points faibles de cette législature.

 Arrivée en fanfare

Et puis, il y a l’opposition. Qui a passé quatre ans à crier au désastre budgétaire. Sans doute plus crédible au début, lorsque les recettes fiscales vacillaient réellement, qu’à la fin, un peu à bout de souffle. Avec une interrogation, qui reste sans réponse: écologistes et socialistes auraient-ils réellement préféré des performances plus pointues en termes de réduction du déficit? Rimant, vraisemblablement, avec un train supplémentaire d’économies, qu’ils n’auraient pas manqué de dénoncer?

Un brin de contexte, encore, avant d’y passer, à ces fameux chiffres. Il faut se souvenir que la coalition suédoise (et surtout la N-VA) est arrivée en klaxonnant et chantant à tue-tête qu’avec elle, fini de rigoler, on allait voir ce qu’on allait voir, et que ce déficit budgétaire allait être gommé en deux temps trois mouvements. Avec le résultat que l’on sait: initialement fixé en 2018, le retour à l’équilibre structurel -  c’est-à-dire débarrassé des aléas de la conjoncture et des mesures non récurrentes - a été reporté à 2019, puis 2020, où il n’est même pas certain qu’il soit de la partie.

Allez, les chiffres à présent, que vous trouverez ramassés dans l’infographie ci-contre. Qu’il soit nominal ou structurel, à la grosse louche, le déficit, s’il n’a pas été éradiqué, a tout de même été divisé par trois entre 2014 et 2018. Le hic, c’est qu’à politique inchangée, il risque de repartir fissa à la hausse. Pourquoi?  Parce qu’il s’agit là de son penchant naturel, poussé par l’évolution de certains types de dépenses, pensions en tête. Et stimulé par des réformes entreprises, mais pas entièrement financées, bien que présentées comme neutres sur le plan budgétaire, comme ce fameux tax shift.

Attention toutefois à ces projections, souligne le cabinet de la ministre (en affaires courantes) en charge, Sophie Wilmès (MR). Parce qu’elles sont réalisées à politique inchangée et que certaines institutions, Commission européenne en tête, se montrent plutôt prudentes, avec une tendance à surévaluer le déficit belge.

2016, année perdue

La suédoise aurait-elle pu mieux faire sur le plan budgétaire? Sans doute. Mais des choix ont été posés: sans le tax shift, ce bulletin aurait eu plus fière allure, mais fallait-il privilégier le seul assainissement au renforcement du pouvoir d’achat et de la compétitivité?Clairement pas, répond-on dans les rangs michéliens, où ce discours est déjà rôdé: le gouvernement a opté pour un "assainissement raisonné et raisonnable pas question de casser la croissance au nom de mesures trop vigoureuses.

Vu la maigre réduction du déficit en 2018 et l’envoi au rebut du budget 2019, ces deux crus risquent de rejoindre 2016 sur le banc des "années perdues".

Ce n’est pas tout: Michel bénéficie de circonstances atténuantes, expliquant pourquoi le cru 2016 était une année perdue sur le plan budgétaire, avec les attentats et la crise de l’asile, notamment. Ajoutons que vu la maigre réduction du déficit programmée pour 2018 et l’envoi au rebut du budget 2019, ces deux années risquent bien de rejoindre 2016. De quoi sans doute rendre la tâche du prochain exécutif plus ardue.

Pour certains, c’est toute la législature qui a été perdue. Parce que la critique est récurrente: si le déficit a certes fondu, c’est essentiellement dû à la conjoncture internationale, qui a porté l’économie belge, et à la mollesse des taux d’intérêts, ayant fortement allégé la charge de la dette de la Belgique  un coup de pouce sur lequel il ne faudrait plus tabler pour les années à venir.

Autant d’arguments qui ont le chic pour faire bondir Sophie Wilmès. "C’est faux", rétorque son cabinet. Qui pointe le solde primaire, soit le solde de financement de l’État, exception faite des charges d’intérêts. De 0,2% du PIB en 2014, il a grimpé à 1,6% en 2017 et devrait s’établir à 1,5% en 2018. "La politique d’assainissement du gouvernement s’est faite, chose exceptionnelle, en procédant à la fois à une baisse des dépenses et de la pression fiscale", argumente le cabinet Wilmès. Hors charges d’intérêts, les dépenses publiques sont passées de 52% du PIB en 2014 à 49,7% du PIB en 2017, tandis que la pression fiscale a reculé de 0,7%. Les taux? Ils expliquent 36% de la réduction du déficit nominal entre 2014 et 2018.

De son côté, la dette s’est mise à doucement fondre, après avoir repris du poil de la bête dans la foulée de la crise financière de 2007. Sans toutefois repasser sous la barre symbolique des 100%  un rêve qu’a un instant caressé l’ancien grand argentier Johan Van Overtveldt (N-VA).

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