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Politique | Une coalition fédérale mise à rude épreuve

  • Le bilan du gouvernement Michel
©Photo News

Entre les tweets ravageurs de Theo Francken et les ambitions sociales du CD&V, examen du volet politique du gouvernement Michel.

Pour CD&V et Open Vld, la stratégie était relativement simple au lendemain des élections législatives de 2014. Il fallait mouiller la N-VA au niveau fédéral afin d’éviter – elle dépassait les 30% – de la voir gonfler davantage dans l’opposition. Ce qu’elle faisait depuis de longs mois sous un gouvernement dirigé par l’incarnation de son antithèse socialiste, Elio Di Rupo. Côté francophone, le MR, exclu des majorités régionales, se sentait isolé plus que jamais.

Charles Michel entrait au 16 rue de Loi, stratégiquement évité par Bart De Wever et délaissé par un CD&V préférant un poste de commissaire européen.

Pour éviter l’échec complet, il lui fallait monter au Fédéral dans le seul attelage encore à sa portée. Quitte à s’y trouver seul francophone. Bonus: Charles Michel entrait au 16 rue de Loi, stratégiquement évité par Bart De Wever et délaissé par un CD&V préférant un poste de commissaire européen. Voilà pour la genèse de ce gouvernement Michel qui chutait juste avant Noël sous les coups de boutoirs de la N-VA et d’une opposition pléthorique.

Sur les quatre partis de la majorité défaite, le ciel ne fut pas toujours bleu. Loin s’en faut. Maintes fois a-t-on prédit la chute de l’édifice Michel. Deux lignes de tension ont fait l’actualité, souvent polémique, de cette législature. La première s’est jouée côté flamand, entre N-VA et CD&V surtout. Les socio-chrétiens ont décidé d’occuper l’espace laissé à gauche par la N-VA et l’Open Vld. Du coup les deux formations politiques se sont livré bataille sur bien des sujets. Surtout sur la fiscalité et la migration. Ces tensions allaient s’intensifier alors que le vice-Premier CD&V Kris Peeters défiait Bart De Wever pour le mayorat d’Anvers.

Taxe avortée

"La taxe que veut le CD&V sur les plus-values n’aboutira pas."
Bart de Wever
Président de la N-VA

Un des exemples le plus frappant: la taxe sur les plus-values imaginée par le CD&V pour compenser la baisse de l’impôt sur les sociétés. "La taxe sur les plus-values que veut le CD&V n’aboutira pas", avait décrété fin 2016 Bart De Wever au terme d’une séquence qui vit notamment Kris Peeters, vice-Premier CD&V, claquer la porte du conseil des ministres. Sur les réformes fiscales et sociales, les oppositions furent fréquentes. Avant l’épisode du pacte de l’ONU sur les migrations, les deux partis se livraient à un bras de fer sur la dégressivité des allocations de chômage. Au milieu du jeu de quille, Charles Michel jouait l’arbitre, ce qui participa à sa bonne image en Flandre.

Par contre, les tweets ravageurs de Theo Francken sur le thème de l’asile et de la migration n’ont cessé d’abîmer le statut de leader que Charles Michel tentait d’imposer. Cela lui a coûté cher dans l’opinion francophone alors que l’opposition se nourrissait de ses recadrages à répétition. Ceux-ci apparaissaient d’autant plus inopérants qu’ils ne freinaient en rien les ardeurs du secrétaire d’État, toujours couvert par son parti.

Exemple parmi d’autres, ce GIF diffusé sur Twitter, où Theo Francken pose une ventouse sur le crâne d’un migrant afin qu’il soit hélitreuillé hors des frontières. On rappellera que dès le début, la N-VA avait donné le ton avec la participation de Theo Francken à une petite fête donnée en l’honneur d’un ancien sympathisant des nazis, Bob Maes.

Outre les polémiques de réseaux sociaux, Theo Francken a également fait tanguer le navire fédéral sur la collaboration engagée avec le régime soudanais pour identifier les migrants errants dans la capitale. Une succession de couacs ponctuée par l’affaire du pacte migratoire qui fut fatale au gouvernement. Ces pratiques N-VA auront sans doute des conséquences sur sa capacité à trouver des alliances au niveau fédéral. Avec les autres partis flamands, mais également avec le MR, qui sait maintenant ce que c’est de gouverner avec les nationalistes.

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