Regards

Les 10 sujets dont vous allez parler en 2022

5G, métavers, Zemmour, hydrogène, bitcoin… Les journalistes de L'Echo préfacent 2022 en zoomant sur 10 mots - et autant d'enjeux décisifs - qui vont jalonner l'actualité l'année prochaine. Par la rédaction | 17 décembre 2021

Pourquoi Zemmour a déjà gagné la présidentielle française

L'enjeu
  • L'élection présidentielle française aura lieu en avril 2022.
  • La campagne a débuté avec un candidat surprise: le polémiste d'extrême droite Eric Zemmour.
  • Quel que soit son résultat final, Zemmour a déjà pesé sur l'élection en imposant ses thématiques, comme l'immigration, en haut de l'agenda.

Non, chers lecteurs, L'Écho n'a pas de boule de cristal à la rédaction. Impossible de prédire qui, sur le coup de 20 heures le 24 avril prochain, endossera les habits de Président(e) de la République. Et pourtant, je vous l'affirme: Eric Zemmour a déjà gagné. À l'heure de rédiger ces lignes, le polémiste réactionnaire a tout juste lancé sa campagne officielle. Il ne sera peut-être pas au second tour du scrutin. Peut-être même abandonnera-t-il en cours de route.

Mais le candidat, doublement condamné pour provocation à la haine raciale, a déjà réussi, quoi qu'il arrive, à imposer ses thèmes de prédilection dans le débat politique: la lutte contre l'immigration et contre l'islam, ainsi que la théorie raciste du "grand remplacement". Voyez les débats internes au parti de droite Les Républicains très largement dominés par ces questions. Même Michel Barnier, ex-commissaire européen, a promis de remettre en cause la primauté du droit européen pour "reprendre en main" la politique migratoire "incontrôlée" de la France. Voyez les saillies de Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur d'Emmanuel Macron, contre les migrants ou l'islamisme. Voyez l'idée d'Arnaud Montebourg, ex-ministre de François Hollande, de bloquer les transferts d'argent des immigrés. Pour peu, Marine Le Pen apparaît presque "modérée".

Dans cette drôle de campagne, la pandémie de covid, l'emploi, le pouvoir d'achat, les prix de l'énergie, le changement climatique ou le logement ont été relégués au second plan. Or, les sondages montrent que l'immigration n'est pas la principale préoccupation d'une majorité de Français. Il ne s'agit pas ici de dire que l'immigration ou l'islam ne sont pas de vrais enjeux, mais ils ont pris des proportions délirantes dans le débat public. On rit jaune comme la couleur des gilets de la "France d'en bas", remisée aux oubliettes.

Zemmour n'est pas l'instigateur de cette hystérisation du débat démocratique. Il en est plutôt le paroxysme. Il n'est pas la cause, il est le symptôme.

Zemmour n'est pas l'instigateur de cette hystérisation du débat démocratique. Il en est plutôt le paroxysme. Il n'est pas la cause, il est le symptôme. Certains médias français, en particulier la chaîne CNews de Vincent Bolloré, surfent sur la vague pour doper leurs audiences et imposer l'agenda identitaire de leur patron. Complaisants, voire complices, des "intellectuels" – les Finkielkraut, Onfray, Houellebecq et bien d'autres – en font leur fonds de commerce. "Le problème n'est pas Zemmour, mais le vide qui lui fait face", résumait joliment l'eurodéputé Raphaël Glucksmann pour souligner l'absence de contre-récit. Le phénomène risque donc bien de durer.

Depuis la nuit des temps, chaque crise entraîne un repli sur soi. L'étranger est alors un bouc émissaire idéal. La France de 2022 est en crise. Au risque de mettre un voile sur les Lumières.

Le bitcoin peut-il grimper jusqu'à la lune en 2022?

L'enjeu
  • Le bitcoin est plus populaire que jamais tant pour les investisseurs particuliers que pour les professionnels de la finance.
  • Les banques centrales accélèrent leurs projets de monnaies virtuelles.
  • Le bitcoin a fait "fois deux" ou "divisé par deux" d'un trimestre à l'autre en 2021, preuve que son cours reste très volatile.

Les cryptomonnaies sont entrées dans le langage courant, trustant tant les discussions familiales que les tractations des grands noms de la finance. Mais jusqu'où vont-elles aller?

Tic de langage ou profession de foi, un point commun rassemble les francophones les plus chevronnés de cryptomonnaies. Ils n'évoquent pas "Le bitcoin", comme les néophytes en la matière, mais bien "bitcoin" tout court. Et en 2022, bitcoin est bien parti pour faire à nouveau tourner la tête des investisseurs.

Après une année 2021 où la première des cryptomonnaies a fait "fois deux" ou "divisé par deux" d'une saison à l'autre, 2022 s'annonce tout aussi volatile alors que l'opposition entre les crypto-convaincus et les crypto-sceptiques s'intensifie à mesure que les monnaies virtuelles gagnent en visibilité.

Déjà incontournable

En termes de capitalisation de marché, les chiffres donnent le tournis. Bitcoin, ether et autre Solana prennent à présent tellement de poids qu'il est difficile de les ignorer. Au plus fort de l'année 2021, le 9 novembre, la valeur combinée de toutes les cryptomonnaies dépassait pour la première fois les 3.000 milliards de dollars, soit bien plus que les 2.600 milliards de capitalisation boursière d'Apple, la plus grande entreprise cotée sur terre.

Chaque jour de nouvelles cryptos font leur apparition. Au total, on chiffre à plus de 7.000 les nouvelles monnaies du genre qui sont venues inonder le marché en 2021. Parfois avec un projet de blockchain innovant derrière, à d'autres moments juste pour rigoler. On dénombre aujourd'hui plus de 15.000 jetons virtuels différents.

Dollar et euro jalousent le bitcoin

Les ressorts qui ont porté le bitcoin et ses avatars aux nues seront, selon bon nombre d'analystes, les principaux supports des hausses à venir. L'arrivée, sur le terrain des cryptomonnaies, d'acteurs aussi réputés que PayPal, Tesla et Mastercard devrait pousser encore plus d'opérateurs à faire le saut.

En 2021, Wall Street a aussi vu les premières cotations de fonds négociés en bourse (ETF) adossés au bitcoin faire leur apparition. Cette nouvelle preuve de la "démocratisation" des actifs cryptés facilite encore plus l'accès à ce marché accessible jusqu'ici par des plateformes d'échanges spécialisées.

Le bitcoin a vu le jour en 2008. Il s'échangeait encore contre 1.000 dollars en janvier 2017 et a atteint les 68.925 dollars au plus fort de l'année 2021.

Du côté des investisseurs, l'engouement n'est pas près de s'essouffler. Une enquête menée par Grayscale Investment montre que plus de la moitié des détenteurs de bitcoin ne le sont que depuis 2021.

Mais il y a un frein: la régulation. C'est ce que la cryptosphère, décentralisée par nature, redoute le plus avec l'arrivée annoncée des monnaies virtuelles frappées du sigle des banques centrales.

Abondance de pénuries, le ballet infernal

L'enjeu
  • 2021 a été synonyme de pénuries tous azimuts.
  • Certaines projections annoncent une résorption progressive en 2022, notamment en ce qui concerne les puces électroniques.
  • Restons prudents, Covid-19 et pénuries sont entrelacés dans un ballet infernal. Des rebondissements pandémiques ne sont pas à exclure.

Il y a des entreprises que 2021 a gâtées, au sens propre, de pénuries. Avec des conséquences douloureuses: arrêts de chaînes de production, retards dans la sortie de nouveaux produits, augmentations des prix de vente, et tensions sur l'innovation. En particulier le secteur automobile, les énergies renouvelables, et les fabricants de matériel informatique ont enduré chaque jour un peu plus le manque de puces électroniques.

Le rétablissement de l'économie mondiale se fait à pas forcés plutôt qu'à marche forcée. Le retour d'une demande explosive a submergé la production dans des usines… qui ont parfois dû être re-confinées. Dites "tensions", plutôt que "pénuries", nous ne sommes pas entrés dans une période de carences généralisées de matières premières ou de produits transformés.

2022 sera-t-elle dès lors l'année d'une "résorption progressive" de ces pénuries? A coup d'investissements massifs, le marché devrait bien finir par amenuiser ces pénuries. L'optimisme de certaines projections est tentant.

Ce serait oublier qu'en deux ans, rien ne s'est jamais vraiment déroulé comme prévu. La plupart des entreprises affectées s'attendent d'ailleurs à ce que ces pénuries se poursuivent, au moins lors des six premiers mois de 2022.

L'usine à l'autre bout du monde est bel et bien une donnée fondamentale pour le fonctionnement de l'économie mondiale

Des rebondissements pandémiques ne sont pas à exclure. Qui peut aujourd'hui garantir qu'un énième variant ne viendra pas bouleverser la normalisation des chaînes d'approvisionnement? Covid-19 et pénuries sont entrelacés dans ballet infernal.

Tant que la danse continue, cela laisse entrevoir, pour certaines entreprises belges, une production ralentie – voire à l'arrêt. Pour l'employé belge, le télétravail généralisé qui perdure risque de faire place à l'impossibilité de renouveler l'ordinateur personnel qui permet de travailler à distance – faute de composants.

Regardons vers l'Est du Congo, dont à peine 0,1% de la population est vaccinée contre le covid, et qui est aussi la première réserve mondiale de coltan. Regardons vers l'Asie du Sud-Est, encore largement submergée mi-2021 par un variant du covid, et qui concentre la production des puces électroniques.

Le travailleur lointain, non vacciné – ou infecté par un nouveau variant – est un facteur à ne pas négliger. Et l'usine à l'autre bout du monde est bel et bien une donnée fondamentale pour le fonctionnement de l'économie mondiale.

N'oublions pas que dans de nombreux pays, la pénurie la plus criante est, aujourd'hui encore, celle de vaccins.

Hydrogène vert, le train de la révolution énergétique

L'enjeu
  • L'hydrogène vert est vu comme la solution à de nombreux défis de la transition énergétique.
  • Son essor laisse supposer la création d'une industrie nouvelle et la Belgique est amenée à y jouer un rôle clé.
  • Après les nombreuses promesses d'investissements publics et privés des derniers mois, place à l'action et au déploiement pour 2022.

Ils ont mis du temps à y penser, non? L'hydrogène, l'élément chimique le plus abondant de l'univers, serait en réalité la réponse à (presque) tous les maux de la planète et pourrait bien sauver notre espèce de l'extinction. La révolution de l'industrie et des transports commence donc maintenant. Trop tard? Pas sûr, mais il va y avoir du travail.

Pour faire simple, l'hydrogène peut se substituer aux combustibles fossiles dans de nombreuses applications. Dans l'industrie (verre, ammoniac, acier, raffinage, etc.), il peut remplacer le charbon. Dans les transports, il peut jouer le rôle de carburant via la pile à combustible. Il peut même constituer une solution de stockage d'électricité et ainsi participer à la transition vers la production décarbonée d'électrons. Miraculeux, non? Mais pour que le miracle soit complet, il faut que l'hydrogène soit fabriqué à partir d'électricité verte, c'est-à-dire produite par des capacités renouvelables. Alors, et seulement alors, on peut parler d'hydrogène vert.

Milliards de milliards

Le hic, c'est que produire de l'hydrogène en masse demande de révolutionner l'industrie, aussi. La méthode de production de choix, l'électrolyse de l'eau (H2O), nécessite en outre des quantités astronomiques d'électricité afin de séparer les atomes d'hydrogène et d'oxygène. De facto, l'essor de l'hydrogène est étroitement lié à celui des énergies renouvelables.

Il faut construire, construire et construire pour pouvoir produire, produire et produire. Cette révolution énergétique annoncée suppose la création d'une filière nouvelle, dont les premières briques commencent à être posées. Derrière les promesses d'investissements privés et publics, les programmes de R&D et une place prédominante dans les plans de relance post-covid, on parvient peu à peu à dessiner la carte des acteurs de l'hydrogène. Et la Belgique ne compte pas rater le train. Ici, pas question de devenir une giga-centrale de production mais plutôt une "plaque tournante" de molécules. En outre, les fleurons belges devront déployer leur expertise afin de continuer à exister sans se faire phagocyter par de plus gros joueurs.

Allô, John Cockerill? Allô, Solvay? Allô, Fluxys? C'est l'heure de poursuivre les efforts et d'entrer pour de bon dans le train de la révolution. Parce qu'il ne passera pas deux fois.

Allô, John Cockerill? Allô, Solvay? Allô, Fluxys? C'est l'heure de poursuivre les efforts et d'entrer pour de bon dans le train de la révolution. Parce qu'il ne passera pas deux fois. Espérons simplement qu'il aille dans la bonne direction, parce que le prochain train à entrer en gare risque de ressembler à celui qui arpente un monde détruit dans Snowpiercer. Une fois la planète condamnée pour de bon, donc.

À quoi sert l'hydrogène ?

Utilisé depuis longtemps dans l'industrie chimique (ammoniac et méthanol) et le raffinage de produits pétroliers, l'hydrogène connaît aujourd'hui un nouvel essor parce qu'il peut être fabriqué à partir d'électricité renouvelable. Il peut, en effet, être produit par électrolyse de l'eau, en utilisant de l'électricité à la base du processus, et reposer sur des sources de production renouvelables, donc décarbonées.

Ceci en fait, au passage, une solution de stockage de l'électricité excédentaire produite lorsque les unités tournent à plein régime, et rend possible la reconversion en courant de l'hydrogène produit, via la pile à combustible. Ici, on ne parle plus d'hydrogène gris ou bleu (fabriqué à partir de combustibles fossiles), mais bien d'hydrogène vert.

Aujourd'hui, la course à la décarbonation de l'économie donne la part belle à cette version et tend à en multiplier les applications. Gaz très réactif, il peut intervenir dans la production de nombreux matériaux, notamment dans l'industrie du verre, pour la fabrication de composants électroniques, ou encore dans la métallurgie.

Mais l'hydrogène pourrait aussi avoir un rôle à jouer dans les transports, en alimentant des piles à combustible produisant de l'électricité et alimentant trains, avions et autres véhicules, sans autre émission que de la vapeur d'eau.

Enfin, l'hydrogène peut être combiné au gaz naturel ou au CO2 pour fabriquer des carburants alternatifs ou recréer du méthane (moins carboné si l'hydrogène est vert, donc).

La Belgique dans le dernier virage du relais 5G

L'enjeu
  • Avec désormais un cadre légal officiel, l'arrivée de la 5G en Belgique apparaît enfin au loin.
  • Notre pays fait partie des retardataires européens avec des dossiers qui ont traîné au niveau fédéral et communautaire.
  • Des difficultés s'annoncent encore au niveau communal et régional, le sprint final risque donc d'être long.

Elle est encore loin, mais elle pointe enfin le bout du nez. La ligne d'arrivée du déploiement de la 5G devrait être franchie en 2022. La législation est enfin là et le processus de mise aux enchères des fréquences peut se préparer. Le secteur peut souffler. Un peu, mais pas trop longtemps. Car dans cette course de relais, le dernier sprint pourrait bien être encore long. D'ailleurs, vu le nombre de complications qui se présentent encore au loin, il n'est pas certain que le tour de piste soit bouclé en 2022.

La Belgique est aujourd'hui l'un des derniers pays d'Europe dans la course au déploiement. Décevant, forcément. Surprenant, peut-être pas. Le dossier 5G est l'exemple parfait de l'inefficacité que peut être notre bonne vieille lasagne institutionnelle. Chez nous, déployer un réseau télécom concerne tous les niveaux de pouvoir. Comme si (au moins) quatre relayeurs belges affrontaient un seul athlète étranger. Sauf qu'en Belgique, le passage de relais n'est pas vraiment synonyme de gain de temps.

Notre premier sprinteur communautaire a été un peu lent au démarrage, pas content de la prime qu'il pouvait gagner. L'histoire de gros sous concerne la répartition des revenus que générera la mise aux enchères des ondes. Des mois d'attente ont été nécessaires pour arriver à la conclusion suivante: on verra après la vente.

L'entrée en piste du Fédéral ne fut pas beaucoup plus efficace. Il aura fallu des mois pour se mettre d'accord sur l'arrivée potentielle d'un quatrième opérateur. Là aussi, des discussions à rallonge ont été nécessaires pour arriver à une réponse simple: on laisse la porte ouverte et on verra. Deux premiers cent mètres éprouvants.

Ceux à venir le seront tout autant. À l'échauffement, le coureur communal a montré son manque d'envie. En mars dernier, au lancement de la 5G light par Proximus, nombreux ont été les bourgmestres à freiner, voire bloquer la signature de permis d'urbanisme. Quand ce sera son tour d'entrer en piste pour déployer la 5G, il pourra encore nous faire perdre du temps.

En Belgique, le passage de relais n'est pas vraiment synonyme de gain de temps.

L'athlète régional ne sait, lui, pas encore très bien comment il va gérer sa course. Avec une réglementation par Région, le futur déploiement s'annonce sportif, surtout à Bruxelles, où la norme est la plus exigeante d'Europe. Il va falloir se décider. Bonne nouvelle toutefois: il y travaille.

La Belgique est donc au deuxième virage de son 400 m. Elle sait déjà qu'elle ne récupérera pas la médaille d'or. L'important maintenant est donc d'assurer un bon dernier sprint, en anticipant les dossiers épineux. Sinon, ils risquent bien d'encore piquer les jambes. Cela serait triste de finir dernier d'une discipline reine en Belgique.

Rythmes scolaires, gare à l'acte manqué!

L'enjeu
  • La réforme des rythmes scolaires a été approuvée en première lecture en novembre dernier. En théorie, elle reviendra sur la table du gouvernement en mars 2022.
  • Si tout se passe comme prévu, la rentrée scolaire aura lieu à la fin du mois d'août, et non plus le 1er septembre. Exit aussi le 30 juin, désormais l'année s'achèvera en juillet.
  • Les congés de Toussaint et Carnaval dureront deux semaines, au lieu d'une.
  • De nombreuses mesures d'accompagnement se font toutefois encore attendre.

Une petite révolution. Voilà ce que s'apprête à vivre le monde de l'enseignement francophone. Son objet: la réforme des rythmes scolaires. Exit la traditionnelle rentrée du 1er septembre, vos têtes blondes retrouveront désormais leurs classes lors de la dernière semaine du mois d'août. Et plus question d'aller faire la fête dès le 30 juin, il faudra attendre le 7 juillet.

Mais ne tirez pas la tête, ces changements signifient aussi que les traditionnels congés de Toussaint – d'automne si vous préférez – et de Carnaval – de détente si vous y tenez – passeront d'une à deux semaines. Car c'est là tout l'enjeu de la réforme: assurer une meilleure répartition des semaines de cours et de congé pour mieux cadrer avec le rythme biologique des jeunes. Un objectif noble, indéniablement.

Mais – eh oui, il y a un "mais" –, on se montre nettement plus sceptique, inquiet même, quant à la préparation et la mise en œuvre de cette vaste réforme qui, rappelons-le, se fait attendre depuis plus de 30 ans. Qu'en sera-t-il des camps de jeunesse, des acteurs touristiques, des familles recomposées, de celles dont les enfants sont scolarisés dans des communautés différentes, des congés en entreprises, …? Les inconnues restent nombreuses, alors que 2022 approche à grands pas.

Cavalier seul francophone

Certes, la ministre de l'Éducation, Caroline Désir (PS), a le mérite d'avoir pris le taureau par les cornes en faisant avancer un projet que d'aucuns avaient probablement enterré un peu vite. Mais avec la pandémie en toile de fond, les multiples mesures d'accompagnement de la réforme, promises depuis plusieurs mois déjà, tardent à montrer le bout de leur nez.

Or, soyons clairs: ce changement radical ne pourra se transformer en succès qu'à condition de bénéficier d'une large adhésion du monde de l'enseignement – ce qui, au vu de certaines réactions syndicales, semble encore loin d'être acquis – mais aussi de la population. Si le cadre de départ est bancal, l'échec est assuré.

"Cette crise a été le meilleur ambassadeur pour une réforme des rythmes scolaires", cabinet Désir

Ne vaudrait-il dès lors pas mieux reporter ce chantier à la rentrée 2023? "Certainement pas", nous assure-t-on au cabinet de la ministre socialiste. On y estime d'ailleurs que la crise, qui a permis de tester de nouveaux rythmes, constitue probablement le "meilleur ambassadeur" de la réforme. En gros, battons le fer tant qu'il est chaud...

En Flandre et à Eupen cependant, on ne se montre pas convaincu. Bien que le projet francophone leur ait été présenté, les deux autres communautés ne comptent pas embrayer. Dommage… Gageons toutefois que si l'expérience francophone est une réussite, elles changeront leur fusil d'épaule. À charge de Désir, et de ses collègues de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de tout faire pour qu'il en soit ainsi.

Nouveau calendrier scolaire 2022

Rentrée scolaire Lundi 29 août 2022
Fête de la Communauté française Lundi 27 septembre 2022
Congé d'automne (Toussaint) Lundi 24 octobre > vendredi 4 novembre 2022
Commémoration du 11 novembre Vendredi 11 novembre 2022
Vacances d'hiver (Noël) Lundi 26 décembre 2022 > vendredi 6 janvier 2023
Congé de détente (Carnaval) Lundi 20 février > vendredi 3 mars 2023
Lundi de Pâques Lundi 10 avril 2023
Vacances de printemps Lundi 1er mai > vendredi 12 mai 2023
Congé de l'Ascension Jeudi 18 mai 2023
Lundi de Pentecôte Lundi 29 mai 2023
Vacances d'été Début le samedi 8 juillet 2023

Procès des attentats de Bruxelles: la crainte d'un flop

L'enjeu
  • Le procès des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles et Zaventem va débuter en octobre 2022.
  • Plusieurs magistrats spécialisés s'inquiètent, sous couvert d'anonymat, d'un possible échec de l'audience.
  • En question, la crainte que les 36 jurés ne parviennent pas au terme des – possiblement – neuf mois d'audience, et l'état dramatique de la cour d'appel de Bruxelles.

Le "procès du siècle", celui des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, pourra-t-il s'achever? La question paraît saugrenue, mais elle est très pertinente et de nombreux magistrats belges se la posent. C'est au mois d'octobre 2022 que débutera, au bâtiment "Justitia" (l'ancien siège de l'Otan), ce procès fleuve qui pourrait bien prendre fin en juin 2023. Si tout va bien!

En effet, plusieurs magistrats, que ce soit au siège ou au parquet, et sous couvert d'anonymat, font part de leur forte inquiétude sur l'hypothèse d'un échec du procès des attentats.

Il s'agira de trouver les jurés qui accepteront de quitter leur vie quotidienne durant neuf mois et de supporter la charge émotionnelle terrible d'un tel procès d'assises.

En cause? La résistance des jurés. Ils seront 36 à être tirés au sort au début de l'audience, sur un panel de personnes convoquées pour l'occasion. Il s'agira de trouver ceux qui accepteront de quitter leur vie quotidienne durant neuf mois et de supporter la charge émotionnelle terrible d'un procès d'assises aussi particulier. Neuf mois durant lesquels ils ne pourront parler avec qui que ce soit de leur conviction sur l'audience; ils ne pourront faire aucun commentaire, devront montrer le moins d'émotion possible, et ne pourront discuter avec aucune partie au procès, sous peine d'être récusés. C'est la raison pour laquelle il y aura 24 jurés suppléants, prêts à prendre le relais, tout en ayant assisté à l'intégralité des débats.

Le parquet fédéral a tout tenté pour faire s'infléchir le politique et parvenir à faire juger la cause par des magistrats professionnels, comme la France a pu le réaliser pour le procès des attentats de Paris. En vain: il aurait fallu obtenir un accord d'un gouvernement en affaires courantes durant près de deux ans et peu enclin à se lancer dans la réforme politiquement très clivante et juridiquement ardue de la cour d'assises.

Il y a un autre écueil: l'état de la cour d'appel de Bruxelles qui a la lourde tâche de mener au bout cette immense entreprise. Elle est décharnée et moribonde, victime d'un lourd arriéré, de plusieurs congés de maladie, d'un manque endémique de magistrats.

Ce devrait être, sauf contre-ordre, la première présidente de cette cour, la francophone Laurence Massart, qui devrait assurer en personne la tenue du procès des attentats. Elle en a l'expérience: c'est elle qui a mené à bon port le procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Mais il s'agissait d'un frêle esquif, comparé au procès des attentats de Bruxelles, avec son millier de parties civiles. La justice belge n'a pas fini de s'arracher les cheveux sur le procès Abdeslam.

En 2022, l'ARN messager va continuer à nous surprendre

L'enjeu
  • La technologie de l'ARN messager a permis la mise au point en un temps record de vaccins contre le coronavirus.
  • Les laboratoires pharmaceutiques et les sociétés de technologies vont l'utiliser contre d'autres virus.
  • Des développements rapides sont également attendus dans la lutte contre le cancer et certaines maladies auto-immunes.

Si elle fut la seule bonne nouvelle qui a émergé au cours de la pandémie de Covid-19, la production des premiers vaccins à ARN messager apparaît aussi et surtout comme une véritable révolution dans l'histoire de la médecine. Un bouleversement analogue à la mise au point des rayons X ou à la découverte des premiers vaccins et de la pénicilline.

L'utilisation de l'ARN messager à des fins médicales était pourtant envisagée depuis plusieurs décennies par certains scientifiques. Mais cette technologie, qui consiste à insérer des morceaux de code génétique dans la cellule pour produire des protéines spécifiques, laissait sceptiques de nombreux laboratoires. Beaucoup la jugeaient instable, risquée sur le plan de l'efficacité, et non rentable.

L'ARN messager n'est qu'un véhicule, pas le Saint Graal thérapeutique.

Encore inconnu du grand public il y a deux ans, l'ARN messager est désormais en train de faire naître d'immenses espoirs. Il va au minimum continuer à chambouler l'industrie du médicament. La preuve en est que les producteurs de vaccins qui l'avaient négligé au début de l'épidémie mettent désormais les bouchées doubles pour rattraper leur retard. Le français Sanofi annonce que six de ses dix futurs candidats vaccins qui seront en étude clinique en 2025 seront basés sur cette technologie innovante. Et alors que l'on commence à peine à explorer les champs d'application, certains, comme le géant britannique GSK ou le petit Poucet belge Ziphius, travaillent déjà sur un ARNm 2.0, appelé "Self Amplifying mRNA". Même le milliardaire Elon Musk s'y intéresse et rêve de fabriquer des micro-usines pour produire des molécules d'ARN messager.

Tous les espoirs semblent permis: un vaccin contre le SIDA dans les prochaines années? Pas si vite. Car on n'a pas encore trouvé la clé qui pourrait servir de cible. L'ARN messager n'est qu'un véhicule, pas le Saint-Graal thérapeutique.

En Belgique, plusieurs jeunes sociétés de biotechnologie – Quantoom Biosciences, eTheRNA, myNeo ou la déjà nommée Ziphius – participent à cette effervescence médicale. Objectif: un ARN messager moins onéreux et plus efficace, éventuellement couplé à l'intelligence artificielle ou à d'autres technologies pour personnaliser les futures thérapies. C'est que, après le Covid-19 et d'autres virus, on annonce des développements rapides dans la lutte contre le cancer et certaines maladies auto-immunes, sous la forme de vaccins thérapeutiques. Avantage supplémentaire: la technologie semble pouvoir être utilisée indépendamment du type de tumeur. L'ARN messager n'a pas fini de nous surprendre.

L'inéluctable montée des taux d'intérêt et ses conséquences

L'enjeu
  • La plupart des banques centrales ont déjà annoncé des politiques monétaires plus dures, synonymes de taux d'intérêt plus élevés.
  • L'inflation, qui devrait rester supérieure à 2% plus longtemps qu'anticipé, soutiendra aussi la montée des taux.
  • Mais cette hausse des prix aura également pour effet de faire pression sur les taux réels, ce qui permet de relativiser la montée des taux d'intérêt.

Les fans d'Hergé se souviendront peut-être de ce gag de "Quick et Flupke", où l'un des deux larrons hurle "Sauve qui peut!" sur une plage bondée, déclenchant une panique générale des estivants, ensuite de quoi il explique à un gendarme venu s'enquérir du pourquoi que "la mer monte!". Il en va un peu de même de la hausse des taux d'intérêt attendue l'année prochaine: elle semble inéluctable mais il n'y a sans doute guère à s'en inquiéter. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'aura aucune conséquence.

Pourquoi les taux vont-ils remonter? La plupart des grandes banques centrales ont déjà annoncé qu'elles allaient durcir leur politique monétaire. Ça signifie moins d'achats d'obligations de ces institutions sur les marchés.

Cette baisse de la demande devrait provoquer un repli des prix des obligations. Quand ceux-ci baissent, les taux augmentent car, comme le coupon (intérêt promis au départ et octroyé chaque année au détenteur de l'obligation), qui a été fixé en pourcentage de la valeur de l'obligation au moment où celle-ci a été émise, est immuable, il devient proportionnellement plus grand par rapport au prix désormais réduit de l'obligation sur le marché.

L'inflation devrait rester supérieure à l'objectif de 2% plus longtemps que prévu.

Les taux sont aussi appelés à grimper à cause de l'inflation qui devrait rester supérieure à 2% plus longtemps que prévu. De quoi rendre les obligations, qui offrent un rendement fixe, moins attrayantes, car l'inflation rongera ce rendement. Résultat, à nouveau: baisse de la demande d'obligations, baisse de leur cours et donc hausse de leurs taux.

Taux réels négatifs

Mais l'inflation toujours élevée qui se profile permet aussi de relativiser la hausse des taux attendue en 2022: les taux réels, c'est-à-dire diminués de l'inflation, devraient rester négatifs. Les investisseurs n'auront alors aucune raison de se débarrasser d'autres actifs – comme les actions – pour se ruer sur les obligations.

La montée des taux aura tout de même des effets. Elle permettrait aux banques de gagner plus d'argent. Mais certains pensent aussi que les banques pourraient souffrir si des entreprises, confrontées à des taux plus élevés, se retrouvent incapables de rembourser leurs prêts. Prudence, donc. Les États devront eux aussi payer plus cher pour emprunter. Attention aux pays les plus endettés…

Mais on se rassurera: après avoir grimpé dans le sillage de l'inflation, les taux devraient s'apaiser, pour autant que le credo des banques centrales, qui voient l'inflation baisser à terme, se confirme. Après tout, la mer de Quick et Flupke a bien dû reculer après la marée haute...

Réalisation:
Coordination: Alain Narinx, Maxime Delrue & Clément Bacq
Développement: Benjamin Verboogen