chronique

Lettre à Donald Trump

Monsieur le président des Etats-Unis, Mais oui! Mais oui! Soutien total! En réaction à la tuerie dans ce lycée de Floride, vous suggérez d’armer les professeurs. Je vous suis, monsieur le président.

Je dois vous avouer que depuis 13 mois (oui, je compte, oh que oui), je n’ai pas toujours été d’accord avec vous. Bon, ça ne va pas vous chagriner: j’habite dans cette ville que vous avez fleurie de l’épitaphe "trou à rats" et je suis journaliste, alors vous pensez bien que ce n’est pas souvent que des pensées géniales me traversent, et ce n’est même pas à ma portée de comprendre les vôtres.

Quitte à équiper les profs d’une arme à feu, ne serait-il pas judicieux, monsieur le président, d’en faire un outil pédagogique? Déjà, ça nous règle le problème disciplinaire.
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Mais là, je vous rejoins, je vous comprends et si vous n’étiez déjà élu, je scanderais des "Votez Trump" le long du canal où je travaille. Il y a des moulins à vent le long du canal où je travaille, ça les ferait tourner. Armer les professeurs, ça veut dire que la prochaine fois qu’un détraqué pète les plombs et vient plomber ses camarades, les profs ils ont l’aplomb pour répliquer.

Et ils seront formés pour ça, vous avez dit. Vous avez bien raison, on ne distribue pas des flingues, comme ça, à des gens qui ne sont pas aptes à s’en servir. Ça pourrait être dangereux. Mais les profs en connaissent déjà un rayon. Je connais pas mal de profs (mais rassurez-vous, j’ai aussi de bonnes fréquentations) qui disent qu’ils passent la moitié de leur temps à faire la police dans leur classe. Ben voilà, ils passeront en police à temps plein.

Cela dit, vu qu’on leur demande d’éduquer les enfants parce que les parents le font moins, de maintenir l’ordre, de sensibiliser aux thématiques sociétales, et bientôt, grâce à vous, de protéger la vie de nos enfants, je ne sais pas trop s’il va leur rester du temps pour enseigner… D’où ma suggestion. Quitte à équiper les profs d’une arme à feu, ne serait-il pas judicieux, monsieur le président, d’en faire un outil pédagogique?

Déjà, ça nous règle le problème disciplinaire. Pour tenir une classe, rien de tel que de tenir en joue le perturbateur de service. Ensuite, avec un canon sur la tempe, la dissert’, y’a pas de doute, elle sera rendue à temps. Et si le petit rigolo a copié Wikipédia ou une chanson de Maître Gims ou dessiné un zizi plutôt que de réfléchir sa dissertation, au lieu de dégainer le stylo rouge et faire couler le sang des reproches, le prof il pourra dégainer son Glock et faire saigner le sans caboche. Pour sûr, ça lui mettra du plomb dans la cervelle.

Et puis, moi je la vois bien la prof de bio qui déambule entre les paillasses de ses élèves, le holster à la ceinture, quand elle entend paf, paf, paf, paf! elle se retourne prestement (elle a été formée, hein), dégaine sans hésiter (elle a été formée, hein), vise très bien (elle a été formée, hein). Et pan! finie Brenda. Brenda, elle avait fait tomber son set de tubes à essai. Du coup, plus de tubes à essai, plus de Brenda. On appelle ça une bavure. Remarquez, avec un peu de pédagogie active, il y a moyen de récupérer le coup (oh, malvenu ce jeu de mots), dans le cours sur les lois de probabilité.

Je badine avec l’horreur. Vous faites des blagues, alors moi je ris à vos blagues. C’est ma déférence à moi.

I hear you,

Cécile Berthaud

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