reportage

Belgium's got (Pop) Talents

Felix de Laet (Lost Frequencies) a réussi à s'imposer en 2016 avec son album "Less Is More". ©Boy Kortekaas

2016 fut une année faste pour les artistes pop et électro belges. Le succès de Lost Frequencies, numéro un des ventes en Europe, la confirmation de Kid Noize et la révélation de Mustii montrent qu’un petit pays peut produire de grands tubes.

À l’heure où tous les magazines et blogs spécialisés préparent leurs tops des meilleurs albums de l’année, nous avons également voulu nous prêter au jeu de la rétrospective musicale avec un focus bien particulier: la pop belge.

Étrangement depuis quelques années, lorsque l’on évoque au sein d’une même phrase les termes "pop" et "belge", un artiste vient immédiatement en tête, du genre élancé, fan des nœuds papillon et qui cherche désespérément son papa. En 2016, rien de tout ça. Si le spectre de Stromae traîne encore dans l’inconscient collectif, une jeune garde d’artistes décomplexés et plein d’envie pointe le bout de son synthé.

Pour tout dire, nous n’avons pas eu à chercher très longtemps pour rencontrer notre premier faiseur de tubes, puisqu’il est actuellement numéro un à peu près partout en Europe.

Felix De Laet alias Lost Frequencies est devenu incontournable sur la scène électro pop mondiale en l’espace de deux ans. Si bien qu’une bonne dose de patience a été nécessaire avant de pouvoir papoter un peu avec l’intéressé, qui a un agenda de ministre: "Je reviens d’Inde. Avant ça j’étais à Madrid, avant ça j’étais au Chili, avant ça j’étais au Pérou, avant ça j’étais aux Etats-Unis et avant ça j’étais à Bruxelles. Ça fait 3 semaines que je suis parti…", nous confie-t-il au téléphone alors qu’il s’écroule sur son lit.

Lost Frequencies - "Are You With Me?"

Révélé en 2015 avec les titres "Reality" et "Are You With Me?" Felix a réussi à s’engouffrer dans le courant musical le plus "hype" du moment à savoir la "Summer Deep House". Musique optimiste et entraînante, aux textes légers et aux rythmes catchy. 2016 a été pour lui l’année de la consécration, ce qui n’était pas acquis au premier abord dans un univers où l’effet de mode peut briser une carrière en trois semaines.

Une confirmation

"J’avais un peu peur de ne pas pouvoir prolonger ma carrière dans le temps. Je suis content, parce que le monde de la musique, ça monte et ça descend très vite. Mais mon premier album est sorti et a été bien accueilli. Et je viens d’annoncer une date à la Lotto Arena… Tout se passe bien et je croise juste les doigts en espérant que tout continue comme ça."

"Quand je joue en Belgique, ça me stresse hyper fort…"
Felix De Laet
Lost Frequencies

À en croire son agenda, il semblerait bien que le succès de Lost Frequencies dure encore un moment puisque l’artiste continuera le reste de sa tournée mondiale pour une bonne partie de l’année 2017 avec des concerts en Europe, au Brésil et en Asie, avant de sortir une édition "Deluxe" de son album "Less Is More" "qui contiendra beaucoup plus de morceaux deep house et de l’électro plus ‘boîte de nuit’ parce que mes concerts sont plus énergiques que l’album. Cela va me permettre d’être encore plus ouvert au public".

À l’inverse de ses compatriotes Kid Noize et Mustii, Felix a sauté une étape dans son ascension: celui de la validation par le public belge. Lui qui est passé de sa chambre d’étudiant de la Solvay Business School aux scènes du monde entier. Un "manque" qui vient lui rajouter une pression supplémentaire lorsqu’il revient jouer sur ses terres: "Quand je rentre en Belgique, je suis un peu déconnecté. Par exemple Kid Noize, il fait vraiment chaque semaine quelque chose en Belgique. Moi je suis en Belgique une fois tous les deux mois… Et du coup, quand je le fais, ça me stresse hyper fort. Ou alors c’est Tomorrowland mais ce n’est pas vraiment ‘Belgique’. En revanche, j’ai vraiment adoré jouer au Brussels Summer Festival. Je me suis senti à la maison, et il y avait une vibe très chouette. En tout cas, je me sens super Belge, je suis fier d’être Belge, mais je ne pense pas que mon projet soit aussi belge que celui de Kid Noize."

Mi-belge, mi-singe

Notre plat pays est le terrain de jeu de cet autre faiseur de tubes. Bruxellois vivant désormais à Charleroi, Greg Avau alias Kid Noize n’est pas un novice dans le milieu puisqu’il officiait déjà il y a quelque temps avec le groupe "Joshua". La transformation a eu lieu lorsque le musicien s’est incarné en être mi-humain, mi-singe. En dehors de l’aspect esthétique, ce masque permet à l’artiste d’incarner son concept, un peu dans le style des "Daft Punk". Si bien qu’il nous a été impossible d’approcher Greg Avau de près, car aucune interview en face à face n’est possible sans qu’il revête son masque de cinéma (qui coûte la modique somme de 400€).

Kid Noize est à la fois musicien électro et dénicheur de talents. ©Studio FiftyFifty

L’album de Kid Noize sorti cette année est un condensé de musique électro pure et puissante. Le fruit d’un vrai travail de longue haleine, selon Greg. "Cet album c’est un peu comme un enfant qui est enfin là, ça fait du bien de le voir vivre désormais."

Greg Avau est bien conscient de l’univers musical actuel. Une scène où il paraît de plus en plus difficile de s’installer durablement et où la musique est devenue un bien de consommation. Selon lui, la recette miracle est de trouver un juste milieu. "La musique électro a évolué ces dernières années, avec beaucoup de gamins qui maintenant commencent à composer dans leur chambre de la musique d’ordinateur. C’est devenu très facile de faire un morceau", explique-t-il. En effet, nombreux sont ceux qui ont commencé à composer seuls dans leur coin, avant de connaître le succès grâce à un bon flair concernant le courant musical en vogue à l’image de Lost Frequencies. Un cheminement difficilement évitable selon Greg. "Il est difficile de se tenir en dehors de la mode sans être rétro. Mais c’est pourtant là qu’il faut creuser pour trouver ce juste milieu et se sentir accompli, trouver son propre style. Personnellement je m’inspire de l’énergie du rock, mais je suis tourné vers le futur, que représente la musique électro."

D’un certain point de vue, Greg/Kid Noize semble être un travailleur acharné, avec toujours en ligne de mire l’idée de trouver les meilleurs arrangements possibles et d’aboutir à son idée originale. "Je suis également en perpétuelle recherche de voix", ajoute-t-il. C’est d’ailleurs dans ces recherches que Greg Avau est tombé sur Mustii, notre troisième faiseur de tubes, qui a pris son envol en 2016, un peu par hasard…

Kid Noize - "Ocean" (ft Mustii)

Double jeu

Thomas Mustin est un oiseau rare dans le milieu puisqu’il porte deux casquettes: celle de comédien (vu notamment dans la série "La Trêve") et celle de compositeur-interprète. Lors de notre rencontre dans un café de la place Flagey, nous avons d’ailleurs pu percevoir les stigmates de ces deux full-time jobs: "Je ne bois rien, je suis au régime. Je dois perdre cinq kilos pour le tournage de mon prochain film, nous explique-t-il avec un large sourire. Je vais jouer le rôle de Patrick Dils (victime de l’une des plus graves erreurs judiciaires en France, ndlr) dans un téléfilm pour France 2."

Thomas Musti (Mustii) devrait faire beaucoup de bruit en 2017… ©Lara Herbinia-SOFAM

Son premier EP "The Darkest Night" a suscité un tel engouement de la part de du public et de la presse que son concert au Cirque Royal fin octobre était quasiment complet. Chose assez rare pour un artiste n’ayant sorti qu’un disque de 6 titres. Mais Thomas ne s’embarrasse pas de la pression et voit cette année 2016 comme une année de lancement pour sa jeune carrière. "Ce premier disque était un test, mais c’est encourageant. En parallèle, je travaille aussi sur l’album qui, lui, est prévu pour l’année prochaine. C’est une étape importante. Dans l’album, il n’y aura que des nouvelles chansons, c’est un nouveau cycle. J’aime l’idée d’avoir un disque, un objet, de créer un univers avec ça."

Mustii est peut-être l’artiste qui incarne le mieux la scène musicale belge de 2016, avec ses compatriotes Oscar & The Wolf et Nicola Testa. Une pop limpide teintée de musique électronique avec des textes forts, et surtout un vrai "show" lors des prestations live. Un courant qui se situe à la frontière entre la scène indépendante et la filière "mainstream" plus commerciale et accessible. Thomas est issu de cette jeune génération totalement à l’aise avec ses valeurs et qui casse les frontières à la fois des genres musicaux et des différentes formes d’arts. On pourrait vite lui coller l’étiquette un brin pompeuse "d’artiste complet". Mustii est avant tout un artiste entier, sûr de la direction qu’il souhaite prendre. "Je ne voudrais pas commencer à réfléchir à ce qui pourrait plaire en radio. C’est prendre à l’envers le processus. C’est un risque de penser à l’envers. Je pense qu’il faut d’abord beaucoup prouver par le live."

Cette année a peut-être marqué le début d’une nouvelle ère pour la scène belge, et particulièrement la scène bruxelloise. Tout comme Lost Frequencies, Kid Noize ou Mustii, de nombreuses formations et artistes se sont révélées, ou entament leur processus de professionnalisation. En 2016 bien plus qu’auparavant. Les groupes Insecte, Le Colisée, Wuman ou encore Monolithe Noir en sont la preuve. Des formations aussi modernes que vieille école, aussi consciente que rêveuse. À l’image de toute une génération: paradoxale.

Mustii - Feed Me

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