Bertrand Burgalat: "Etre sincère"

©Serge Leblon

Rencontre avec un musicien français qui cultive le brassage social et artistique, tout en assumant son côté "énergumène".

Musicien, compositeur, chanteur, Bertrand Burgalat est aussi producteur, il possède sa propre maison de disques Tricatel, et a travaillé avec des artistes aussi divers que Christophe Willem, Michel Houellebecq, Valérie Lemercier, Robert Wyatt ou Depeche Mode… Son nouvel album "Les choses qu’on ne peut dire à personne" est l’occasion de rencontrer ce grand connaisseur de la chanson, et pas que française…

Vous aimez jouer de la référence…

Oui. Je revendique des références, mais pour m’en détacher et les transcender. J’aimerais avoir la démarche des Stones dans les années 60 qui étaient obsédés par le blues et en même temps l’utilisaient pour proposer un résultat très différent. Reste qu’il est difficile aujourd’hui en musique d’apporter quelque chose de neuf qui soit honnête, et pas un faux truc neuf. Mais sortir un disque aujourd’hui, et proposer ce qui a déjà été produit auparavant en moins bien, n’a aucun sens.

Au niveau des textes, que vous n’écrivez pas, comment cela se passe-t-il? Vous donnez votre accord à l’auteur?

Tous les cas de figure se côtoient: parfois, un texte préexiste; parfois, la musique naît d’abord, les paroles ensuite. Mais, si un texte ne me ressemble pas, je ne l’utiliserai pas. Cela peut paraître très prétentieux, mais il me paraît important de parvenir à exprimer ce qu’on ressent vraiment, ceci afin que cela puisse être partagé. De la même façon que lorsque j’écris la musique, des images précises me viennent. Et savoir que celui qui les écoute en aura d’autres me réjouit. Que cela reste ouvert rend le processus intéressant.

Bertrand Burgalat - Les choses qu'on ne peut dire à personne

Votre style, vos lunettes par exemple, exprime-t-il une sorte de nostalgie?

Je suis à un âge, bientôt 54 ans, où normalement plus on vieillit plus on essaie de s’habiller jeune. Je ne suis pas un "personnage": mais lorsqu’on crée des choses un peu à la marge, en France, si on veut passer un certain cap, il faut jouer le côté énergumène. Je pourrais, en effet, pousser cet aspect-là, mais je n’ai pas de concept autour de l’album, je ne suis pas en train de dire que je vais lancer une secte, je ne fais pas de clip avec des bananes… Je me retrouve avec tous les inconvénients de l’énergumène, c’est-à- dire je m’habille comme je veux avec des vêtements du passé, sans qu’il y ait de préméditation de la façon dont je vais être perçu. Je ne suis pas "revivaliste": être sincère, voilà l’essentiel.

Vous avez réalisé des arrangements pour Einstürzende Neubauten, vous avez produit des artistes tels que Supergrass, Michel Houellebecq ou Alain Chamfort… Comment fait-on pour s’adapter à une telle variété de genres?

"Il existe à Bruxelles une humilité très à rebours de ce qu’on peut trouver à Londres ou à Paris."

Ce sont des rencontres, des aventures. En musique on peut connaître ce phénomène… ou pas. On peut aussi choisir de se mouvoir perpétuellement dans le même milieu. La France, par exemple, est un pays où il y a assez peu de brassage social. On met toujours le côté égalitaire en avant: en réalité, les castes sociales sont aussi étanches qu’en Angleterre. C’est intéressant de tenter d’échapper à cela en musique: de ne pas rester cantonner aux mêmes références. Pour moi cela procède de la même démarche. En tant qu’amateur de musique, je trouve toujours agréable de découvrir des musiques que je n’aimais pas ou pensais ne pas aimer. A ce niveau, la sphère musicale est une clé pour plein d’autres aspects.

Vous êtes plutôt belge en fait?

©rv doc

Ah ben, j’aimerais bien! Les Français sont plutôt positifs quand ils parlent de la Belgique, avec un peu de condescendance, mais personnellement j’ai un peu travaillé ici et de l’intérieur, puisque j’y ai produit des disques pour Crammed Discs… Le cloisonnement social me paraît moins fort ici. Et puis Bruxelles m’a fasciné, ceci depuis le début des années 80, avec Telex. Je la considérais comme une place forte techno-pop et j’y ai atterri au début des années 90. Il existe dans la capitale une humilité très à rebours de ce qu’on peut trouver à Londres ou à Paris.

On ne se prend pas au sérieux, un peu comme vous?

Oui, enfin, j’essaie… de faire du mieux que je peux. Il faut garder une certaine humilité dans ce qu’on fait, surtout des disques! (Il rit.)

Vous avez aussi bien travaillé avec Christophe Willem qu’avec Robert Wyatt…

D’où l’aspect sinueux de ma carrière. Mais à mes yeux la vraie réussite en musique s’appelle Robert Wyatt. L’album le plus réussi de l’histoire du rock n’est pas l’"Album Blanc" des Beatles, mais le deuxième album de Soft Machine. Un disque à tiroirs, un peu fouillis, mais extrêmement réussi. Wyatt est, pour moi, synonyme de réussite, car c’est quelqu’un qui arrive à faire des disques de façon extrêmement intègre et sincère tout en trouvant un auditoire... J’envie plus la trajectoire de Wyatt que celle, extrêmement sympathique au demeurant, de Christophe Willem, pour qui se renouveler sera plus difficile...

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