interview

Beth Ditto, icône féministe grandeur nature

©Getty Images for Gucci

Rencontrer Beth Ditto, c’est une aventure. Cela se passe à Londres, dans un club ultra branché et très gay, près de London Bridge. L’ambiance est hot et rock’n’roll. "Fake Sugar", son nouvel album - mais le premier en solo - est juste une absolue nécessité.

La chanteuse de Gossip a révolutionné l’idée et l’image qu’on se faisait des "rock chicks", des rockeuses. Parce qu’elle n’est ni maigrelette, ni over sexy, ni très agressive. Non, Beth Ditto, lorsque je la découvre devant Omeara Venue, dans le quartier du pont de Londres, porte un survêt en velours marron et boit une bière en papotant avec des fans russes… Ensuite, sur scène, pour un concert privé, elle apparaît dans une robe chatoyante. Et elle est maquillée comme Cléopâtre. Elle rendra hommage à Gossip, le groupe qu’elle a porté vers le succès durant une quinzaine d’années et auquel elle a mis fin en 2016. "Beth goes on solo." "Fake Sugar" (qu’on traduirait par faux sucre ou aspartame), c’est le titre de son album. Un joyeux joyau rock et pop. Et le lendemain, au Soho Hotel, je la retrouve telle qu’elle est. Généreuse, excentrique, chaleureuse. Une belle femme. Rock, féministe, mariée à une autre femme et militante pour le "body positivity". Tout un programme.

Depuis combien de temps, vous préparez-vous à une carrière solo?

Oh! Zéro heure! Je ne songeais pas vraiment à me lancer en solo, parce que j’avais l’impression d’en avoir déjà. Et surtout, je ne me sens pas à l’aise avec le "moi, je". Je suis toujours embarrassée de dire "mon manager" plutôt que "notre manager".

Hier soir, sur scène, vous avez dit tout votre amour aux membres de Gossip. Êtes-vous toujours en contact avec eux?

Bien sûr! Il y a eu un peu d’amertume entre certains d’entre nous, parce que j’étais la personne qui avait pris la décision d’arrêter les activités du groupe. J’avais déjà sorti un E.P. solo durant la carrière de Gossip et cela n’avait pas posé de problème. Mais je ne pensais pas que cela prendrait de l’importance. Parce que le groupe était plus fort. Nous avons grandi ensemble.

Beth Ditto - Fire

Donc, ce qui est arrivé est une évolution naturelle?

Tout à fait. Ce n’est pas une rupture comme celle de Guns N’Roses, par exemple. Il n’y a pas eu de drame. Il y a juste eu une conversation téléphonique entre Nathan (Nathan Howdeshell, le guitariste) et moi parce que c’est nous qui avions la plus grande part dans le groupe. Et que nous ne voulions pas faire des chansons pour d’autres groupes. Et les chansons que nous avions encore en chantier, nous ne parvenions pas à les achever. Je ne tenais pas non plus à ce que mon disque passe pour un disque de Gossip. Cela n’aurait pas été juste. Mais j’avais ces chansons et je ne voulais pas qu’elles partent ailleurs.

Pourquoi avoir choisi Jacknife Lee (qui a, dans le passé, travaillé pour U2 et R.E.M.) comme producteur pour cet album?

Il a aussi travaillé avec des groupes punks. D’ailleurs, c’est un punk. Il est juste génial! Cela a été formidable de pouvoir travailler avec lui. Il voulait bosser avec Gossip depuis le début. Je voulais collaborer avec lui depuis longtemps. J’aime sa manière de produire les groupes. Je voulais que nous formions un nouveau groupe avec cette idée que chacun soit impliqué. Et ne surtout pas faire de la pop fabriquée.

Vos chansons d’amour sont-elles différentes depuis que vous êtes mariée? Le processus a-t-il changé?

Non parce que je n’ai pas vraiment un procédé. Ce n’est pas toujours conscient. C’est juste dans ma tête.

"C’est moi qui dirige l’affaire, mais, sur scène, je suis à la merci de mes musiciens, et non l’inverse."

Et qui est le boss à la maison? Parce que, sur scène, c’est vous le boss!

C’est moi le boss. (Rires.) Oui, d’une certaine façon, c’est moi qui dirige l’affaire, mais, sur scène, je suis à la merci de mes musiciens, et non l’inverse.

Alors, quel genre de patronne êtes-vous?

Disons que je n’interviens pas trop. À moins, qu’ils ne soient pas du tout dans la bonne direction. Je veux que chacun, dans mon équipe, se sente bien et puisse avoir droit au chapitre. On n’a pas grandi avec l’idée qu’on aurait ce genre de job. On ne l’imaginait même pas. Mais, si je me sentais malheureuse dans ce boulot, je ferais autre chose. Et si je voulais me sentir misérable, il y a beaucoup de choses que je pourrais faire.

Comme quoi?

Travailler dans un fast-food. Je l’ai fait pendant un certain temps et c’était horrible.

C’était fort émouvant de vous entendre chanter "Standing In The Way Of Control", l’un des grands hits de Gossip, hier soir. Êtes-vous plus sensible à la cause LGBT et, en même temps, un peu triste?

Vous savez, après les élections présidentielles américaines, tout le monde était triste. C’était comme si on vivait un deuil ou une rupture. Maintenant, je me demande plutôt comment on va pouvoir agir. Parce que la situation est mauvaise et même effroyable. Cette chanson-là, six mois plus tôt, à la soirée de Stella McCartney, j’avais refusé de la chanter. Je ne trouvais pas ça relevant. Mais à l’issue des élections, subitement, cette chanson redevenait d’actualité.

Vous avez deux options, alors, comme de nombreux Américains: rester et résister ou partir vivre au Canada. Quel est votre choix?

Je vais rester. Et si je devais déménager, ce ne serait pas pour le Canada. De toute façon (elle rit), de mauvaises choses peuvent arriver n’importe où. Ils ne vont pas décider de ma vie et de mon bonheur. Non! Je vis à Portland, entourée de gens à l’esprit ouvert. Mais je suis originaire de l’Arkansas, qui est un monde tout différent.

Beth Ditto, "Fake Sugar". 1 CD Universal Music. Note: 4/5. En concert le 13 octobre à l'AB. ©rv doc

Vous avez créé une collection de prêt-à-porter "plus size". Est-ce votre manière de soutenir la différence?

Bien sûr. Lorsque je suis entrée dans un mouvement féministe et de soutien à la cause des personnes "plus size" (obèses), elles n’étaient pas très visibles. Cela ne s’appelait même pas encore le mouvement "Body Positivity". On parlait de "Fat Positivity". Je pense que j’ai contribué à créer un nouveau standard de la beauté. Aujourd’hui, les choses ont évolué dans le bon sens. Et une jeune femme comme Ashley Graham peut apparaître en couverture de magazines alors qu’elle est une "plus size".

Vous utilisez pas mal de mots et expressions françaises dans vos chansons. Les utilisez-vous dans votre vie quotidienne?

Je dis, plusieurs fois par jour, "Ouh la la la!"; et "savoir-faire" est fort utilisé aux Etats-Unis. Sinon, je ne pratique pas le français.

Beth Ditto sera en concert le 13 octobre à l'Ancienne Belgique.

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