interview

Camille, graine de génie, grain de folie

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C’est une artiste pure, Camille. Pas une égomane. D’ailleurs, elle pourrait se passer de miroir tant elle est peu narcissique. Tout son art, elle le met dans la musique. Avec "Ouï", son nouvel album, elle livre une ode à la vie.

C’est au Chyl, un lieu bio, près de l’avenue Louise, qu’on retrouve Camille. Entre deux interviews, elle mange des kiwis avec des "graines de quelque chose". Il y a justement une chanson intitulée "Seeds" sur ce nouvel album, "Ouï". Un rapport? "Cela parle de la magie de la vie. La vie est naturellement généreuse. Elle se reproduit naturellement. Nous, pour nous reproduire, on fait l’amour, ce qui est très agréable. Cela ne demande pas beaucoup d’effort." De là, elle embarque sur l’éloge de la permaculture. "On a tellement voulu gagner de l’argent qu’on a fini par vendre des semences stériles qui sont les OGM. On endette les agriculteurs." La parenthèse écologique faite, Camille en revient au thème de sa chanson. La beauté des semences de vie. "J’espère que c’est une graine de vie, mon disque", dit-elle.

Extrait de "OUÏ", son nouvel album

Alors, elle danse

Les graines du changement, selon Camille, seraient d’accorder plus de place dans nos vies au chant et à la danse. "Mais chanter et danser très simplement. Chanter, cela ne veut pas forcément dire passer à la télé et participer à des concours. Mais faire sa petite chanson. En famille ou avec des amis. Avec un rien. Déjà cela, ces pratiques de chorale, c’est très important. Et la danse, même avec un tambour, il y a moyen. Cela restera quelque chose qui n’appartient qu’à nous. Au-delà d’écouter la musique qu’on aime, c’est bon de s’autoriser à écouter sa musique intérieure." Le credo de Camille, c’est que la culture vient spontanément de l’intérieur. "Il s’agit avant tout de cultiver son jardin intérieur."

La danse est étroitement associée aux concerts de Camille. Pourtant, elle n’a pas commencé de cette manière. "On nous a enseigné que la danse et le chant étaient deux disciplines distinctes. Mais avec le temps, j’ai compris que cela n’en faisait qu’une. L’un comme l’autre est un mouvement. Ils s’harmonisent l’un l’autre. C’est comme une polyrythmie. C’est ce que j’aime dans les chants et danses traditionnels. Ils ne font qu’un. La pop a eu tendance à contrôler la musique et à en faire quelque chose de l’ordre de la performance. Jusqu’à conduire certains artistes à utiliser le playback."

"Mon disque, j’espère que c’est une graine de vie."

Artiste pop

Camille est une chercheuse. "Je cherche aussi dans des formats qui s’éloignent du disque. Dans la danse, dans l’improvisation et dans beaucoup d’influences. Ensuite, je fais la synthèse sur disque." Elle ne renie pas pour autant l’étiquette artiste pop. Mais dans le sens pop art, pas dans le sens "variété formatée". Ce que Camille aime dans la pop, c’est qu’elle parle à tout le monde.

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Il arrive que la chanteuse s’inspire de chansons traditionnelles comme dans "Les Loups". "C’est une bourrée. Et il est vrai qu’elle ressemble aussi à une comptine. Elle est imagée également, ce qui plaît aux enfants." Son disque met l’accent sur le rythme. "Toute la difficulté a été d’articuler ces chansons entre elles." Musicalement, Camille a donné la faveur aux tambours et à l’électro. "On a utilisé un Moog, un synthé des années 70 et une programmation avec beaucoup de graves qui évoque le cœur qui bat."

Camille a, on le sait, un goût pour les mots. Elle aime à en jouer. "J’ai voulu que les mots soient comme une matière. Et qu’on puisse rentrer dans l’esprit des chansons sans forcément comprendre le français. Et j’ai veillé à ce qu’il y ait beaucoup d’ouverture sur les voyelles."

Petites musiques de films

Quand elle ne bosse pas sur ses propres albums et concerts, Camille signe des musiques pour des dessins animés, comme "Le Petit Prince". Elle compare les films d’animation à des cathédrales. "Ce sont des milliers de gens qui œuvrent durant une dizaine d’années sur un projet. Et les stars sont des personnages virtuels. Et puis, c’est d’une finesse." Participer à cela, c’était, selon elle, un rêve devenu réalité. Une réalité d’autant plus palpitante que Camille est maman de deux jeunes enfants qui pouvaient enfin voir de près ce que leur mère avait comme travail. Et qui sont déjà profondément musicaux. La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre…

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