interview

The Divine Comedy, dandy de fin de siècle

©rv doc

Rencontre avec Neil Hannon, qui se cache derrière les lunettes de Divine comedy, en concert ce lundi au Cirque Royal dans la foulée de l’album "Foverland".

Avec ses airs de dandy fin de siècle, Neil Hannon de The Divine Comedy pourrait passer pour un arrogant snobinard. C’est surtout un dandy de la farce… Britannique d’Irlande du Nord, le chanteur avoue être attiré par "le continent". "J’ai toujours eu la conviction que je ne devais pas me limiter à la culture de mon île, dit-il. Les Britanniques et les Irlandais ont tendance à être obsédés par l’Amérique, ce contre quoi je me suis toujours rebellé, vu la proximité physique de l’Europe continentale, qui m’attirait par sa musique, ses livres et ses films."

Cela a-t-il un rapport avec le fait que vous soyez irlandais?

Non, car les Irlandais sont encore plus obsédés par l’Amérique que les Britanniques, ce qui me rend dingue! (Il rit.) Je ne voudrais pas paraître spécial et étrange… (Silence.) Mais en fait, je suis spécial et étrange (rire). Mon milieu familial est légèrement barré, avec un père pasteur dans l’église anglicane d’Irlande et, du côté de ma mère, originaire de Kilkenny, une tradition de majordomes. L’Irlande est un merdier historique intéressant, dont je suis le symptôme chaotique. Hannon est un nom originaire de Limerick. Drôle de famille! J’aimerais d’ailleurs faire des recherches un peu plus poussées à ce sujet.

The Divine Comedy

(première partie : Lisa O'Neill)

Ce lundi 30 janvier à 20h au Cirque Royal.

Infos: botanique.be, 02/218.20.15.

Raison pour laquelle vous êtes à ce point intéressé par l’histoire et le passé?

Sans doute, mais j’ai lu quelque part que les hommes d’un certain âge ont tendance à lire beaucoup de livres d’histoire. Je suppose que nous cherchons à trouver notre place dans le monde, à comprendre ce qui nous reste à faire une fois que nous avons procréé.

Le fait d’avoir procréé justement a-t-il influé sur votre art?

Un impact certainement, mais je n’ai jamais aimé l’idée que cela puisse changer mon attitude artistique. Ce faisant, j’aurais été un traître à la cause (il sourit). Il faut se montrer égoïste quant à sa musique. Pas que les paroles ne doivent parler que de moi! Moi! Moi! Mais il faut rester en adéquation avec ce qu’on cherche à atteindre. Et ne rien laisser qui puisse vous en distraire... Même pas votre fille! (Rire.)

"Il faut se montrer égoïste quant à sa musique."

La figure d’Oscar Wilde, qui était irlandais, vous a-t-elle marqué?

Nous avons fréquenté la même école secondaire, la Portora Royal School à Enniskillen, dans le Nord, comme Samuel Beckett d’ailleurs. Pure coïncidence! Cela ne signifie rien… mais c’est intéressant.

Par contre, la figure du dandy qu’il incarne…

Je ne sais pas d’où vient cette image qu’on a de moi. Je porte des costumes, certes… Bon, d’accord, quand je dis que je ne sais pas d’où ça vient, je trahis un peu la réalité: aimant porter une cravate (en français dans le texte), cela me donne un air snob...

The Divine Comedy - How Can You Leave Me On My Own

Sur "Foreverland", votre dernier album, une attention est portée à Napoléon, Catherine la Grande, voire à Zaza Gabor…

Oui, on trouve même Che Guevara quelque part au milieu de tout ça (il rit). Mais je ne le fais pas intentionnellement. Ces mots surgissent inopinément… Et soudain il faut que je m’en explique en interview, comme si j’avais un grand dessein! Je m’en suis évidemment rendu compte à la fin du processus, mais cela n’avait rien de central dans la création de ce disque. C’est une vibration plutôt qu’une utilisation consciente, et j’aime ces noms démodés.

Le son même de ces noms?

Voilà. Il existe une kyrielle de mots à jolie consonance qui ne semblent plus intéresser personne (Rire).

Donc, rien à voir avec l’histoire, que nous évoquions plus haut?

J’ai écrit "Napoléon Complex" en référence à une théorie psychologique à laquelle personne ne croit, qui prétend que nombre de dictateurs étaient petits. La chanson se veut une explication farfelue à ma tendance "control freak": ce morceau évoque en fait ce que j’étais durant les années 90.

©x

Un dictateur?

Un "petit" dictateur, en effet... Musicalement.

Et de petite taille?

En effet, je ne suis pas si grand que ça (il rit). J’ai d’ailleurs été ravi de rencontrer des popstars plus petites que moi. Et puis Jarvis Cocker est arrivé… (rires). Durant cette période, je n’avais qu’une idée en tête: devenir une vedette. Des personnes de mon entourage ont certainement souffert de mon égoïsme dévastateur. Cela ne m’affecte pas beaucoup aujourd’hui, ne pouvant de toute façon plus rien y faire. Par ailleurs, je ne regrette pas d’avoir tout donné pour y parvenir… Sans doute devais-je le faire pour grandir.

Après avoir mentionné Napoléon et sa petite taille, vous deviez vous référer à Catherine la Grande avec Catherine the Great?

En réalité, le prénom de ma petite amie est Cathy… And she is great! Une façon de parler d’elle sans la mentionner. L’album en lui-même reflète d’ailleurs les six ou sept dernières années de mon existence, mais dans une vision fantaisiste, bizarre, surréelle…

C’est quasiment un cliché, mais on croirait entendre l’influence des Beatles sur le morceau "Foreverland" notamment…

Vous êtes la première personne à les mentionner à propos de cet album. Cela me paraît pourtant évident, même si je n’écoute plus les Beatles actuellement. Il faut juste les écouter beaucoup étant jeune et dès lors connaître leurs chansons par cœur. Mais leur influence est patente sur la manière dont j’écris des chansons: ils ont vraiment fixé les règles et les structures.

Vous êtes plus Belle Époque que Renaissance, même si le nom du groupe est Divine Comedy?

Je suis sans doute plus Kate Bush que Belle Époque. J’ai beau me donner un genre artiste, notamment au travers de ces références à ces époques ou à leur style, mais, au bout du compte, j’essaie juste d’écrire l’équivalent de son magistral "Hounds of love"… (rire).

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