Thierry Déau veut aligner les intérêts des investisseurs avec ceux de la durabilité

©PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Figure de la finance française "durable", Thierry Déau mise exclusivement sur le long terme et mesure ses performances à l'aune des objectifs de développement durable de l'ONU.

Avant d'être à la tête d'une société d'investissement qui gère 8 milliards d'euros, Thierry Déau est ingénieur civil, et c'est peut-être ce qui explique sa singularité dans le monde de la finance. Le fonds Meridiam, qu’il a créé en 2005, se concentre exclusivement sur des investissements à long terme – 25 ans ou plus – et mesure ses performances en fonction de son impact sur les objectifs de développement durable définis par les Nations unies, publiant chaque année un rapport d'impact circonstancié.

"L'ingénierie est une école où il y a une forte culture de l'intérêt général, c'est une formation centrée sur le développement durable des territoires, des villes."
Thierry Déau
Créateur du fonds Meridiam

Ingénieur, "c'est une école où il y a une forte culture de l'intérêt général, c'est une formation centrée sur le développement durable des territoires, des villes", explique l'homme d’affaires de 51 ans, dont la fortune était estimée l'an dernier par le magazine Challenge à 180 millions d'euros. Il a forgé son succès sur "l'idée qu'on pouvait aligner les intérêts de très long terme des investisseurs avec l'intérêt long terme du public". Si l'investissement durable a aujourd'hui le vent en poupe, c'était loin d'être une évidence dans les milieux financiers à l’époque où il a commencé à réunir des fonds pour créer Meridiam.

Né en Martinique, fils d'une assistante sociale et d'un entrepreneur, il a fait ses classes préparatoires à Valenciennes, près de Mons, avant d’étudier à l'école nationale des ponts et chaussées. Le fondateur de Meridiam préside Finance for Tomorrow, la plateforme française de la finance durable, notamment conseillée par l'ONG Reclaim Finance, qui veut mettre le système financier au service de la transition écologique. Et il est sur le devant de la scène depuis que le géant Veolia a lancé son offre publique d'achat sur Suez: "Il est le grand vainqueur de la bataille de l'eau et des déchets, qui est en passe de s'achever", écrivait récemment Le Monde. Si le rachat a lieu, un consortium mené par Meridiam détiendra 40% de Suez.

Société à mission

70
milliards d'euros
Meridiam participe à des activités de mobilité, transition écologique et infrastructures sociales qui représentent 70 milliards d'euros d'investissements et emploient 8.000 personnes.

Aujourd'hui, sa société participe à des activités de mobilité, transition écologique et infrastructures sociales qui représentent 70 milliards d'euros d'investissements et emploient quelque 8.000 personnes. Un "anti-BlackRock à la française", avancent certains, même si, avec 3 à 5% de rendement par an, ça n'a rien d'une organisation philanthropique. Elle est le premier fonds d'investissement à avoir adopté, en 2019, le statut de société à mission, plaçant ses objectifs de durabilité au même niveau que ses objectifs de rendement financier – un statut qui peut lui être opposé en justice par n'importe quel investisseur, ou donneur d'ordre, qui estimerait qu'elle ne le respecte pas.

Le financier investit, supervise et gère, par exemple, la transition de l'University of Iowa vers un campus zéro carbone. Il développe en Côte d'Ivoire la plus grande usine de biomasse d'Afrique de l'Ouest, pour alimenter 1,7 million de personnes en énergie. Fait émerger des dizaines de nouvelles écoles au Pays de Galles. L'an dernier, sa société a aussi fait construire 522 km de rails, pour 10 millions de passagers par an. Et cette année, elle doit lancer la mise en service d'une usine de fabrication de pellets dans la Marne. Meridiam investit aussi dans les autoroutes, mais en utilisant des bitumes recyclés et en installant des bornes de péage solaires et points de recharge électrique. Ou des aéroports, avec des matériaux recyclés et des techniques moins énergivores – comme pour le terminal B de l’aéroport de New York –, et en s'associant à l'aéroport de Munich, qui vise la neutralité carbone pour 2030.

Changement profond

"La taxonomie verte de l'Union européenne est orientée climat, ce n'est pas suffisant. Elle va permettre de faire avancer les choses, mais il y a tout le reste."
Thierry Déau
Créateur du fonds Merdiam

Le marché change très vite, constate Thierry Déau. "Il y a une partie de discours, mais il y a aussi un changement profond qui s'opère depuis la COP 21, et même un peu avant." Si, en 2005 il était parmi les premiers à centrer sa stratégie autour des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), aujourd'hui une bonne partie du marché a suivi. "La tendance est forte, même s'il y a toujours une partie qui se contente de mettre des croix dans des boîtes et de faire de beaux discours."

Le cadre réglementaire évolue lui aussi, avec l'arrivée de la taxonomie verte de l'Union européenne, qui doit trier le bon grain du greenwashing. Un pas important, en attendant la suite: "La taxonomie est orientée climat, ce n'est pas suffisant. Elle va permettre de faire avancer les choses, mais il y a tout le reste. Quand on parle d'impact, on parle d'impact social, de la biodiversité…" Il attend la suite: une taxonomie qui couvrirait tous les objectifs de développement durable de l'ONU.

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