Êtes-vous plutôt Greta Thunberg ou Bill Gates? Faites le test

bill gates

Bill Gates, Greta Thunberg. Un même combat, deux chemins radicalement différents. Les opposer ne relève pas que de l'exercice de style. Derrière ces différences apparaissent deux approches qui s'affrontent: celle de l'Europe et celle des États-Unis.

Faut-il changer radicalement nos comportements? Moins prendre l'avion, privilégier le vélo, ne plus manger de viande? Une politique d'ingérence dans nos styles de vie s'impose-t-elle, combinée à un soutien financier au renouvelable, aux bâtiments plus verts, aux voitures électriques, et un bâton fiscal pour ceux qui n'auraient pas un comportement vertueux ? Voici, jetée à gros traits, la vision de l'Europe, qu'on qualifierait volontiers de "thunbergienne".

À l'instar de leur compatriote Bill Gates, les États-Unis estiment au contraire qu'il ne faut pas intervenir dans la vie de leurs concitoyens. Ils préfèrent jeter leur dévolu sur l'innovation et la technologie. Au niveau politique, Washington entrevoit les avantages d'un cercle vertueux qui résoudra les problèmes climatiques tout en créant de l'emploi et en soutenant l'économie. Une différence culturelle bien connue outre-Atlantique, qui mise avant tout sur l'entrepreneuriat.

"Il ne s'agit pas seulement d'éviter une menace existentielle – ce qu'est le changement climatique –, il s'agit de la façon dont nous créons des emplois."
John Kerry
Envoyé spécial du président Joe Biden, chargé de la lutte contre le réchauffement climatique

Il suffit de réécouter la conférence de presse de John Kerry, en avril dernier, pour entrevoir le chemin que prennent les États-Unis. Ce jour-là, l'administration Biden recevait en grande pompe une délégation de chefs d’États et de gouvernements, pour réaffirmer le retour du pays aux accords de Paris de 2015. L'occasion pour John Kerry, l'envoyé spécial du président chargé de la lutte contre le réchauffement climatique, de donner l'orientation de la contre-attaque américaine. "Je pense que nous allons y arriver, en raison de notre capacité à innover et à mener la recherche et le développement, et de notre faculté à produire d'excellents produits à l’avenir et à relever de grands défis, y précise le diplomate. Nous sommes le pays qui est allé sur la Lune. Au moment où le président Kennedy a annoncé cet objectif, nous ne savions pas comment nous allions y arriver. Mais nous l'avons fait."

Et l'ancien secrétaire d’État de Barack Obama d'énumérer les bénéfices à venir pour une série de secteurs (énergie, construction, automobile, agriculture, etc.). "Il ne s'agit pas seulement d'éviter une menace existentielle – ce qu'est le changement climatique –, il s'agit de la façon dont nous créons des emplois."

Financements sous conditions, ou pas

Un billard à trois bandes qu'entrevoit également Mariana Mazzucato, dans son dernier livre, "Mission Economy". L'économiste italo-américaine, sensible aux équilibres entre le public et le privé, évoque, elle aussi, la formidable aventure lunaire comme exemple à suivre pour lutter contre le réchauffement climatique. Une réplique nécessaire, mais qui n'empêchera pas de devoir, de temps en temps, utiliser le bâton: "Je plaide précisément pour une refonte de l'État, posait-elle dans une interview récente à L'Echo, pour que le secteur privé soit soumis à des conditions lorsqu'il travaille avec l'argent public. Nous le voyons aujourd'hui en France, où l'industrie aéronautique est obligée de réduire nettement ses émissions de CO2 en échange d'argent public. Hélas, le Royaume-Uni vient encore d'accorder d'importantes sommes à Easyjet, sans aucune condition."

"Le niveau de vie, dans les pays riches, soulève une menace à la fois sur le changement climatique et sur les environnements locaux."
Adair Turner
Président du groupe de réflexion Energy Transitions Commission

Alors, les États-Unis, adeptes naïfs du savoir-faire et du laisser-faire?

"Bien que les avancées technologiques rapides constituent notre meilleur espoir à long terme pour atténuer le changement climatique, Greta Thunberg a en partie raison aujourd'hui", estime Adair Turner, président du groupe de réflexion Energy Transitions Commission, basé à Londres. "Le niveau de vie, dans les pays riches, soulève une menace à la fois sur le changement climatique et sur les environnements locaux. C'est pourquoi les choix responsables des consommateurs ont également leur importance."

Le meilleur des deux mondes

De plus en plus d'observateurs s'inquiètent de la divergence de vues entre les deux blocs. En juin, la Commission européenne va publier les détails de sa proposition sur une taxe carbone aux frontières. Le but affiché, pour lequel le Parlement européen a adopté une résolution en mars dernier, est de lutter contre les importations de CO2 et les délocalisations environnementales. L'aspect "pollueur payeur", cher aux Européens. La proposition a reçu un accueil pour le moins glacial du côté américain. "Cela a de sérieuses implications pour les économies, les relations et le commerce", a estimé John Kerry. L'envoyé spécial de Biden n'est pas le seul: la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud ont déjà dit tout le mal qu'ils pensaient de cette idée.

"L'administration américaine actuelle est une équipe avec qui on peut travailler. Mais il faudra la soutenir, comprendre ses problèmes, et diminuer les tensions, pour qu'on ait une COP 26 qui donne de réelles ambitions."
Sandrine Dixson-Declève
Coprésidente du Club de Rome

L'un des problèmes est fondamental: quel prix donner au carbone? Qui décidera de la taxe à lever? Les Européens utilisent un système d'échange de quotas d'émission (ETS, Emission trading scheme), mais ce marché n'existe pas aux États-Unis. L'autre problème est l'opposition républicaine, toujours très puissante au Congrès, nous dit Sandrine Dixson-Declève, coprésidente du Club de Rome. "Les difficultés se situent plus à ce niveau-là qu'entre Biden et les Européens. L'administration américaine actuelle est une équipe avec qui on peut travailler. Mais il faudra la soutenir, comprendre ses problèmes, et diminuer les tensions, pour qu'on ait une COP 26 qui donne de réelles ambitions."

Cette tension interne aux États-Unis a déjà des victimes collatérales. L'administration Biden vient de donner son aval à plusieurs projets d'exploitation pétrolière votés sous Donald Trump, dont le projet Willow de ConocoPhilips, en Alaska. Des annonces qui tranchent avec l'actualité récente en Europe. Un tribunal néerlandais a récemment ordonné au géant Shell de se désengager de moitié des énergies fossiles d'ici à 2030. Certains pays européens ont forgé dans leur loi l'obligation d'atteindre des objectifs. La cour constitutionnelle allemande a ainsi estimé que son propre gouvernement n'en faisait pas assez. Ici aussi, la différence est probante, même si plusieurs États américains ont également croisé le fer avec l'industrie pétrolière au sujet de son impact sur l'environnement.

"En fait, cette divergence d'approche entre les États-Unis et l'Europe m'inquiète des deux côtés, conclut Sandrine Dixson-Declève. Si on ne se base que sur la technologique, les compagnies les plus performantes ne vont y aller que s'il y a du profit, et ce ne sera pas suffisant. Du côté européen, c'est la bureaucratie qui m'inquiète. Le temps d'avoir un permis pour développer un projet éolien, solaire, pour changer la distribution d'énergie, tout ça est trop long, trop compliqué. Ce serait bien de trouver un équilibre de stratégie entre les deux continents."

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La plupart des citations reprises dans le quiz viennent des livres suivants (sauf si indiqué autrement):
- Bill Gates, "Climat: comment éviter un désastre". Éditions Flammarion. 350 pages. 22,90 euros.
- Greta Thunberg, "Rejoignez-nous #grevepourleclimat". Éditions Kero. 32 pages. 3 euros.

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