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PFAS en Wallonie: les zones d'ombre persistent

Qui, de la ministre Céline Tellier (photo), de la SWDE et du SPW, était au courant du problème de pollution de l'eau par les PFAS et a préféré ne pas prévenir les citoyens des communes hennuyères concernées? ©BELGA

Le manque de sentiment d'urgence et de communication traverse tout le dossier de la pollution aux PFAS en Wallonie, montrent les auditions de la SWDE.

Le dossier PFAS s'est retrouvé une fois de plus au Parlement wallon ce vendredi, pour les auditions, très attendues, de représentants de la SWDE (Société wallonne des eaux).

Les députés ont pu entendre le président du Comité de direction de la SWDE Eric Van Sevenant, ainsi que trois membres du comité de direction, Eric Smit, Isabelle Jeurissen et Philippe Boury.

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Isabelle Jeurissen, qui supervise la qualité de l'eau, a confirmé que la Défense américaine avait bien communiqué, à la SWDE, les taux importants de PFAS détectés dans l'eau de la base de Chièvres, en 2017. Par deux fois, demandant le point de vue de la société des eaux et s'informant de la réglementation. La SWDE répondait alors qu'il n'y avait ni norme ni contrôle en Wallonie à propos des PFAS. Ne voyant pas d'alerte de danger imminent, "c'est sans doute pour ça que le collaborateur du SWDE n'en réfère pas au comité de direction." "Ça en reste là jusqu'en 2021", a-t-elle expliqué.

4 ans sans réaction

Le dossier avait rebondi en juillet 2021, quand Jori Dupont, député PTB, ressortait au Parlement le rapport de la Défense US concernant l'eau à Chièvres. Différents échanges et actions allaient alors avoir lieu, comme, globalement, l'avait déjà expliqué la ministre de l'Environnement Céline Tellier (Ecolo).

"Il n'y a pas de réponse spécifique à cette demande, mais des échanges."

Isabelle Jeurissen
Membre du comité de direction de la SWDE, en charge de la qualité de l'eau

Une demande de la SWDE le 13 octobre 2021 interpelle. Le comité de direction avait alors écrit au SPW Arne (Agriculture, Ressources naturelles et Environnement) et à la ministre de l'Environnement pour demander une concertation, afin d'aborder la présence de PFAS dans l’environnement et dans l’eau en particulier.

Selon Isabelle Jeurissen, "il n'y a pas de réponse spécifique à cette demande, mais des échanges". Pourquoi une concertation formelle n'a-t-elle pas été organisée? La SWDE n'a pas relancé son invitation... Occasion ratée, symbolique des failles de communication de ce dossier.

"Je me dis qu'une ministre de l'Environnement qui a sous sa tutelle la Société wallonne des eaux... si elle n'a jamais de contact avec cette société qui distribue le premier bien de nécessité de nos concitoyens, je suis interpellée!", a grondé la députée MR Jacqueline Galant. Eric Van Sevenant a expliqué qu'en général, une réunion par an était organisée avec la ministre, mais qu'il n'avait pas été question des PFAS dans ce cadre, lors de la période critique...

Légalité, lenteur et lacunes

Le manque de communication, durant un an et demi, envers la population victime de concentration élevée en PFAS dans l'eau a aussi à nouveau été pointé. "Par rapport aux PFAS, nous répétons: nous utilisons les protocoles existants, il n'y a aucune norme en vigueur actuellement", a insisté Philippe Boury, conformément à la ligne de défense de la SWDE qui insiste sur le fait que la norme européenne (100 ng/l) pour la concentration de PFAS dans l'eau n'entrera en vigueur qu'en 2026.

"Par rapport aux PFAS, nous répétons: nous utilisons les protocoles existants, il n'y a aucune norme en vigueur actuellement"

Philippe Boury
Membre du comité de direction de la SWDE

Ni l'outil ni la chaîne de décision ne sont paramétrés pour réagir à une norme qui n'est pas encore d'application, a encore précisé Isabelle Jeurissen.

La lenteur de certaines procédures a été relevée par plusieurs députés. Comme la mise en place d'un monitoring des eaux wallonnes, qui aurait pu être organisé plus tôt. Le temps écoulé entre la décision et la mise en place des filtres à charbon à Chièvres, qui se sont avérés efficaces au vu des analyses, pose aussi question. La commande, l'installation et le paramétrage l'expliqueraient, selon la SWDE.

"Le problème est pris en charge et résolu, mais pas avec un sentiment d’urgence", a réagi Isabelle Jeurissen. Ce manque de sentiment d'urgence, expliqué par l'absence de norme en vigueur, traverse décidément tout ce dossier. L'origine de la pollution n'a par ailleurs pas encore été clairement identifiée.

Les parlementaires wallons devront décider s'ils lancent une commission spéciale dédiée aux PFAS ou si des auditions en commission de l'Environnement suffisent.

Les interrogations persistent

Nombre de députés ont estimé n'avoir pas reçu les réponses adéquates à leurs questions ce vendredi. En toile de fond, une question toujours pas écartée une dizaine de jours après la révélation de cette contamination: la ministre Ecolo de l'Environnement Céline Tellier doit-elle démissionner? Si les députés fustigent les nombreuses zones d'ombre du dossier, il semble toutefois encore trop tôt pour répondre à la question précitée.

Vu que les auditions avec la SWDE ont largement dépassé l'horaire prévu ce vendredi, celles prévues avec des responsables de l'administration wallonne (SPW) ont d'ailleurs été reportées à jeudi prochain. La ministre Tellier sera, quant à elle, réentendue vendredi prochain dans l'après-midi, a décidé la commission.

Dossier | Pollution au PFAS

Tout savoir sur la contamination des eaux au PFAS en région wallonne: les causes de la pollution, les acteurs du dossier et les dernières infos.

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