Plan de relance pour le climat: de l'hydrogène et des bâtiments isolés

La Wallonie ne veut pas seulement développer toute une chaîne d'activité autour de l'hydrogène, elle veut aussi rendre sa forêt plus durable et créer les deux premiers parcs nationaux wallons. ©Shutterstock

Rénovation massive des bâtiments, développement d'un réseau de transport pour l'hydrogène et le CO₂ et création des deux premiers parcs nationaux wallons: le volet climat du plan de relance brasse large.

Le plan de relance épuré envoyé la semaine dernière à l'Europe met le paquet sur la rénovation énergétique des bâtiments à tous les étages. Pas moins de 16 fiches ont été retenues en la matière. Les budgets les plus importants demandés à l’Europe concernent le nouveau système de primes à la rénovation des bâtiments résidentiels en Flandre (243 millions), la rénovation des écoles en Fédération Wallonie- Bruxelles (230,8 millions) et la rénovation des bâtiments des pouvoirs locaux et des infrastructures sportives en Wallonie (151,8 millions).         

2,019 milliards au total

1,01 milliard pour la rénovation des bâtiments

608 millions pour les technologies énergétiques émergentes

401 millions pour le climat et l’environnement

Mais cela ne s’arrête pas là: le Fédéral veut rénover l’ancien bâtiment de la Bourse; Flandre, Région bruxelloise et Communauté germanophone des habitations sociales; la Fédération Wallonie-Bruxelles des IPPJ ou des universités, et on en passe. Bruxelles compte aussi améliorer l’offre de rénovation en soutenant financièrement des projets de rénovation exemplaires via Renolab.

Le rythme actuel de rénovation des bâtiments, moins de 1%, est bien inférieur aux 3% nécessaires pour atteindre la neutralité climatique en 2050.

Il faut dire que le bâti existant en Belgique est vétuste et l'un des moins efficients d’Europe. Il était responsable de 18,3% des émissions de gaz à effet de serre en 2017. Et le rythme actuel de rénovation, moins de 1%, est bien inférieur aux 3% nécessaires pour atteindre la neutralité climatique en 2050.

Accélérer le tempo permettra non seulement de réduire la consommation énergétique et donc les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de mieux protéger les occupants en cas de vagues de chaleur ou de froid, argumente le plan de relance. Et cela créera aussi de l'emploi.

Des réseaux pour l'hydrogène et le CO₂

Pour limiter les émissions de CO₂, en particulier dans le secteur industriel, le plan de relance mise sur l’hydrogène et la capture du CO₂, des technologies dont le prix est trop élevé aujourd’hui. Les plus gros projets? Le développement d’un réseau de transport de 100 à 160 kilomètres pour l’hydrogène et de 50 à 100  kilomètres pour le CO₂ dans les principaux bassins industriels en Flandre et en Wallonie (95 millions de fonds européens demandés par le Fédéral), et le développement d’une chaîne de valeur industrielle autour de l’hydrogène (125 millions demandés par la Flandre et 117 millions par la Wallonie) avec par exemple la mise au point d’électrolyseurs de haute capacité, des recherches sur les moteurs à hydrogène ou l’intégration de l’hydrogène vert dans les transports et l’industrie.

100
millions €
Pour une île énergétique en mer, l'investissement total devrait atteindre 450 millions, un projet pour lequel le Fédéral demande 100 millions de fonds européens.

Une île énergétique en mer

Le fédéral prévoit aussi la construction d’une île énergétique en mer, pour connecter la future zone d’éoliennes offshore à la terre ferme, mais aussi permettre la connexion avec des parcs éoliens à l'étranger, et donc l’importation d’énergie verte, vu le potentiel limité de la Belgique en la matière. Un investissement de 450 millions, pour lequel le Fédéral demande 100 millions de fonds européens.

Eaux et forêts

La Flandre demande par ailleurs 292 millions pour son Blue Deal, qui compte pas moins de 80 projets et actions pour lutter contre le manque d’eau. "Des cartes récentes réalisées sur base d'images satellites montrent que la Belgique est un des pays européens les plus sévèrement affectés par l'extrême sécheresse, explique le plan de relance. Nous faisons pire que l'Espagne et le sud de l'Italie."

Des cartes réalisées sur base d'images satellites montrent que la Belgique est un des pays européens les plus sévèrement affectés par l'extrême sécheresse.

La Wallonie, elle, demande 84 millions pour améliorer la résilience et la durabilité de sa forêt, renforcer le maillage des aires protégées, créer les deux premiers parcs nationaux wallons et revoir le lit de ses cours d’eau pour lutter contre les inondations. Aujourd'hui, 60% des essences de la forêt wallonne montrent déjà des signes de faiblesse suite aux changements climatiques.

Du CO₂ stocké à l'étranger

Même si, une fois le CO₂ capturé, le plan de relance donne la préférence à sa réutilisation, par exemple pour produire du carburant synthétique, il estime qu’il y aura besoin, durant une période de transition, de stocker ce CO₂. En Europe, les Pays-Bas et la Norvège ont des possibilités de stockage en mer à grande échelle. Pour connecter la Belgique à ces lieux de stockage, le plan de relance prévoit donc d’investir dans des infrastructures pour liquéfier le CO₂ et le transporter par bateau ou, dans le cas des Pays-Bas, d’investir dans des pipelines, en s’appuyant sur le réseau transfrontalier existant.

A court terme, il est ainsi prévu de reconvertir l’infrastructure qui servait à importer le ‘gaz pauvre’ (ou gaz L) des Pays-Bas.  En raison de la diminution de leurs réserves, nos voisins ont décidé de réduire progressivement leurs exportations, et la Belgique est en train de remplacer ce gaz pauvre par du gaz riche, venu d’autres pays. Sans reconversion, le réseau de gaz L devrait donc être mis hors service.

Le Fédéral annonce qu’il examinera si cette infrastructure, comme celle du transport de l’hydrogène, qui devrait dans un deuxième temps permettre d’importer de l’hydrogène depuis l’étranger via les ports belges, doit être gérée par un opérateur neutre, pour assurer un traitement transparent et non discriminatoire de tous les joueurs. A noter que, tout comme pour l’île énergétique, le financement de ces deux projets pourrait être considéré comme une aide d’Etat, et devra faire l’objet d’une procédure formelle auprès des autorités européennes de la concurrence.

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