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Des centaines de millions d'euros pour l'hydrogène dans le plan de relance

Un des projets soumis à l'Europe? La création d'une dorsale hydrogène, pour connecter les ports d'Anvers et de Zeebruges à quelques grands bassins industriels – la pétrochimie à Anvers (en photo), mais aussi vraisemblablement Liège et Charleroi. ©Wouter Van Vooren

Hydrogène à tous les étages dans le plan de relance: fédéral et Régions demandent à l’Europe plusieurs centaines de millions pour financer leurs projets en la matière.

Difficile, en Belgique, de parler du plan de relance sans qu’on vous cite l’exemple de l’hydrogène. Le sujet est à la mode, il a les faveurs de l’Europe et il permet de mettre en avant la dimension interfédérale de ce plan de relance. Fédéral, Wallonie et Flandre ont en effet déposé des projets en la matière. Seule la Région bruxelloise s’est abstenue. Et pour ne rien gâcher, un certain nombre d’entreprises belges sont déjà bien positionnées dans ce domaine, comme John Cockerill, qui s’est associé à un fabricant chinois d'électrolyseurs.

Pour autant, à ce stade, peu d’informations filtrent sur les projets hydrogène soumis à la Commission européenne. Sans doute parce que la Belgique a déposé, au total, 89 projets pour 7,7 milliards d’euros, parmi lesquels un tri doit encore être effectué, l’enveloppe étant limitée à 5,9 milliards. Probablement aussi parce qu'en dépit de l’emballement actuel, l'hydrogène soulève un certain nombre de questions.

Produire de l'hydrogène vert coûte, au bas mot, trois fois plus que de produire de l'hydrogène "gris" à partir de combustibles fossiles.

Sur le papier, il a tout pour plaire. Théoriquement, c'est un bon moyen de pallier l'intermittence des énergies renouvelables. On peut en effet transformer les surplus d’énergie éolienne ou solaire en hydrogène via l'électrolyse de l’eau. On produit ainsi de l’hydrogène vert qui peut être stocké à grande échelle avant d’être réutilisé, soit en le brûlant, soit en le combinant avec du CO2 pour former du méthane vert, soit en le retransformant en électricité via une pile à combustible.

Miracle ou mirage?

Le problème? Les coûts, d’abord. Produire de l'hydrogène vert coûte, au bas mot, trois fois plus que de produire de l’hydrogène "gris" à partir de combustibles fossiles. Un hydrogène gris qui représente près de 95% de l’hydrogène fabriqué dans le monde. Et il ne suffit pas de le produire, cet hydrogène vert: selon l’utilisation qui en est faite, s’ajoutent encore une série de coûts, comme ceux du stockage ou de la pile à combustible.  

Qui plus est, l’efficience énergétique de ces filières est très mauvaise: faire rouler une voiture à l’électricité demande deux à trois fois moins d’énergie que de la faire rouler à l’hydrogène. Autant donc, quand c’est possible, utiliser directement l’électricité verte.

Même si des innovations pourraient changer la donne, l’engouement actuel pour l’hydrogène recèle donc des dangers. "Il y a certainement des pièges, mais surtout des opportunités, nous répondait la ministre fédérale de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) dans une interview en janvier. Une chose qui n’est pas discutée dans les sujets liés à l’hydrogène vert, c’est son utilisation pour remplacer l’hydrogène gris qui sert de matière première à l’industrie."

Les raffineries ont en effet besoin d’hydrogène pour fabriquer des carburants. L’hydrogène sert aussi de matière première pour la production d’ammoniac, et donc d’engrais. Il peut également remplacer les combustibles fossiles dans certains procédés industriels à forte intensité de carbone, comme la sidérurgie ou l’industrie verrière.

Une dorsale hydrogène

Le Fédéral a choisi de privilégier cette voie. Dans le cadre du plan de relance, il demande un financement européen de 95 millions pour soutenir le développement d’une "dorsale hydrogène et CO2". Le projet, porté par le gestionnaire de réseau Fluxys, vise à connecter les ports d’Anvers et de Zeebruges à quelques grands bassins industriels – la pétrochimie à Anvers, mais aussi vraisemblablement Liège et Charleroi – en construisant de nouveaux pipelines, mais aussi en réutilisant certains gazoducs existants. Un investissement qui devrait rapidement atteindre le milliard d’euros, chiffrait récemment Pascal De Buck, le CEO de Fluxys.

95
millions d'euros
Le Fédéral demande un financement européen de 95 millions pour soutenir le développement d'une "dorsale hydrogène et CO2".

Cet hydrogène destiné à l'industrie devrait à terme, pour une grande part, être importé de régions où l’électricité renouvelable est abondante et bon marché, comme l'Afrique du Nord ou le Moyen-Orient. Il ne serait alors plus produit à partir d’électricité verte excédentaire, mais bien d’installations dédicacées.

Le Fédéral prévoit également de soutenir des projets pilotes belges autour des molécules, avec un focus sur les parcs éoliens en mer et la décarbonisation des centrales à gaz, via la production d'hydrogène et de méthane vert et la capture du carbone. Il demande pour ce faire 50 millions d'euros de soutien européen.

Le développement d'une filière wallonne

La Wallonie frappe plus fort encore. Sous la houlette du ministre wallon de l’Économie Willy Borsus (MR) et du ministre wallon de l’Énergie Philippe Henry (Ecolo), elle a déposé un projet de déploiement d’une filière wallonne autour de l’hydrogène pour lequel elle demande 160 millions à l'Europe. "L’ambition est de passer du laboratoire à de grandes installations pilotes, voire à des filières industrielles, explique le cabinet Henry, pour produire de l’hydrogène vert à partir d’électrolyseurs alimentés par de l’énergie renouvelable. Cet hydrogène pourra être stocké et valorisé notamment via des piles à hydrogène dans des flottes captives, comme les TEC ou des camions."

Des appels à projets seront lancés pour la mise en place de ces filières. Parmi les projets susceptibles d’être retenus: Waste-to-Wheels, porté par Engie, qui veut fabriquer de l’hydrogène à partir de l’incinérateur de déchets de Pont-de-Loup pour alimenter des bus à Jumet, ou Hayrport, porté par Liege Airport et John Cockerill, qui veulent transformer de l’électricité photovoltaïque en hydrogène pour alimenter les véhicules de l’aéroport et des entreprises locales intéressées. En parallèle, des projets de R&D sont également au programme, comme le développement d’un moteur à combustion hydrogène ou d’un réservoir à hydrogène à partir de matériaux composites.

De l’hydrogène vert et bleu en Flandre

La Flandre mise, elle aussi, sur le développement d'une chaîne de valeur autour de l’hydrogène. Le plan de relance flamand prévoit une enveloppe de 125 millions d’euros à cet effet. Mais vu les coûts importants de l’hydrogène vert, elle veut aussi passer par l’hydrogène "bleu", produit à partir de combustibles fossiles, mais avec capture du CO2 dégagé lors de sa production. "Début 2020, nous avons lancé un appel au monde des entreprises dans le cadre des IPCEI, ces projets d’importance stratégique soutenus par la Commission européenne, explique la ministre flamande de l’Économie Hilde Crevits (CD&V). Au final, 12 projets ont été déposés, regroupant une vingtaine d’entreprises." Quelle part de ce plan de relance flamand sera intégrée au plan de relance belge? La ministre Crevits ne le précise pas, mais souligne que "son contenu devra être aligné avec les projets que la Flandre accompagne depuis l’an dernier".

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