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Les 5 axes du plan de relance belge à la loupe

Le climat, l'éducation, la mobilité, le digital et l'économie du futur sont les thématiques principales du plan de relance de la Belgique. ©Wouter Van Vooren

Fédéral et entités fédérées ont fait le tri dans leurs projets et raboté certains budgets pour arriver aux 5,9 milliards d’euros alloués par l’Europe à la Belgique. L’Echo a pu prendre connaissance de la nouvelle version du plan de relance envoyée le 2 avril à la Commission européenne. En voici les détails.

1. Climat | De l'hydrogène et des bâtiments isolés

Rénovation massive des bâtiments, développement d'un réseau de transport pour l'hydrogène et le CO₂ et création des deux premiers parcs nationaux wallons: le volet climat du plan de relance brasse large.

Le plan de relance épuré envoyé la semaine dernière à l'Europe met le paquet sur la rénovation énergétique des bâtiments à tous les étages. Pas moins de 16 fiches ont été retenues en la matière. Les budgets les plus importants demandés à l’Europe concernent le nouveau système de primes à la rénovation des bâtiments résidentiels en Flandre (243 millions), la rénovation des écoles en Fédération Wallonie- Bruxelles (230,8 millions) et la rénovation des bâtiments des pouvoirs locaux et des infrastructures sportives en Wallonie (151,8 millions).

Total: 2,019 milliards €

  • 1,01 milliard pour la rénovation des bâtiments.
  • 608 millions pour les technologies énergétiques émergentes.
  • 401 millions pour le climat et l’environnement

Mais cela ne s’arrête pas là: le Fédéral veut rénover l’ancien bâtiment de la Bourse; Flandre, Région bruxelloise et Communauté germanophone des habitations sociales; la Fédération Wallonie-Bruxelles des IPPJ ou des universités, et on en passe. Bruxelles compte aussi améliorer l’offre de rénovation en soutenant financièrement des projets de rénovation exemplaires via Renolab.

Le rythme actuel de rénovation des bâtiments, moins de 1%, est bien inférieur aux 3% nécessaires pour atteindre la neutralité climatique en 2050.

Il faut dire que le bâti existant en Belgique est vétuste et l'un des moins efficients d’Europe. Il était responsable de 18,3% des émissions de gaz à effet de serre en 2017. Et le rythme actuel de rénovation, moins de 1%, est bien inférieur aux 3% nécessaires pour atteindre la neutralité climatique en 2050.

Accélérer le tempo permettra non seulement de réduire la consommation énergétique et donc les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de mieux protéger les occupants en cas de vagues de chaleur ou de froid, argumente le plan de relance. Et cela créera aussi de l'emploi.

Des réseaux pour l'hydrogène et le CO₂

Pour limiter les émissions de CO₂, en particulier dans le secteur industriel, le plan de relance mise sur l’hydrogène et la capture du CO₂, des technologies dont le prix est trop élevé aujourd’hui. Les plus gros projets? Le développement d’un réseau de transport de 100 à 160 kilomètres pour l’hydrogène et de 50 à 100  kilomètres pour le CO₂ dans les principaux bassins industriels en Flandre et en Wallonie (95 millions de fonds européens demandés par le Fédéral), et le développement d’une chaîne de valeur industrielle autour de l’hydrogène (125 millions demandés par la Flandre et 117 millions par la Wallonie) avec par exemple la mise au point d’électrolyseurs de haute capacité, des recherches sur les moteurs à hydrogène ou l’intégration de l’hydrogène vert dans les transports et l’industrie.

Une île énergétique en mer

100
Millions €
Pour une île énergétique en mer, l'investissement total devrait atteindre 450 millions, un projet pour lequel le Fédéral demande 100 millions de fonds européens.

Le fédéral prévoit aussi la construction d’une île énergétique en mer, pour connecter la future zone d’éoliennes offshore à la terre ferme, mais aussi permettre la connexion avec des parcs éoliens à l'étranger, et donc l’importation d’énergie verte, vu le potentiel limité de la Belgique en la matière. Un investissement de 450 millions, pour lequel le Fédéral demande 100 millions de fonds européens.

Eaux et forêts

La Flandre demande par ailleurs 292 millions pour son Blue Deal, qui compte pas moins de 80 projets et actions pour lutter contre le manque d’eau. "Des cartes récentes réalisées sur base d'images satellites montrent que la Belgique est un des pays européens les plus sévèrement affectés par l'extrême sécheresse, explique le plan de relance. Nous faisons pire que l'Espagne et le sud de l'Italie."

Des cartes réalisées sur base d'images satellites montrent que la Belgique est un des pays européens les plus sévèrement affectés par l'extrême sécheresse.

La Wallonie, elle, demande 84 millions pour améliorer la résilience et la durabilité de sa forêt, renforcer le maillage des aires protégées, créer les deux premiers parcs nationaux wallons et revoir le lit de ses cours d’eau pour lutter contre les inondations. Aujourd'hui, 60% des essences de la forêt wallonne montrent déjà des signes de faiblesse suite aux changements climatiques.

Du CO₂ stocké à l'étranger

Même si, une fois le CO₂ capturé, le plan de relance donne la préférence à sa réutilisation, par exemple pour produire du carburant synthétique, il estime qu’il y aura besoin, durant une période de transition, de stocker ce CO₂. En Europe, les Pays-Bas et la Norvège ont des possibilités de stockage en mer à grande échelle. Pour connecter la Belgique à ces lieux de stockage, le plan de relance prévoit donc d’investir dans des infrastructures pour liquéfier le CO₂ et le transporter par bateau ou, dans le cas des Pays-Bas, d’investir dans des pipelines, en s’appuyant sur le réseau transfrontalier existant.

À court terme, il est ainsi prévu de reconvertir l’infrastructure qui servait à importer le ‘gaz pauvre’ (ou gaz L) des Pays-Bas.  En raison de la diminution de leurs réserves, nos voisins ont décidé de réduire progressivement leurs exportations, et la Belgique est en train de remplacer ce gaz pauvre par du gaz riche, venu d’autres pays. Sans reconversion, le réseau de gaz L devrait donc être mis hors service.

Le Fédéral annonce qu’il examinera si cette infrastructure, comme celle du transport de l’hydrogène, qui devrait dans un deuxième temps permettre d’importer de l’hydrogène depuis l’étranger via les ports belges, doit être gérée par un opérateur neutre, pour assurer un traitement transparent et non discriminatoire de tous les joueurs. A noter que, tout comme pour l’île énergétique, le financement de ces deux projets pourrait être considéré comme une aide d’Etat, et devra faire l’objet d’une procédure formelle auprès des autorités européennes de la concurrence.

2. Digital | Rattraper le retard belge

La 5G figure en bonne place dans le volet digital du plan de relance avec une mise en service prévue pour 2025.

Digitalisation des services publics, cybersécurité et 5G sont au menu du volet digital du plan de relance belge.

Avec quelque 756 millions d'euros consacrés à la "transformation numérique", le plan de relance belge entend au moins partiellement rattraper un retard accumulé dans trois domaines d'action: la cybersécurité, la digitalisation des services publics et le développement de la 5G et du réseau de fibre optique. Ainsi, si le développement du numérique est considéré comme une opportunité à saisir en termes de développement économique et de service public, il comporte également son lot de risques connus ou "peu maîtrisés", lit-on en substance dans le draft envoyé début avril à la Commission européenne.

Total: 756,6 millions €

  • 78,8 millions pour la cybersécurité.
  • 575 millions pour l’administration publique.
  • 102,8 millions pour la fibre optique et la 5G.

Se protéger et se spécialiser

La Belgique a clairement décidé de mettre le paquet sur la cybercriminalité, d’abord pour se protéger, ensuite pour développer un véritable pôle de compétence dans le domaine. "La cybercriminalité est le délit économique le plus courant en Belgique, expose-t-il. Que ce soit via l’utilisation de menaces d’hameçonnage (phishing), de logiciels malveillants ou encore par l’intermédiaire de scannage de réseaux, près de deux tiers des organisations belges ont été victimes de criminalité économique au cours des deux dernières années."

Les projets se déclinent donc au niveau des missions de l'État avec des projets visant à adapter les systèmes de défense vis-à-vis du crime organisé ou du terrorisme à la technologie 5G. Idem pour le traçage de véhicules ou encore l'interception des communications dans le cadre des enquêtes judiciaires. Ce volet avale 79 millions d'euros. Les entreprises ne sont pas oubliées.

575 millions pour le public

De gros efforts sont annoncés pour la digitalisation de services publics fédéraux qui accusent un certain retard en la matière, avec la Justice (85 millions) en priorité mais pas seulement. ONE (31 millions), Afsca (10 millions) et Bozar (8 millions) sont notamment visés. La gestion de crise aussi, Covid oblige, avec une enveloppe de 16 millions.

31
millions d'euros
Le plan de relance prévoit une enveloppe de 31 millions d'euros pour la digitalisation de l'ONE.

En matière de santé également, il s'agira de simplifier les rapports du citoyen avec l'État via une plateforme unique. Simplifier, mais aussi rassurer après les récentes polémiques liées à la protection des données de santé des Belges. Ehealth reçoit  40 millions. "Nous voulons introduire les téléconsultations de manière durable, en tenant compte de l'accessibilité et de la convivialité pour les utilisateurs, de la sécurité de l'information et des possibilités techniques d'échange de documents entre le patient et le prestataire de soins", dit le plan. Celui-ci demande 575 millions d'euros à l'Europe pour atteindre ces objectifs. Dans cette enveloppe, 120 millions sont prévus pour les services publics flamands, 48 pour la Wallonie et 40 pour la Région de Bruxelles-capitale. 

5G et fibre optique pour tous

Pour la 5G et la fibre optique, la relance belge prévoit des investissements qui devraient dépasser les 200 millions d'euros mais dont une centaine seulement seraient couverts par le projet proposé au subside européen. Objectif général: "Améliorer la connectivité du territoire national en poursuivant le développement des réseaux de fibres optiques à très haut débit, mais aussi développer les corridors 5G permettant un accès universel et abordable à la connectivité dans toutes les zones urbaines et rurales." Le plan vise notamment à réduire le déficit en investissements haut débit dans les zones éloignées des centres urbains.

"Les grands axes routiers et ferroviaires devraient avoir un accès 5G ininterrompu."

Outre un plan national de déploiement de la 5G, la Wallonie prévoit de relier "tous les principaux moteurs socio-économiques". Sont cités les écoles, les centres logistiques, les services publics et les "entreprises à forte intensité numérique". Pour l'école, la Wallonie travaille à un modèle générique d'équipement à la 5G sur une base centralisée. "Les grands axes routiers et ferroviaires devraient avoir un accès 5G ininterrompu", lit-on encore. La Wallonie projette également de relier ses 35 parcs publics d'activité économique au réseau de fibre optique.

Simplification en vue pour les entreprises

Ce plan de relance est épais de près de 500 pages. La transformation numérique en mobilise une petite centaine desquelles peuvent être extraits des services très concrets et des améliorations futures pour les entreprises et les indépendants en matière de sécurité et dans leur relation avec l'administration. Ici, digitalisation rime avec simplification. On va détailler ici quelques projets qui le méritent.

Le plan annonce la création d'un site web "présentant un cyberscan permettant aux indépendants, TPE et PME débutants de rapidement identifier les points à améliorer en matière de cybersécurité". Cette information s'étend aux marchés publics et aux appels à projets relatifs à l'amélioration de la cybersécurité des entreprises. À pointer, le système Beguard "qui avertira les utilisateurs professionnels de manière ciblée des vulnérabilités et des infections informatiques". Il sera doublé d'un portail pour l'enregistrement des sites web des entreprises belges et de "la distribution de certificats de validation étendue" en matière de cybersécurité. Sera publié un questionnaire en ligne destiné à l'évaluation de "la maturité cyber" des entreprises avec un paquet de recommandations. Des plateformes anti-phishing sont également programmées.

La création d'entreprise simplifiée

Belle promesse ! "L'ensemble de la procédure de création et de gestion d'une entreprise est simplifié sur la base de formulaires électroniques uniques d'initiation avec la Banque Carrefour des Entreprises (CBE) comme source authentique centrale", prévoit le plan. Qui annonce également une base de données centrales destinée à toutes les données de carrière des indépendants, avec leurs droits et obligations, dans le cadre de la digitalisation des services de l'Inasti. Ce projet permet "non seulement de poursuivre l'automatisation des processus décisionnels, mais aussi de monitorer la fraude".

Cette base de données doit permettre la création d'une plateforme pour la sécurité sociale des indépendants rassemblant tous les formulaires et comprenant un dossier individuel consultable à tout moment pour chacun d'entre eux. Ce projet "offre de la transparence, contient les pièces utiles et simplifie donc les tracasseries administratives pour l'indépendant, qui peut en outre recevoir des conseils personnalisés via cette plateforme", précise le plan.

Encore au menu: une "gestion numérique des comptes pour chaque entreprise" devant "digitaliser les flux financiers entre la sécurité sociale et les entreprises et les intermédiaires éventuels".

3. Social | Contraste communautaire au rayon éducation

Le décrochage scolaire est une priorité francophone. ©Kristof Vadino

Les problèmes structurels rencontrés par chaque communauté dessinent les priorités du plan de relance. La Flandre anticipe, les francophones réparent.

Social et vivre ensemble. Sous ce titre générique, l'éducation, l'inclusion et la mise à l'emploi, les infrastructures sociales et la réforme des pensions. Pour ce dernier sujet, le plan renvoie à une proposition de réforme attendue au niveau fédéral à la rentrée de septembre. Elle sera attendue également par l'Europe qui exige, on le sait, des réformes structurelles dans ce domaine. Le projet reste vague à ce stade.

Total: 833 millions

  • 440 millions pour l’éducation
  • 227,2 millions pour les infrastructures sociales
  • 165,8 millions pour la formation et l’emploi des groupes vulnérables

À la lecture du volet "éducation" de ce plan de relance, le contraste entre les priorités flamandes et francophones frappe. Idem pour les moyens affectés. Alors que les autorités francophones mettent le paquet sur la rénovation des bâtiments scolaires dans le cadre d'un autre chapitre (sur les enjeux climatiques), la Flandre privilégie l'équipement numérique de ses écoles. Elle propose un programme digital à 316 millions d'euros, ce qui est le plus gros investissement de ce chapitre. Une politique qui repose sur quatre piliers: l'équipement numérique des écoles, l'élaboration d'une vision dans chaque établissement scolaire, le renforcement des compétences numériques des enseignants et la mise en œuvre d'un centre de connaissances et de conseil dévolu aux écoles en matière numérique.

"La Flandre a l'ambition de devenir une société de l'apprentissage d'ici 2024."

La Flandre mise en parallèle sur la formation tout au long de la carrière avec un budget de près de 54 millions d'euros. Il s'agit pour les autorités du Nord de réformer son arsenal de formations afin que celui-ci corresponde mieux aux attentes du marché du travail. "La Flandre a l'ambition de devenir une société de l'apprentissage d'ici 2024", avec "un processus continu qui se déroule n'importe où et n'importe quand et soit accessible à chacun", précise le projet. À nouveau, l'équipement digital et la formation des acteurs en la matière est au centre de cette ambition.

316
millions d'euros
C'est le montant demandé par la Flandre pour digitaliser ses écoles.

Côté francophone, les montants prévus sont sensiblement inférieurs. Un peu moins de 27 millions pour l'accompagnement personnalisé des élèves de l'enseignement obligatoire, et 32 millions pour le numérique dans l'enseignement supérieur et l'enseignement de promotion sociale. On trouve encore un budget de 5,2 millions demandé par la Région bruxelloise pour "le virage numérique des écoles bruxelloises".

La priorité est mise sur la lutte contre le décrochage scolaire. "Le projet de réforme vise à appréhender la nature multifactorielle du phénomène selon une stratégie globale composée de trois axes – prévention, intervention, compensation – articulés de manière cohérente et concrète, sur la base d’une nouvelle coordination (renforcée) des intervenants", peut-on lire. La Fédération Wallonie-Bruxelles met également en exergue le besoin de résorber les retards d'apprentissage accumulés lors de la crise du Covid et la santé mentale des étudiants.

Tests de discrimination renforcés

De son côté, la Région bruxelloise privilégie l'accès au marché de l'emploi pour les publics fragilisés: 70 millions d'euros. Sont visées "les personnes peu qualifiées, les personnes issues de l’immigration (en particulier les femmes) et les personnes handicapées". Des catégories qui affichent un taux de chômage deux à quatre fois supérieur à la moyenne nationale. La diversité des phénomènes de discrimination selon une approche sectorielle sera privilégiée, annonce Bruxelles. Avec une attention particulière à l'applicabilité des tests de discrimination.

Dans un autre registre, la Wallonie demande quelque 166 millions pour la création de 700 logements publics et une soixantaine de millions pour soutenir la création de places en crèches.

On vous présente le repreneuriat

Parmi les nouveautés destinées à lutter contre les phénomènes de paupérisation, la Région bruxelloise annonce "la mise en place d’une première coopérative de repreneuriat de Belgique". Une formule spécifique destinée à éviter le chômage aux entrepreneurs en difficulté et à leur personnel. Cette structure d'économie sociale "offrira un portage entrepreneurial aux chercheurs d’emploi, aux entrepreneurs en difficulté importante (en situation de quasi-faillite ou en cessation d’activité), dans le but de relancer le potentiel dévolu aux activités", promet le projet.

Les activités en question pourront être reprises dans une entreprise mutualisée et bénéficieront d'un accompagnement spécifique en comptabilité, communication, relance clients et contentieux, accompagnement personnel, coaching avec l'idée de créer des solidarités entre entrepreneurs.

D'autres dispositifs sont inclus dans le plan comme l'expérimentation des territoires zéro chômeur de longue durée que pousse le PS bruxellois. Ou encore les "social impact bonds", des obligations émises par le secteur public pour financer les projets sociaux. Bruxelles entend également développer des formules d'entreprises éphémères pour l'emploi. Ici, "les chercheurs d’emploi sont associés et démarchent les entreprises d’un territoire donné en vue de regrouper les offres" et optimaliser la recherche d'un job.

4. Mobilité | Pistes cyclables à gogo, trains et bus verts

Si des projets ont aussi été rentrés par Bruxelles et la Wallonie pour des pistes cyclables, c'est la Flandre qui est la plus ambitieuse en la matière, avec 352 millions d’investissements. ©Kristof Vadino

Numéro un en matière de mobilité dans le plan de relance: le rail, pour lequel les différents niveaux de pouvoir demandent 675 millions de fonds européens. Le vélo suit, avec 417 millions.

Plus de 30% des trajets de 1 à 2 kilomètres se font encore en voiture, et Bruxelles fait partie du top 10 des villes les plus congestionnées d’Europe, avec 140 heures perdues par conducteur chaque année dans le trafic.

Total: 1,302 milliard

  • 417 millions pour les infrastructures cyclistes et pédestres
  • 675 millions pour le transfert modal
  • 210 millions  pour le verdissement du transport routier

Avec une vitesse moyenne de 20 km/h, le vélo est souvent le moyen de transport le plus rapide et le plus efficient dans les zones urbaines, argumente le plan de relance. Et c'est un moyen de transport démocratique qui réduit les émissions de gaz à effet de serre et contribue à rendre les villes plus vivables.

10.000 blessés et 94 morts

Le principal obstacle à un usage accru de la bicyclette? Le sentiment d’insécurité: plus de 10.000 cyclistes sont blessés dans le trafic chaque année et 94 ont été tués en 2019. Et les infrastructures cyclistes restent sous-développées et mal connectées. D’où la volonté des autorités belges de miser sur des pistes cyclables séparées ou des carrefours sans conflits de trafic.

140
heures
À Bruxelles, chaque conducteur perd en moyenne 140 heures dans le trafic chaque année.

La Flandre a le projet le plus ambitieux en la matière, avec 352 millions d’investissements, dont 250 millions dès 2021 et 2022, qui seront complétés par des projets locaux. La Wallonie, elle, se concentre, en collaboration avec le fédéral et les autres Régions, sur un réseau express cyclable reliant Bruxelles au Brabant wallon: un tronçon de 12 kilomètres longera l’E411 et un autre de 15 kilomètres longera la N275 vers La Hulpe puis Rixensart et Ottignies (13,7 millions). Ils devraient tous deux être terminés en 2024.

Bruxelles prévoit 20 kilomètres de réseau régional créé ou remis aux normes (20 millions), complétés par 6,5 kilomètres de pistes le long des lignes ferroviaires assurés par le Fédéral (14 millions), qui va aussi aménager le quartier Schuman pour y diminuer de manière drastique la place de l’automobile (17,4 millions).

Doubler le fret transporté par rail

Pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre dans le transport, qui représentait 23% du total des émissions en 2017, le plan de relance belge veut aussi améliorer l’offre de transports publics. Le Fédéral ambitionne de doubler le volume de fret transporté par rail d’ici 2030. Pour les passagers, la Flandre vise 40% de modes de transport durable en 2024, tandis que la Wallonie veut faire passer la part des transports en commun de 13% à 25% en 2030. Bruxelles, elle, veut que la proportion de déplacements effectués en voiture passe d’un tiers à un quart.

Le Fédéral demande 275 millions pour moderniser le réseau ferroviaire et l'adapter au trafic de marchandises, notamment dans les ports.

Le plus gros projet, porté par le Fédéral? La modernisation du réseau ferroviaire et son adaptation au transport de marchandises, pour 275 millions d’euros, avec  notamment l’amélioration des infrastructures dans les ports et la réalisation d’une partie des travaux nécessaires pour augmenter la vitesse commerciale entre Bruxelles et Luxembourg, comme  l’aménagement de la gare de Ciney ou la suppression de passages à niveau.

Le Fédéral demande 75 autres millions pour améliorer l’accessibilité des gares aux vélos et aux personnes à mobilité réduite et 15 millions pour le projet ‘Smart Mobility’, qui veut développer des outils digitaux pour favoriser les déplacements intermodaux. La Région bruxelloise travaille également sur le sujet avec son projet ‘Mobility as a service’ (5,6 millions) ainsi que sur une nouvelle mouture de la prime Bruxell’Air pour ceux qui renoncent à leur plaque d’immatriculation (8 millions).

Côté wallon, 105 millions de fonds européens iront à l’extension du tram liégeois vers Seraing et Herstal. Un tram actuellement en construction, mais sur la seule ville de Liège. Autre gros morceau: l’extension du métro de Charleroi (60 millions), avec la rénovation de l’antenne de Châtelet (5,5 kilomètres et 8 stations) pour permettre la  desserte du Grand Hôpital de Charleroi en construction. Deux chantiers dont les travaux dureront jusqu'en 2026.

La Wallonie mise aussi sur une ligne de bus électriques ou à hydrogène, principalement en site propre, dans le Borinage (27,8 millions), sur l’augmentation de la capacité de la plateforme multimodale de Trilogiport (25,9 millions) ou sur des feux tricolores régionaux intelligents (26,6 millions) qui favorisent les transports en commun, les cyclistes et les piétons.

Bus verts et bornes de recharge

Du côté des routes, la Flandre et Bruxelles misent sur le verdissement des bus de De Lijn et de la STIB, sollicitant respectivement 93 millions et 55 millions de fonds européens.

"La composante 'pricing' n'est qu'un élément qui pourrait être supprimé en l'absence d'accord politique."

Le Fédéral et la Flandre tablent aussi sur les bornes de recharge électriques. Le Fédéral veut mettre en place des mesures fiscales temporaires pour faciliter leur achat par les particuliers ainsi que les entreprises ou les magasins (32 millions). La Flandre prévoit 30.000 nouveaux points de recharge dans le domaine public et sur des terrains privés accessibles au public (30 millions).

SmartMove, même sans taxe kilométrique!

C’est le plus gros projet bruxellois du plan de relance en matière de mobilité: la Région demande 51 millions de fonds européens pour SmartMove, ce tarif kilométrique intelligent applicable à tous les véhicules particuliers et camionnettes qui vise à réduire le temps perdu dans les embouteillages de 32% et les émissions dues au trafic de 5%.

Un projet de tarification sur lequel plusieurs partis, dont le PS, n’ont pas caché leurs réticences. «Le projet SmartMove est en soi pertinent et impactant, tout en acceptant certains risques qu’il comporte, liés à la composante 'pricing' de l’utilisation de la voiture, qui n’est somme toute qu’un élément qui pourrait être supprimé en l’absence d’accord politique», lit-on dans la version provisoire du plan de relance remise le 2 avril à l’Europe. Entendez: SmartMove se fera, même sans tarification au kilomètre…

SmartMove sans l’incitant tarifaire, c’est une application mobile qui permettra de visualiser les différentes options de mobilité à proximité, d’acheter ses billets ou de consulter les statistiques concernant son comportement en matière de mobilité. Une application qui devrait être opérationnelle en 2022. Mais demander 51 millions de fonds européens pour une app, ça parait beaucoup...

5. Économie du futur | Biotechs, nucléaire ou alimentaire au menu

Le plan de relance demande 25 millions pour la construction au SCK-CEN (Centre d'étude de l'énergie nucléaire de Mol) d’une installation destinée à développer des techniques permettant de minimiser la quantité de déchets radioactifs générés par le démantèlement des centrales nucléaires. ©BELGA

Former aux métiers de demain, soutenir la recherche et l'innovation dans des domaines-clés et favoriser l'économie circulaire: c'est le dernier axe du plan de relance.

On le sait, le taux d’emploi en Belgique est faible: en 2019, 65,3% seulement de la population en âge de travailler était occupée en Belgique, contre 69,3% en moyenne dans l’Union européenne. Le plan de relance veut dès lors s'atteler à la formation des jeunes aux métiers de demain et préparer les travailleurs aux mutations à venir en matière d’emploi.

Total: 1,002 milliard

  • 364 millions pour la formation et le marché du travail   
  • 440 millions pour le soutien à l’activité économique
  • 198 millions pour l’économie circulaire

Innovation et école des biotechs

La Wallonie demande plus de 86 millions d’euros de fonds européens pour A6K-E6K, le hub d’innovation et de formation numérique et technologique qu’elle veut implanter sur le site de Caterpillar pour stimuler l’innovation et fournir un vivier de talents aux entreprises et près de 25 millions pour une école européenne dans les biotechs au Biopark de Gosselies pour couvrir les besoins du secteur en termes de main-d’œuvre qualifiée. Les montants ont été quelque peu rabotés, mais les projets demeurent. Ils devraient être finalisés en 2026.La Wallonie demande plus de 86 millions d’euros de fonds européens pour A6K-E6K, le hub d’innovation et de formation numérique et technologique qu’elle veut implanter sur le site de Caterpillar .

La Wallonie demande plus de 86 millions d’euros de fonds européens pour A6K-E6K, le hub d’innovation et de formation numérique et technologique qu’elle veut implanter sur le site de Caterpillar .

Elle prévoit aussi un upgrade des bâtiments de sept grands centres de formation, comme Cefochim, Technocité ou Technifutur, ainsi que la création d’un centre des éco-technologies à Mons (83,7 millions).

La Flandre mise moins sur les bâtiments et davantage sur les compétences, avec son "offensive d’apprentissage et de carrière" pour laquelle elle demande près de 70 millions de fonds européens dans le cadre du plan de relance. Un projet qui prévoit notamment de financer des tests de vérification des compétences dans les petites entreprises et la mise à disposition des secteurs en croissance de personnel venu des secteurs en difficulté.

La Région de Bruxelles-capitale, elle, demande 15 millions pour relancer le marché de l’emploi au moyen de trois outils: un outil de gestion en ligne des bénéficiaires des dispositifs d’aide à l’emploi ou de formations, la création d’un Fonds régional d’accompagnement des travailleurs en cas de restructuration ou faillite, et une plateforme dynamique d’information sur le marché du travail pour soutenir la reconversion vers les métiers en pénurie.

La Flandre veut aussi donner un boost à l’e-learning avec Digital Skills (près de 42 millions), tandis que la Wallonie veut réduire la fracture numérique avec son projet Life Long Digital Training (42 millions).

Des radioisotopes contre le cancer

Le Fédéral veut soutenir le centre d'étude de l'énergie nucléaire de Mol (SCK-CEN) dans la recherche en radioisotopes pour lutter contre le cancer et l’IRE pour développer une technologie qui réponde aux défis d’approvisionnement en Mo-99, utilisé dans 80% des procédures d’imagerie médicale (35 millions). Il prévoit aussi un appel à projets dans l’aéronautique et le spatial pour développer des technologies de pointe et durables (35 millions) et la construction au SCK-CEN de Mol d’une installation destinée à développer des techniques permettant de minimiser la quantité de déchets radioactifs qui sera générée par le démantèlement des centrales nucléaires (25 millions).

35
millions d'euros
Le Fédéral demande 35 millions pour soutenir le SCK-CEN dans la recherche en radioisotopes pour lutter contre le cancer et l’IRE pour développer une technologie qui réponde aux défis d’approvisionnement en Mo-99.

La Wallonie se concentre sur la relocalisation alimentaire, avec notamment le développement de plateformes logistiques pour permettre le développement de nouvelles filières basées sur les circuits courts (62 millions).

La Flandre, elle, mise très gros sur la recherche, le développement et l’innovation en matière de digitalisation, de durabilité et de santé, avec un projet de pas moins de 280 millions qui combinera soutien à la recherche dans des niches où la Flandre excelle, développement d’innovations communes à plusieurs secteurs ou développement de grandes infrastructures de recherche.

Diminuer la demande en matières premières

Fédéral, Flandre et Wallonie ont également des projets en matière d’économie circulaire. Le plus ambitieux? Celui de la Wallonie (près de 114 millions) qui vise notamment à diminuer de 25% la demande en matières premières de la Wallonie d’ici 2030 par rapport à 2013.

La Wallonie vise à diminuer de 25% la demande en matières premières d’ici 2030.

Le premier volet du projet se concentre sur la recherche et le développement dans la métallurgie et les matériaux de construction, pour favoriser la réutilisation, l’upscaling et le recyclage. Le deuxième volet constitue en des appels à projets ciblés pour développer par exemple des ressourceries ou des matériauthèques. Le troisième volet vise à établir un centre d’excellence en matière de support opérationnel aux avions commerciaux (lire ci-contre).

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