Plan de relance pour la mobilité: pistes cyclables à gogo, trains et bus verts

Si des projets ont aussi été rentrés par Bruxelles et la Wallonie pour des pistes cyclables, c'est la Flandre qui est la plus ambitieuse en la matière, avec 352 millions d’investissements. ©Kristof Vadino

Numéro un en matière de mobilité dans le plan de relance: le rail, pour lequel les différents niveaux de pouvoir demandent 675 millions de fonds européens. Le vélo suit, avec 417 millions.

Plus de 30% des trajets de 1 à 2 kilomètres se font encore en voiture, et Bruxelles fait partie du top 10 des villes les plus congestionnées d’Europe, avec 140 heures perdues par conducteur chaque année dans le trafic.

Total: 1,302 milliard

  • 417 millions pour les infrastructures cyclistes et pédestres
  • 675 millions pour le transfert modal
  • 210 millions  pour le verdissement du transport routier

Avec une vitesse moyenne de 20 km/h, le vélo est souvent le moyen de transport le plus rapide et le plus efficient dans les zones urbaines, argumente le plan de relance. Et c'est un moyen de transport démocratique qui réduit les émissions de gaz à effet de serre et contribue à rendre les villes plus vivables.

10.000 blessés et 94 morts

Le principal obstacle à un usage accru de la bicyclette? Le sentiment d’insécurité: plus de 10.000 cyclistes sont blessés dans le trafic chaque année et 94 ont été tués en 2019. Et les infrastructures cyclistes restent sous-développées et mal connectées. D’où la volonté des autorités belges de miser sur des pistes cyclables séparées ou des carrefours sans conflits de trafic.

140
A Bruxelles, chaque conducteur perd en moyenne 140 heures dans le trafic chaque année.

La Flandre a le projet le plus ambitieux en la matière, avec 352 millions d’investissements, dont 250 millions dès 2021 et 2022, qui seront complétés par des projets locaux. La Wallonie, elle, se concentre, en collaboration avec le fédéral et les autres Régions, sur un réseau express cyclable reliant Bruxelles au Brabant wallon: un tronçon de 12 kilomètres longera l’E411 et un autre de 15 kilomètres longera la N275 vers La Hulpe puis Rixensart et Ottignies (13,7 millions). Ils devraient tous deux être terminés en 2024.

Bruxelles prévoit 20 kilomètres de réseau régional créé ou remis aux normes (20 millions), complétés par 6,5 kilomètres de pistes le long des lignes ferroviaires assurés par le Fédéral (14 millions), qui va aussi aménager le quartier Schuman pour y diminuer de manière drastique la place de l’automobile (17,4 millions).

Doubler le fret transporté par rail

Pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre dans le transport, qui représentait 23% du total des émissions en 2017, le plan de relance belge veut aussi améliorer l’offre de transports publics. Le Fédéral ambitionne de doubler le volume de fret transporté par rail d’ici 2030. Pour les passagers, la Flandre vise 40% de modes de transport durable en 2024, tandis que la Wallonie veut faire passer la part des transports en commun de 13% à 25% en 2030. Bruxelles, elle, veut que la proportion de déplacements effectués en voiture passe d’un tiers à un quart.

Le Fédéral demande 275 millions pour moderniser le réseau ferroviaire et l'adapter au trafic de marchandises, notamment dans les ports.

Le plus gros projet, porté par le Fédéral? La modernisation du réseau ferroviaire et son adaptation au transport de marchandises, pour 275 millions d’euros, avec  notamment l’amélioration des infrastructures dans les ports et la réalisation d’une partie des travaux nécessaires pour augmenter la vitesse commerciale entre Bruxelles et Luxembourg, comme  l’aménagement de la gare de Ciney ou la suppression de passages à niveau.

Le Fédéral demande 75 autres millions pour améliorer l’accessibilité des gares aux vélos et aux personnes à mobilité réduite et 15 millions pour le projet ‘Smart Mobility’, qui veut développer des outils digitaux pour favoriser les déplacements intermodaux. La Région bruxelloise travaille également sur le sujet avec son projet ‘Mobility as a service’ (5,6 millions) ainsi que sur une nouvelle mouture de la prime Bruxell’Air pour ceux qui renoncent à leur plaque d’immatriculation (8 millions).

Côté wallon, 105 millions de fonds européens iront à l’extension du tram liégeois vers Seraing et Herstal. Un tram actuellement en construction, mais sur la seule ville de Liège. Autre gros morceau: l’extension du métro de Charleroi (60 millions), avec la rénovation de l’antenne de Châtelet (5,5 kilomètres et 8 stations) pour permettre la  desserte du Grand Hôpital de Charleroi en construction. Deux chantiers dont les travaux dureront jusqu'en 2026.

La Wallonie mise aussi sur une ligne de bus électriques ou à hydrogène, principalement en site propre, dans le Borinage (27,8 millions), sur l’augmentation de la capacité de la plateforme multimodale de Trilogiport (25,9 millions) ou sur des feux tricolores régionaux intelligents (26,6 millions) qui favorisent les transports en commun, les cyclistes et les piétons.

Bus verts et bornes de recharge

Du côté des routes, la Flandre et Bruxelles misent sur le verdissement des bus de De Lijn et de la STIB, sollicitant respectivement 93 millions et 55 millions de fonds européens.

"La composante 'pricing' n'est qu'un élément qui pourrait être supprimé en l'absence d'accord politique."
Le plan de relance
Au sujet de SmartMove

Le Fédéral et la Flandre tablent aussi sur les bornes de recharge électriques. Le Fédéral veut mettre en place des mesures fiscales temporaires pour faciliter leur achat par les particuliers ainsi que les entreprises ou les magasins (32 millions). La Flandre prévoit 30.000 nouveaux points de recharge dans le domaine public et sur des terrains privés accessibles au public (30 millions).

SmartMove, même sans taxe kilométrique!

C’est le plus gros projet bruxellois du plan de relance en matière de mobilité: la Région demande 51 millions de fonds européens pour SmartMove, ce tarif kilométrique intelligent applicable à tous les véhicules particuliers et camionnettes qui vise à réduire le temps perdu dans les embouteillages de 32% et les émissions dues au trafic de 5%.

Un projet de tarification sur lequel plusieurs partis, dont le PS, n’ont pas caché leurs réticences. «Le projet SmartMove est en soi pertinent et impactant, tout en acceptant certains risques qu’il comporte, liés à la composante 'pricing' de l’utilisation de la voiture, qui n’est somme toute qu’un élément qui pourrait être supprimé en l’absence d’accord politique», lit-on dans la version provisoire du plan de relance remise le 2 avril à l’Europe. Entendez: SmartMove se fera, même sans tarification au kilomètre…

SmartMove sans l’incitant tarifaire, c’est une application mobile qui permettra de visualiser les différentes options de mobilité à proximité, d’acheter ses billets ou de consulter les statistiques concernant son comportement en matière de mobilité. Une application qui devrait être opérationnelle en 2022. Mais demander 51 millions de fonds européens pour une app, ça parait beaucoup...

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