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JO de Tokyo: "Je n’ai jamais autant senti l’envie de gagner chez nos athlètes"

Pierre-Olivier Beckers, achève son quatrième et dernier mandat à la tête du Comité olympique belge. ©BELGA

À quelques jours de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo, le président du Comité olympique belge, Pierre-Olivier Beckers, dresse l'état des lieux des ambitions de la délégation et fait le bilan de seize années passées à sa tête.

J-4 pour les Jeux olympiques d'été de Tokyo, les 32e de l'ère moderne. Cette semaine, L'Echo décrypte les enjeux de cette grand-messe sportive qui se déroulera dans un contexte inédit. Les Jeux ont été reportés d'un an en raison de la crise sanitaire et, pour le même motif, ils se dérouleront à huis clos. Du jamais vu dans l'histoire de l'Olympisme.

Pas de quoi, en apparence, perturber, Pierre-Olivier Beckers. Alors qu'il achève son quatrième et dernier mandat à la  présidence du Comité olympique belge, l'ex-CEO de Delhaize fait preuve d'un bel optimisme.

Comment se présente la délégation belge à ces Jeux?

Il y aura 137 athlètes (depuis cette interview, le tennisman David Goffin a déclaré forfait, NDLR) dont 122 qualifiés et 15 en réserve. Si on y ajoute les encadrants, on sera plus de 260. C'est la plus grosse délégation depuis septante ans, lors des Jeux d'Helsinki.

Alors que l'Olympisme n'est plus le même, qu'il y a 206 pays participants, que les critères de sélection sont de plus en plus stricts et rigoureux, c'est super chouette que l'on puisse envoyer autant d'athlètes.

Cette forte délégation s'explique aussi par le fait qu'il y ait deux équipes. C'est très important pour vous, non?

Effectivement, les équipes, c'est une de mes marottes. J'ai la conviction que la présence d'athlètes faisant partie d'une équipe ajoute de la solidarité, une capacité d'entraide au sein du village olympique par rapport à des athlètes individuels qui arrivent parfois un peu perdus dans un environnement comme les Jeux olympiques.

"On peut viser dix médailles. Mais pour cela il faudra que tous les astres soient alignés."
Pierre-Olivier Beckers
Président du COIB

On a les Red Lions en hockey et les Belgian Cats en basket qui viennent de décrocher la médaille de bronze aux championnats d'Europe. C'est vraiment dommage que l'équipe féminine de hockey ait raté sa qualification l'an dernier, car elle a magnifiquement progressé au point de figurer, aujourd'hui, dans le top 5 ou 6 mondial.

On a l'impression que la Belgique n'a jamais eu autant de chances de performer. Vous visez toujours une dizaine de médailles?

Lors de chaque Jeux olympiques, l'organisme de statistiques internationales Gracenote fait des prévisions de médailles. Il n'a jamais été aussi optimiste pour la Belgique. Là où d'habitude il en prédit 2 ou 3, voire 4, il en annonce 10 et 21 places de finalistes! On peut donc viser dix médailles, mais je reconnais que pour cela, il faudrait que tous les astres soient alignés. Le climat est donc plutôt à l'optimisme.

Je pense qu'on n'a jamais aussi bien préparé les athlètes, à tous les niveaux: la performance pure, l'adaptation aux conditions climatiques de Tokyo où il fera chaud et humide, et le mental. L'envie de gagner n'a jamais été aussi forte alors que le tempérament belge fait que l'on a tendance à se contenter du minimum.

"Par rapport à d'autres pays, on a pu se préparer dans de bonnes conditions."

Aujourd'hui, les athlètes ne disent plus qu'ils vont aux Jeux pour participer, mais pour gagner une médaille et, dans certains cas, une médaille d'or comme les Red Lions ou Remco Evenepoel en cyclisme.

Avec la crise sanitaire, la préparation a-t-elle vraiment été idéale, comme vous le dites?

Elle a certes été perturbée, car on n'a pas pu faire le traditionnel stage de novembre à Lanzarote, mais par rapport à d'autres pays, on a pu se préparer dans de bonnes conditions. On a aussi pu continuer à participer à des compétitions internationales, contrairement aux Australiens, par exemple, qui ne sont quasiment plus sortis de chez eux.

Malgré un climat tendu avec nos autorités, on est aussi  parvenus à leur faire comprendre qu'il était important de faire vacciner nos athlètes. Tous l'ont été fin avril, ce qui les place dans une meilleure situation que la plupart des pays qui ont commencé à les vacciner en juin. Or les experts médicaux et scientifiques ont pu déterminer que l'impact de la deuxième dose pouvait durer jusqu'à six semaines, avec des baisses de performances de 5, 10, voire 15%.

Le huis clos ne va-t-il pas avoir une influence négative sur les performances?

Cela dépend. Certains athlètes sont très démonstratifs et incitent le public à les encourager. L'absence du public risque d'être néfaste pour eux. Certains aussi se sentent rassurés d'avoir leur entourage auprès d'eux. Or ce sera impossible cette année. D'autres, en revanche, sont paralysés par le public. Peut-être qu'ils seront moins stressés et plus performants.

3,2 millions
d'euros
Le budget du COIB pour les Jeux d'été tourne autour de 3,2 millions d'euros sur un budget annuel d'une dizaine de millions.

Au niveau budgétaire le coronavirus a-t-il augmenté la facture pour le COIB?

Oui, mais c'est gérable. Notre budget pour les Jeux d'été tourne autour de 3,2 millions sur un budget annuel d'une dizaine de millions. Il est pris en charge par les communautés et nos partenaires commerciaux. Le surcoût s'établit à 10%, lié aussi à des annulations d'événements que l'on n'a pas pu récupérer comme la Belgian House à Tokyo, la célébration des 100 ans des jeux d'Anvers, etc.

Pas de crainte pour l'avenir dans ce climat instable pour le sport de haut niveau?

Non, car, heureusement, les Jeux de 2024 auront pratiquement lieu chez nous, à Paris, à 1h20 de Thalys. On n'aura jamais des Jeux aussi proches, dans une culture aussi proche, y compris au niveau économique, ce qui est très important pour nos partenaires commerciaux.

L'intérêt de nos autorités est énorme, on cherche déjà un emplacement au cœur de Paris pour implanter une gigantesque Belgian House qui pourra être un lien de rencontre pour le grand public, les entreprises, les sponsors les autorités politiques, etc. Cela pourrait générer de grosses retombées économiques.

"Les Jeux olympiques au Benelux? Cela pourrait avoir du sens"

Votre 4e et dernier mandat s'achève le 10 septembre. Quel bilan tirez-vous de ces seize années?

Ce serait plus facile que d'autres le fassent à ma place (rires) mais je pense pouvoir dire que l'esprit et la performance du sport en Belgique sont parvenus à un niveau assez élevé par rapport à 2004. Les délégations aux JO sont plus importantes et nos sportifs n'ont jamais gagné autant de médailles aux championnats d'Europe ou du Monde. À Rio, en 2016, nous avons eu 6 médailles et 19 top 8, c'était la meilleure performance depuis 1948. À l'époque de ma candidature, j'avais dit trois choses.

Un: il faut ramener des équipes aux JO, car cela sublime l'enthousiasme de la population pour le sport de haut niveau alors qu'on n'avait plus eu d'équipe depuis 1976.

Deux: il faut rétablir le dialogue entre les communautés et avec le COIB, car personne ne se parlait. Ce qui fait que les communautés soutenaient des sports très différents. En 2004, la savate recevait ainsi plus d'argent en Communauté française que le basket! On a pu rétablir la situation. Sur le terrain, les directeurs techniques se voient désormais tous les mois et, depuis 2009, on a pu instaurer un dialogue entre les ministres.

Trois: il fallait motiver les jeunes à arriver plus tôt au meilleur niveau. Ce qui a amené au projet BeGold de détection des jeunes talents. En 2016, à Rio, 60% des athlètes en étaient issus. Parmi eux, deux des six médaillés. À Tokyo, on en est à 65%, mais si on exclut les sports professionnels comme le cyclisme et l'équitation, qui ne font pas partie du programme BeGold, on en est à 75%. Sur ces trois aspects, on a certainement réussi.

N'y a-t-il pas un regret au niveau des infrastructures?

Oui, j'avais espéré que l'on puisse aller beaucoup plus loin, que ce soit au niveau du stade national ou d’une grande salle omnisports. Je pense que les Jeux de Paris sont un bon moment pour renforcer les infrastructures régionales de Gand, Louvain-la-Neuve et Louvain. J'ai senti un grand niveau de compréhension sur le sujet auprès des ministres.

Comment expliquer ce manque?

L'explication principale est clairement budgétaire. Les projets d'infrastructures sont les premiers à passer à la trappe dès qu'il faut faire des économies. Le fait aussi que le portefeuille soit partagé entre plusieurs ministres au sud du pays n'arrange rien. En Chine, le ministre des Sports est en charge des infrastructures, président du comité olympique local et de toutes les fédérations sportives. Même si on peut discuter l'aspect démocratique de la chose, cela rend la tâche plus simple.

Vous êtes président du Comité de coordination des Jeux de Paris en 2024. En quoi cela consiste-t-il?

Je suis l'interface entre le mouvement olympique et les organisateurs français. Mon rôle est d'assurer que la France mette bien place ce qu'elle a promis et que les ressources du CIO soient mises à disposition à temps. Je dois aussi faire en sorte que les Jeux de Paris soient ceux du renouveau. Après la crise sanitaire, des années de dépassement de budget et des critiques en tous genres, il faut montrer que les Jeux ne sont pas juste une fête, mais un moyen de laisser un héritage culturel, social et économique et qu'ils permettent de changer une ville.

Est-il vraiment possible de revenir à des budgets raisonnables?

C'est le cas pour Paris où on retombe sur un budget 6,9 milliards d'euros ce qui correspond environ au tiers du budget de Tokyo. 3 milliards sont pris en charge par le public et destinés aux infrastructures pour les stades, le village olympique et celui des médias. Des extensions du métro à Paris et des aménagements dans les infrastructures portuaires du côté de Marseille sont aussi prévus. 3,9 milliards d'euros sont ensuite budgétés pour l'opérationnel, dont 95% financés par le privé. Le CIO met 1,7 milliard d'euros et le reste vient des sponsors, la billetterie et le merchandising.

La position que vous occupez vous positionne-t-elle pour une potentielle candidature à la présidence du CIO?

J'ai plusieurs autres fonctions bénévoles dans une série de commissions et je suis vice-président de la coordination des JO de Los Angeles. Thomas Bach sera jusqu'en 2025 à la tête du CIO. La limite d'âge maximal étant de 70 ans, quand il aura fini son mandat, j'en aurai 65. C'est une fonction très lourde, car on est dans la peau d'un chef d'État dès qu'on est en déplacement. Je ne suis pas sûr que j'en aurai envie. Aujourd'hui, je suis très heureux de mes fonctions. Ça m'occupe parfaitement et je n'ai pas d'autres ambitions.

Est-il possible de revoir un jour les Jeux organisés en Belgique?

Il ne faut jamais dire jamais. Ce serait génial mais très compliqué, car on n’a pas les infrastructures de Paris. Nous n'avons pas non plus les infrastructures hôtelières, de transport et même pas un début de village olympique. Un budget de 6,9 milliards d'euros serait intenable pour organiser des JO en Belgique. En revanche, les statuts du CIO permettent désormais d'organiser les Jeux dans une région disposant d'une culture et d’une économie homogènes (notamment parce que de moins en moins de villes sont candidates, NDLR). Une candidature du Benelux pourrait avoir du sens. Cela donne un peu des étoiles dans les yeux, car c'est imaginable.

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  • "J'ai la conviction que la présence d’athlètes faisant partie d’une équipe ajoute de la solidarité, une capacité d’entraide au sein du village olympique par rapport à des athlètes individuels."
  • "Je pense que l’on n’a jamais aussi bien préparé les athlètes, à tous niveaux: la performance pure, l’adaptation aux conditions climatiques de Tokyo et le mental."
  • "Malgré un climat tendu avec nos autorités, on est aussi  parvenus à leur faire comprendre qu’il était important de faire vacciner nos athlètes."
  • "Président du CIO? C'est une fonction très lourde, on est dans la peau d'un chef d'État dès qu'on est en déplacement. Je ne suis pas sûr que j'en aurais envie."
  • La Charte olympique permet désormais d'organiser les Jeux dans une région disposant d'une culture et d’une économie homogène. Une candidature du Benelux pourrait avoir du sens."

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