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plan large

La Belgique veut conserver son rang de "biopharma valley"

L'industrie biopharmaceutique représente 40.000 emplois directs en Belgique, plus du triple avec les emplois indirects et induits. ©Tim Dirven

La pandémie pousse de nombreux pays à développer leurs industries pharmaceutiques. Une menace que ne peut ignorer le gouvernement belge, qui lance un plan stratégique visant à doper un secteur déjà en forme.

Avec des exportations pour une valeur de 56 milliards d'euros en 2020 et plus de 40.000 emplois directs, le secteur biopharmaceutique belge est florissant. Il confère à la Belgique une position de poids lourd européen et mondial, qui se confirme lorsqu'on examine les dépenses annuelles de recherche et développement – 335 euros par habitant – ou le nombre d'essais cliniques approuvés (plus de 500 l'année dernière).

Mais la pandémie de Covid-19 pourrait rebattre les cartes. Échaudés par les lacunes constatées lors de la recherche d'un vaccin, et ayant pris conscience du caractère stratégique des industries biopharmaceutiques, nos voisins néerlandais, français, allemands et britanniques ont mis en chantier des mesures et des investissements considérables pour rattraper leur retard ou renforcer leur position. Une menace prise très au sérieux par le gouvernement fédéral, les exécutifs régionaux et l'industrie de notre pays, qui ont demandé aux spécialistes du Boston Consulting Group (BCG) de plancher sur le sujet et de faire des propositions, sur la base de consultations avec tous les acteurs concernés.

"Pour devenir cette valley, préserver notre position ne suffira pas: il nous faut renforcer l'écosystème".
La note stratégique rédigée par le cabinet De Croo

Cette réflexion va franchir une étape fondamentale ce mardi à Bruxelles, où plus de 100 hauts responsables du secteur de la santé, de la biopharmacie et du monde académique, ainsi que plusieurs membres du gouvernement fédéral et des Régions, vont donner le coup d'envoi d'un plan d'action stratégique visant à faire de la Belgique la "health & biotech valley" du futur. "Pour devenir cette valley, préserver notre position ne suffira pas: il nous faut renforcer l'écosystème. C'est le seul moyen de rester un marché attractif pour des activités telles que la recherche et le développement, les études cliniques et la production de médicaments" indique la note de synthèse préparée par les services du cabinet du Premier ministre Alexander De Croo, dont L'Echo a pu prendre connaissance. "En outre, nous devons pleinement intégrer les leçons tirées de la crise du covid, songeons notamment à l'expérience des approbations rapides, aux partenariats public-privé plus étroits, ainsi qu'à l'innovation rapide et à l'accroissement de la capacité de production" fait encore valoir le document.

Modernisation de l'économie

Cette ambition nécessite une stratégie à long terme qui peut aussi largement contribuer à la relance économique post-Covid, en misant sur "la modernisation de notre économie, en poursuivant le développement de l’écosystème biopharmaceutique et en encourageant l'entrepreneuriat dans ce secteur" commente-t-on dans l'entourage du cabinet du Premier ministre. Une stratégie à long terme offrira également des avantages considérables qui vont au-delà de la dimension purement économique, avec des répercussions sur les patients et la société: si elle fait la course en tête s'agissant des dépenses de R&D, de la production, des brevets ou des études cliniques, la Belgique se situe en effet en revanche dans la fourchette moyenne en ce qui concerne la rapidité de mise à disposition de nouveaux médicaments pour les patients, principalement ce qui concerne les traitements innovants.

Durant les six prochains mois, plusieurs groupes de travail se pencheront sur toutes les initiatives qui devraient permettre à la Belgique de conserver son rang. La tâche sera facilitée par la présence de plusieurs outils qui sont déjà opérationnels, comme la plateforme R&D Biopharma, créée en 2004 par Guy Verhofstadt. Cette enceinte cornaquée par le cabinet du Premier ministre réunit les secteurs publics et privés, qui discutent régulièrement des moyens de renforcer les capacités biopharmaceutiques de notre pays.

"Le biopharmaceutique est un des rares secteurs en Belgique qui est aussi fort en Wallonie qu'en Flandre".
Thomas Dermine
Secrétaire d'État à la Relance et à la Politique scientifique

L'élaboration de la stratégie sera aussi simplifiée par le fait que "le biopharmaceutique est un des rares secteurs en Belgique qui est aussi fort en Wallonie qu'en Flandre", note de son côté le secrétaire d'État à la Relance et à la Politique scientifique, Thomas Dermine, en rappelant que la plupart des politiques économiques sont aux mains des entités fédérées. Thomas Dermine souligne par ailleurs que plusieurs initiatives ont d'ores et déjà été lancées, comme la EU Biotech School du Biopark de Gosselies, chargée de lutter contre les pénuries de compétences, ou les nouveaux partenariats initiés par le Centre de recherche nucléaire de Mol (avec IBA) et l’Institut des radio-éléments à Fleurus, pour développer de nouveaux isotopes médicaux en médecine nucléaire.  

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milliard
L'idée d'un fonds de croissance de 1 à 1,5 milliard d'euros fait son chemin.

Si un large travail de screening doit encore être réalisé, quelques lignes de force se détachent déjà. Un des groupes de travail se penchera sur les régimes fiscaux actuels de soutien à l'innovation, afin de rendre la Belgique plus attractive encore. Par ailleurs, s'il existe aujourd'hui une belle offre en matière de financements initiaux, l'idée "d'un fonds de croissance de 1 à 1,5 milliard d'euros fait son chemin, afin de contribuer à maintenir les spin-off belges dans notre écosystème belge", conclut-on dans l'entourage d'Alexander De Croo, en ajoutant que la SFPI "pourrait jouer un rôle comme actionnaire de confiance afin d'attirer les investisseurs privés".

Patrick Florent (HST Group): "Le péril serait de considérer la position belge comme acquise"

Managing Director de GSK Vaccines, Patrick Florent est aussi président de Health, Science & Technology Group (HST), l'organisation qui regroupe les quatre poids lourds du secteur pharmaceutique belge, à savoir GSK, Janssen Pharmaceutica (Johnson & Johnson), UCB et Pfizer.

Pourquoi cette initiative sur la "Health and biotech valley" belge? Est-ce qu’il y a péril en la demeure?

Le péril serait de considérer la position belge comme acquise. Une pléthore d’autres pays développent des ambitions similaires et consacrent des moyens jamais égalés pour renforcer leurs positions. La pandémie est le déclencheur d’un florilège d’initiatives dans le secteur. La Belgique doit accélérer pour maintenir cet environnement favorable qui permet les connexions entre les grands, les petits acteurs et le monde académique, sans oublier les interactions avec l’agence du médicament. Assurer la place de la Belgique en tant que leader biopharmaceutique mondial nécessitera des efforts concertés de tous les acteurs de l’écosystème.

La pandémie a mis en avant la force du secteur biopharmaceutique belge. Est-ce qu’elle a aussi révélé des faiblesses?

Nos faiblesses sont souvent le miroir de nos forces. L’agilité en temps de crise s’appuie sur un écosystème complet.  Se donner les moyens de notre ambition dans un secteur en pleine mutation sera notre défi commun. Cela présuppose un cadre règlementaire stable et prévisible, un caractère compétitif des mesures de soutien à l’innovation, un budget de recherche structurel approprié pour les universités, des unités de production à la pointe de la technologie, une révolution de la gestion des données, une agence dotée des ressources nécessaires. On peut encore citer une excellence dans le domaine des études cliniques, un renforcement des formations de nos talents, une attention et des mesures d’accompagnement adaptées aux plus petites biotechs… Le tout en synergie. Cet exercice stratégique qui développe une vision long-terme du secteur est crucial. Les priorités et la vitesse d’exécution de mesures concrètes seront les clés pour conserver une longueur d’avance.

Pourriez-vous citer quelques mesures qui vous semblent indispensables?   

Le rapport stratégique rédigé par BCG a identifié 5 axes de travail liés à l’intensification de la position compétitive de la Belgique, aux données de santé, à la collaboration au sein de l’écosystème et des institutions, au déploiement d’une approche tout au long de la chaîne de valeur – de la recherche fondamentale à l’accès aux patients en incluant la production – et finalement au développement de plateformes innovantes, comme les thérapies cellulaires et géniques, ou l’ARNm. Plusieurs groupes de travail seront créés afin de formuler des recommandations d’ici 6 mois. Historiquement, nous sommes réputés pour le ‘invented in Belgium’, mais il y a également une opportunité pour évoluer vers le ‘made in Belgium’.

Quelle est la position des grandes entreprises pharmas sur la situation fiscale? Faut-il maintenir les régimes actuels?    

Le caractère attractif et compétitif de la Belgique dans son soutien à l’innovation est un élément important de la dynamique de R&D. Ces régimes incitatifs ne sont pas l’exclusivité de grandes entreprises pharma. Toute entité répondant aux critères de recherche peut activer les régimes disponibles. D’autre part, des régimes d’incitants (qu’ils soient de l’ordre fiscal ou de subsides) sont largement pratiqués par de multiples états dans le monde. Grâce à ces incitants, de larges montants sont investis en R&D: 85% des investissements en R&D sont réalisés par les entreprises de HST Group chaque année sur le territoire. De multiples chercheurs, labos, universités bénéficient d’un afflux de nouveaux projets qui n’auraient pas existé sans le cadre fiscal actuel. Il est impératif que la Belgique déploie les outils compétitifs qui reflètent son niveau d’ambition, de manière à maintenir le niveau d'attraction pour les nouveaux investissements.

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