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Les employeurs confrontés à une pénurie de candidats diplômés

Affectés par les confinements, une partie des jeunes fraîchement diplômés préfèrent prolonger leurs études ou voyager que de se risquer sur le marché du travail. ©Valentino Belloni

Les jeunes diplômés sont moins nombreux à se présenter sur le marché du travail alors qu'il y a nettement plus de postes à pourvoir, alerte le bureau Page.

Il y a un an, en plein confinement, les experts nous promettaient des temps difficiles pour les demandeurs d'emploi au sortir de la crise. Ils pensaient que, comme aux lendemains de la crise financière de 2008, les jeunes débarquant sur le marché du travail devraient se battre pour trouver un job face à une offre réduite. En ce mois de septembre 2021, alors qu'on semble émerger de la crise pandémique et que les jeunes diplômés arrivent sur le marché, le constat est tout autre... Chez Page Personnel, un bureau de recrutement qui examine environ 30.000 candidatures et fournit quelque 1.500 postes par an, on relève deux statistiques étonnantes: par rapport à la même période de 2020, en Belgique, les jeunes diplômés sont 16% de moins à se lancer sur le marché du travail, alors que le volume des postes à pourvoir est lui-même en hausse de 45%.

-16%
évolution du nombre de jeunes diplômés sur le marché du travail
Page relève un recul de 16% sur un an du nombre de jeunes diplômés candidats à l'emploi en Belgique.

"Je ne m'attendais pas à cela, commente Olivier Dufour, directeur opérationnel de Page Personnel Belgique. Je pensais que le marché retrouverait son cours normal et pas une telle situation, où le candidat est roi et la guerre des talents à nouveau déclarée". On a affaire à une pénurie de demandeurs d'emploi et le marché s'avère encore plus tendu qu'avant la pandémie.

Peu d'emplois ont finalement disparu du fait de la crise, à l'exception notable de quelques secteurs comme l'horeca et les services d'assistance aux personnes. Dans d'autres, tels que la chaîne d'approvisionnement ou la distribution, on observe au contraire une forte progression. "Et le reste de l'économie a bien tenu le choc", poursuit Olivier Dufour qui note la vigueur de la reprise, confirmée à la fois par le regain du marché immobilier, la pénurie de chips électroniques ou encore la bonne tenue des marchés boursiers.

Mauvaise anticipation

"Au début de cette année, les entreprises pensaient qu'il y aurait pléthore de candidats, si bien qu'elles ont commencé à se montrer plus exigeantes en matière de recrutement. Elles ont eu la surprise de trouver beaucoup moins de candidats que prévu en face d'elles." Et elles ont dû revoir entièrement leur stratégie ès ressources humaines.

"Je pensais que le marché retrouverait son cours normal et pas une telle situation, où le candidat est roi."
Olivier Dufour
Executive director, Page Personnel Belgique

Pour quelle raison? L'expert de Page en voit deux. Les étudiants en fin de cycle ont eux-mêmes imaginé, à tort, que le marché de l'emploi se resserrerait, ce qui en a poussé beaucoup à décider de prolonger leurs études. Master complémentaire, MBA, doctorat, etc. Atteints moralement par les "lockdowns", d'autres ont tout simplement décidé de compenser, en quelque sorte, cette période de 18 mois difficiles en prenant du recul aujourd'hui – par exemple, en programmant quelques mois de voyage.

Combien de décrochages?

À ces raisons "positives" pourrait s'en ajouter une troisième, plus inquiétante: un nombre plus élevé d'étudiants en fin d'études auraient décroché sous l'impact psychologique de la crise. Ils auraient ainsi perdu au moins un an sur leur cursus, à condition évidemment qu'ils aient le courage d'y revenir. "Ce n'est encore qu'une hypothèse, qu'il faudra vérifier dans les mois à venir", tempère Olivier Dufour. Si elle se confirme, on devrait assister dans un an à la situation inverse de celle d'aujourd'hui, avec un afflux supplémentaire de jeunes diplômés sur le marché.

Ce regain de tension sur le marché des talents n'est pas sans conséquences sur les conditions et salaires. "Certains employeurs font des propositions qui deviennent irrationnelles en gonflant les salaires initiaux." Une mauvaise réaction, selon le dirigeant de Page Personnel, car cela finit toujours par se savoir en interne et cela crée un risque social au sein de l'entreprise.

"Certains employeurs font des propositions qui deviennent irrationnelles."
Olivier Dufour
Executive director, Page Personnel Belgique

La démesure des réactions s'observe davantage sur certains postes et fonctions. C'est ainsi qu'on s'arrache littéralement les diplômés en marketing digital aujourd'hui. Les ingénieurs et les diplômés multilingues sont également très demandés – mais ceux-là l'étaient déjà avant le coronavirus.

À l'inverse, la situation n'est pas plus rose qu'avant pour les non-diplômés. Pour ceux-ci, la tendance de fond reste la même qu'avant-crise. "Plus le temps passe, plus les qualifications deviennent importantes", résume Olivier Dufour. La digitalisation de l'économie agrandit encore le fossé entre les uns et les autres. Le pro du recrutement a un conseil à leur donner: mettre le paquet sur les langues. "Aujourd'hui, parler plusieurs langues vous ouvre de nombreuses portes, même sans diplôme", conclut-il. "Le bi- ou le multilinguisme sauve la mise dans nombre de situations."

Le résumé

  • Les jeunes diplômés sont 16% de moins qu'en septembre 2020 à se présenter sur le marché du travail en Belgique, selon l'analyse du groupe de recrutement Page.
  • Paradoxalement, il y a 45% de postes à pourvoir en plus, sur fond de reprise économique plus vigoureuse qu'attendu.
  • Nombre de diplômés semblent avoir décidé de prolonger leurs études ou de s'offrir une période de recul.
  • Le taux de décrochage est vraisemblablement plus élevé aussi parmi la population des étudiants en fin de cycle.
  • Pour les non-diplômés, en revanche, les temps restent aussi, voire plus durs qu'avant la crise.

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