Jacob Zuma, le président caméléon poussé vers la sortie

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L'ANC a décidé de limoger Jacob Zuma en tant que président de l'Afrique du Sud, a annoncé ce mardi un haut responsabe. À l’approche des législatives, sa relative popularité peine à compenser les casseroles accumulées.

Rarement un chef d’État aura été autant éclaboussé de scandales que celui-là. Fraude, corruption, viol, les accusations pleuvent sur Jacob Zuma depuis des années, largement documentées par la presse, mais sans effet apparent sur lui.

La coupe semble pourtant pleine. Son parti, le Congrès national africain (ANC), qui se réunissait lundi pour "finaliser" la question de son départ, a finalement décidé de limoger le président de l'Afrique du Sud. Le deuxième mandat de Jacob Zuma court jusqu’à la mi-2019, mais les députés qui l’ont placé à la tête de l’État (l’élection présidentielle est indirecte en Afrique du Sud) tentent de le faire tomber. Son départ placerait automatiquement au sommet son vice-président et rival Cyril Ramaphosa. Jacob Zuma connaît l’opération pour l’avoir pratiquée lui-même en 2008 sur Thabo Mbeki, dont il était le vice-président.

Le profil
  • 1942: Naissance le 12 avril.
  • 1959: Entre au Congrès national africain (ANC) et dans sa branche armée.
  • 1963: Accusé de conspiration, il prend dix ans et est envoyé à Robben Island, avec Nelson Mandela.
  • 1975: S’exile au Swaziland, puis au Mozambique et en Zambie.
  • 1990: Revient en Afrique du Sud suite à la légalisation de l’ANC.
  • 1994: Élu chef de la direction nationale de l’ANC.
  • 1999: Vice-président de la République. Il sera pris dans divers scandales financiers et de mœurs.
  • 2009: Élu président de la République, réélu malgré d’autres scandales.

À 75 ans, le président embarrasse son parti. Depuis la fin de l’apartheid et l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, l’ANC règne sans partage sur le pays. Mais il pourrait rapidement se retrouver forcé à partager son pouvoir dans un gouvernement de coalition. Il a perdu beaucoup de plumes aux dernières élections communales – et notamment la direction des deux capitales, Pretoria et Johannesburg. À l’approche des législatives de 2019, Cyril Ramaphosa, 65 ans, espère écarter le président aux milles casseroles pour remettre le parti en ordre de bataille à temps.

Des casseroles

Héros de la lutte anti-apartheid, Zuma est un cadre historique du parti. Comme Nelson Mandela – dont l’Afrique du Sud célèbre le centenaire de la naissance –, il a connu l’ombre de Rodden Island. Il a passé une partie de sa vie militante en exil, avant de revenir une fois le gouvernement raciste tombé. Au cœur d’un régime devenu de facto à parti unique, il a collecté des casseroles à chacun des échelons qu’il gravissait vers le sommet de l’État. Il a entre autre été accusé de viol, de corruption dans l’achat de matériel militaire, ou encore de collusion avec la pègre locale.

En octobre dernier, le livre d’investigation "The President’s Keepers" l’accusait avec force détails d’avoir négocié un blanc-seing pour un trafic de cigarettes. En 2009, Zuma faisait face à plus de 700 accusations de fraude et de corruption avant qu’un procureur décide de lever toutes les charges – décision que la High Court de Pretoria a récemment jugée irrationnelle. Le président a fait rénover sa résidence privée par des fonds d’État, pour une valeur de 16 millions d’euros: cela ne l’a pas empêché d’être réélu par le Parlement.

Au cœur du "système Zuma", la famille indienne des Guptas est particulièrement en vue. Alors que le fils du président, Duduzane Zuma, est directeur d’une de leurs entreprises, "les Guptas sont devenus partie d’un État fantôme, où le pouvoir est souvent exercé depuis leur résidence privée", écrivait dans le "New York Times" Ivor Chipkin, professeur à l’Université de Witwatersand, spécialiste de la réforme du secteur public en Afrique du Sud. Illustration de leur rapport à l’État: ils ont notamment utilisé le principal aéroport militaire du pays, Waterkloof, pour faire atterrir quelque 200 invités pour un mariage, lui-même payé en partie par le gouvernement provincial du Free State. Une anecdote folklorique à côté des milliards de rands que les Guptas auraient touchés en pots-de-vin pour un contrat d’achat de locomotives avec un fournisseur chinois.

Mais de tout cela, Jacob Zuma ne s’émeut pas. Il pourrait faire sienne cette citation de Napoléon Bonaparte: "En politique, il ne faut jamais reculer (…); se bien garder de convenir d’une erreur." Et l’amender pour ajouter: "Ne jamais avouer un forfait."

Autodidacte

Jacob Zuma est un autodidacte. C’est au cours de son internement à Robben Island qu’il apprend à lire et à écrire, notamment grâce à un autre prisonnier politique, Mark Shinners.

"J’ai pris une douche"

Accusé de viol en 2005, Jacob Zuma a plaidé le consentement et le tribunal abandonne les charges. L’accusatrice était porteuse du sida et Zuma n’était pas protégé au moment des faits. "J’ai pris une douche pour limiter les risques de transmission", a-t-il expliqué.

Armée rouge

Lorsqu’il était membre du parti communiste sud-africain, il a notamment suivi un entraînement militaire en Union soviétique.


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