Publicité
Publicité
mon argent

Comment investir 1 million d'euros

©ANP XTRA

Soyez prudent avec les obligations et conservez plus de liquidités: c’est ce que recommandent les banques et gestionnaires de patrimoine aux clients qui leur demandent comment investir leur argent. Quant aux actions, les avis sont partagés.

Les temps sont difficiles pour les investisseurs et les gestionnaires de patrimoine. La hausse des taux à long terme aux Etats-Unis a provoqué des turbulences et des baisses de cours sur les marchés des actions. Le rendement des obligations de qualité est quasi inexistant et le cash ne rapporte pas davantage.

C’est pourquoi nous avons demandé à dix banques et gestionnaires de patrimoine comment ils composeraient un portefeuille pour un client souhaitant investir 1 million d’euros et ce, pour deux profils de risque différents: un profil d’investisseur dynamique et un profil défensif.

"Nous sommes prudents en matière d’obligations. La moindre hausse des taux suffira à pousser les rendements dans le rouge."
KBC

"Nous sommes prudents en matière d’obligations. La moindre hausse des taux suffira à pousser les rendements dans le rouge", explique KBC. La hausse attendue des taux à long terme devrait faire baisser le cours des obligations et ce recul pourrait être plus important que le revenu du coupon annuel. Les investisseurs peuvent limiter le risque de moins-value sur obligations en achetant du papier à échéance relativement courte. Il est frappant de constater que toutes les banques préconisent moins d’obligations dans leurs portefeuilles modèles que le niveau habituel. ING est la banque la plus extrême, avec à peine 2,5% d’obligations dans ses portefeuilles dynamiques.

Avec le cash, c’est tout le contraire. Presque toutes les banques optent pour une part de liquidités plus importante au vu des incertitudes. Elles font allusion entre autres à l’intensification de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, les difficiles négociations sur le Brexit, les inquiétudes liées aux relations entre l’Italie et la Commission Européenne, et les turbulences sur les marchés émergents. Voilà qui explique pourquoi les gestionnaires de patrimoine préfèrent conserver des munitions pour être en mesure de saisir les opportunités qui se présenteront lorsque les perspectives des marchés d’actions et d’obligations retrouveront des couleurs.

©Mediafin

Les avis divergent sur les actions

Les banques se montrent moins consensuelles en matière d’actions. Certaines investissent en Bourse plus que la normale. "Malgré les risques géopolitiques, nous sommes légèrement surpondérés en actions, explique Philippe Gijsels, stratégiste en chef de BNP Paribas Fortis. Les fondamentaux restent bons. L’économie mondiale croît encore à un rythme soutenu et la croissance des bénéfices des entreprises est robuste. Nous ne prévoyons pas de récession au cours des prochains mois."

ABN AMRO, Deutsche Bank et KBC ont également une préférence pour les actions. Les cours de la plupart des actions, en particulier, ceux des actions de certains pays émergents ont baissé ces dernières semaines et ces derniers mois. La forte hausse des bénéfices des entreprises aux États-Unis, qui s’explique en partie par la baisse de l’impôt des sociétés, rend les actions américaines plus intéressantes.

Mais dans d’autres maisons comme ING, Belfius, Puilaetco Dewaay et Nagelmackers, on se montre plus prudent et on affiche clairement une préférence pour une position "neutre" en actions. Degroof Petercam est la seule banque à avoir réduit ses investissements en Bourse en dessous du niveau habituel.

"Notre décision de réduire en juin dernier notre position en actions s’explique de deux manières, souligne Jérôme van der Bruggen, stratégiste en chef de Degroof Petercam. Tout d’abord, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a pris plus d’ampleur que prévu. Le gouvernement américain prendra peut-être encore d’autres mesures avant les élections de novembre. Par ailleurs, l’Union Européenne continue à reporter les réformes, comme celle de l’Union Bancaire et l’union budgétaire. C’est une conséquence de la situation politique en Italie et des discussions sur le Brexit." Pour rappel, l’Italie est aujourd’hui dirigée par deux partis populistes et eurosceptiques: Lega et le mouvement Cinq Etoiles.

La plupart des gestionnaires de patrimoine préfèrent les actions européennes et/ou américaines aux actions japonaises ou de pays émergents. " Notre préférence va aux actions américaines vu que la croissance US est supérieure et que les indicateurs sont pour l’instant positifs ", explique Pieter De Bisschop, responsable Private Banking de Deutsche Bank. " La hausse sous-jacente du bénéfice par action se monte à 10% aux États-Unis et à 4% en Europe ", renchérit Erik Joly, économiste en chef d’ABN AMRO.

Par contre, Belfius trouve les actions européennes intéressantes. "La dynamique économique s’est quelque peu reprise et la Banque Centrale ne devrait pas se précipiter pour augmenter les taux." Nagelmackers se focalise sur les actions de petites et moyennes entreprises.

"Nous partons du principe qu’elles sont moins sensibles aux aléas du commerce international que leurs grandes sœurs." Par ailleurs, elles se concentrent davantage sur le marché intérieur et par conséquent sont moins vulnérables aux fluctuations des taux de change.

En ce qui concerne les actions de marchés émergents, les avis divergent. ING et Degroof Petercam restent plutôt sur leurs gardes. "Les marchés émergents sont davantage touchés par les conflits commerciaux internationaux et l’affaiblissement de leurs devises ", prévient ING. Mais la Banque Delen voit des opportunités dans les actions de pays émergents asiatiques. " Les valorisations sont raisonnables et l’économie est en forte croissance. " Belfius affiche également une préférence pour les marchés émergents. " Les actifs des pays émergents ont déjà intégré le risque de hausse des taux aux États-Unis, de dollar fort et de guerre commerciale. Le risque de contamination des pays émergents par les crises en Turquie et en Argentine est quant à lui limité. "

Prudence sur les obligations souveraines

Dans le volet obligataire du portefeuille, la plupart des gestionnaires de patrimoine surpondèrent leurs positions en obligations d’entreprises et sous-pondèrent les obligations souveraines. La raison est évidente: le rendement des obligations de nombreux pays est très bas. Malgré tout, les obligations souveraines représentent toujours une part importante d’un portefeuille défensif car les investisseurs prudents veulent être certains de récupérer la totalité de leur mise à l’échéance et les obligations de pays développés sont en principe très sûres.

KBC investit la totalité de son portefeuille obligataire en papier de la zone euro, ce qui évite le risque de change. Nagelmackers par contre préfère les bons du Trésor américain car leur rendement est nettement supérieur à celui de leurs homologues européennes. Le rendement des obligations à dix ans est de 3,2% aux États-Unis, contre 0,5% à peine en Allemagne et 0,9% en Belgique. Le rendement des émissions américaines pour les investisseurs belges sera bien entendu également influencé par l’évolution du dollar par rapport à l’euro.

ING voit une autre raison d’investir une partie du portefeuille obligataire en "Treasuries": "Nous avons récemment ajouté les obligations souveraines américaines à nos portefeuilles comme protection contre les turbulences sur les marchés d’actions." Si la nervosité sur les marchés augmente, les bons du Trésor américain devraient augmenter au vu de leur statut d’investissement refuge.

Certaines banques considèrent les obligations de pays émergents comme intéressantes. Selon Belfius, "la différence de rendement entre les obligations de pays émergents et développés est importante. Ces obligations apportent par ailleurs une diversification intéressante." La plupart des gestionnaires préfèrent les obligations de pays émergents émises en devises locales. Certaines de ces devises, comme le peso argentin, la livre turque et le réal brésilien ont beaucoup baissé cette année et sont donc relativement bon marché.

Tous les experts s’accordent pour conserver la majeure partie des liquidités en euros, mais certains conseillent d’investir une petite partie en dollars pour obtenir un rendement supplémentaire, car le taux à court terme américain est supérieur au taux européen.

Refuges

Enfin, certaines banques estiment qu’il est souhaitable, en dehors du cash, d’investir non seulement en actions, en obligations, mais aussi dans d’autres produits. Il existe de nombreuses possibilités, comme l’or, les autres matières premières et les fonds d’investissements mixtes ou alternatifs. Quelques banques considèrent aussi les actions immobilières comme une catégorie distincte.

2%
La place de l’or dans un portefeuille selon Puilaetco Dewaay et Deutsche Bank

Comme toujours en période d’incertitude, l’or joue son rôle de valeur refuge. Puilaetco Dewaay et Deutsche Bank estiment qu’il est pertinent d’investir 2% du portefeuille en métal jaune. Degroof Petercam voit également l’or comme une diversification intéressante. Mais cette année, il a déçu bon nombre d’investisseurs, car malgré les incertitudes géopolitiques, son cours a baissé. De nombreux investisseurs préfèrent de loin le dollar en tant que refuge.

ABN AMRO estime que les perspectives des métaux précieux, des métaux de base et des matières premières agricoles sont positives. La banque néerlandaise investit dans les matières premières via des fonds.

En règle générale, les produits d’investissement alternatifs affichent une faible corrélation avec les investissements classiques comme les actions et les obligations, estime Belfius. Ils permettent d’espérer de meilleurs rendements. En cas de baisse des marchés, ils peuvent contribuer à limiter les pertes sur le portefeuille.

Nagelmackers est sur la même longueur d’onde et investit 8,5% des portefeuilles dynamique et défensif en produits alternatifs. Cette "multi stratégie" a deux objectifs, explique le stratégiste en investissement Christofer Govaerts. "Nous voulons couvrir le risque d’une hausse des taux et d’une baisse des marchés d’actions. De plus, nous essayons d’augmenter le rendement via des investissements en fonds absolute return et des fonds spéculatifs." Les fonds absolute return visent à obtenir un rendement positif, même en cas de baisse des marchés, en utilisant des produits dérivés.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité