analyse

1.900 départs volontaires ou imposés?

©Photo News

Difficile de deviner quelles cartes la direction de Proximus compte abattre ce jeudi matin sur la table du conseil d’entreprise. Petit jeu de devinettes en sept questions.

Proximus devrait dévoiler ce jeudi comment il compte réduire la voilure pour faire face au surcroît de concurrence à venir et aux défis technologiques. Mais comment va-t-il s’y prendre pour comprimer son effectif de 1.900 unités? Voici quelques pistes praticables, résumées en sept points.

1. Quelle frange du personnel de Proximus pourrait être visée?

Proximus emploie quelque 13.280 personnes, dont un quart de statutaires qui ont été engagés sous l’ancien régime de la Régie. Les plus âgés parmi ces 3.450 statutaires ont déjà été sollicités dans le cadre des plans de départ anticipé antérieurs (dont le dernier est en cours d’application jusqu’en 2020). Les plus âgés parmi les membres du personnel engagés sur base contractuelle ont été également invités à partir dans ce cadre.

Si l’on parle de départs volontaires, Proximus devra viser d’autres tranches d’âge et s’adresser aux personnes nées à partir de 1960.

Avec une grosse différence: contrairement aux statutaires qui acceptaient de s’en aller, les contractuels n’avaient pas la possibilité de comptabiliser les années leur restant à courir jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite comme années pleines pour le calcul de leur pension future.

Raison pour laquelle la formule a surtout séduit des statutaires âgés. Il est donc peu probable que le nouveau plan de départ attire volontairement ces personnes-là. Conclusion, si l’on parle toujours de départs volontaires, Proximus devra viser d’autres tranches d’âge et s’adresser aux personnes nées à partir de 1960.

Cela tombe bien, si l’on peut dire: les statutaires sont les plus nombreux aujourd’hui dans la tranche des 55-57 ans (nés entre 1962 et 1964). Problème: la législation limite les départs en prépension à 59 ans en 2019 et à 60 ans en 2020. Si Proximus envisage des licenciements secs, en revanche, on serait dans un tout autre cas de figure: le plan ne pourrait viser que des contractuels.

2. Quels services ou activités?

La numérisation des processus n’épargne pas le secteur des télécoms. La pyramide des âges penche chez Proximus vers les 40 et 50 +, alors qu’au plan des compétences l’entreprise a besoin de digital natives. "Tous les plans de formation du monde ne vont pas changer les 50 +en millennials", souligne un expert. Cela dit, les call centers et les services administratifs pourraient être visés, selon des sources internes qui épinglent le "vieillissement" du personnel des centres d’appels.

3. Proximus doit-il chercher à terme à ramener son staff au niveau de ses principaux concurrents?

Telenet emploie 3.200 personnes, Orange Belgium 1.450 et V00 1.300… Proximus doit-il descendre à leur niveau? Non, répond un spécialiste, l’opérateur historique doit gérer l’héritage du passé en nombre de sites et en réseaux: "Proximus est capable d’adresser des clients complexes avec 25 sites. Il faut plutôt le comparer aux autres ‘incumbants’ comme Orange ou KPN."

4. Pourquoi Proximus engagera-t-il du personnel tout en supprimant des postes?

Selon le ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V), Proximus annoncera aussi ce jeudi qu’il souhaite recruter 1.250 personnes. Cela s’inscrit dans la logique des changements technologiques décrite plus haut.

5. Pourquoi ne pas tailler plutôt dans le staff des consultants extérieurs?

Proximus recourt de longue date aux services d’une armée de consultants extérieurs, dont on ignore le nombre exact. Il serait tentant de croire que l’opérateur pourrait réduire leur nombre pour favoriser le maintien d’emplois directs, mais ce serait réducteur. Compétences et flexibilité caractérisent ces externes… au point qu’ils soient irremplaçables? Grande question.

6. Par comparaison, que fait l’opérateur historique français?

Orange totalisait jusqu’il y a peu 78.000 employés en France. Il a prévu de réduire son effectif de 5.000 unités par an pendant 5 ans (2015-2020). Mais il engage aussi des nouveaux collaborateurs au rythme de quelque 2.000 par an. Résultat, il réduit son personnel de 3,8% net par an sur la période. Si Proximus supprime 2.000 postes sur trois ans (on parle en effet ici d’un plan à 3 ans), cela fera une réduction de 5% par an, assez comparable à ce que fait Orange…

7. Le timing est-il bon?

Proximus est arrivé au terme d’un plan stratégique à trois ans. Il est logique qu’il en lance un nouveau. Qu’il le dévoile alors que le gouvernement est en affaires courantes est malheureux, mais qu’y peut-il? Cette situation politique pourrait en revanche retarder l’arriver d’un 4e opérateur, ce qui serait toujours bon à prendre.

Lire également

Publicité
Publicité