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Aux Pays-Bas, KPN a déjà mangé son pain noir

©EPA

Au prix de restructurations meurtrières pour l’emploi et grâce à des acquisitions menées à temps, KPN reste le leader des télécoms aux Pays-Bas. Mais le phénix a perdu de sa superbe.

Contrairement à son homologue belge Proximus, les restructurations menées à la hache font désormais partie du passé pour l’opérateur historique de télécoms néerlandais KPN. Confronté à des concurrents farouches, le leader KPN part à la reconquête de son marché. Sous la houlette d’un nouveau CEO en place depuis avril dernier, Maximo Ibarra, KPN vient de dévoiler ses ambitions.

Après des années noires rythmées par des restructurations et des acquisitions, KPN a pu connaître un nouveau départ.

L’objectif est d’équiper chaque semaine 6.500 nouveaux foyers néerlandais de connexions internet à haut débit pour atteindre une part de marché de 40% d’ici 2021, contre 30% aujourd’hui. Son concurrent direct, l’alliance formée en 2016 entre le câblo-opérateur américain Liberty Global et le groupe de téléphonie britannique Vodaphone, détient pour sa part 44% du marché internet à haut débit.

Visionnaire, la direction de KPN a pris le virage stratégique vers le haut débit dès 2012. Cette année-là, l’opérateur paye le prix fort pour la 4G aux Pays-Bas: 1,35 milliard d’euros. L’opération avait été mal perçue à l’époque. L’annonce de cette dépense intervient en effet quatre mois après l’échec de la vente de la filiale belge Base de KPN, faute d’un repreneur pour cette opération valorisée à 1,57 milliard d’euros. Mais pour le groupe, le jeu en vaut la chandelle en lui procurant une longueur d’avance sur ses concurrents. "Ce paquet de fréquences nous garantit de pouvoir offrir de nouveaux services à nos clients pendant 17 ans", avait alors indiqué KPN.

Années noires

Reste que si l’opérateur historique se maintient toujours en première place sur le marché des télécoms, le phénix néerlandais a perdu de sa superbe au fil des années. Plans de licenciements à répétition entre 2005 et 2011 qui se sont soldés par 15.500 suppressions d’emplois au total, puis cession de toutes les filiales à l’international, KPN a vécu des années noires qui ont failli lui coûter son existence même.

KPN échappe ainsi de justesse à la faillite en 2013 grâce à une augmentation de capital de 4 milliards d’euros. Mais affaibli, le groupe est visé la même année par une OPA hostile du magnat des télécoms mexicain Carlos Slim. Un bouclier anti-OPA vient à bout des velléités du milliardaire.

Alors que KPN était le chouchou des investisseurs, le vent a tourné après la suppression des dividendes en 2013 décidée par un nouveau CEO en place depuis un an et demi.

Alors que KPN était le chouchou des investisseurs, le vent a tourné après la suppression des dividendes en 2013 décidée par un nouveau CEO en place depuis un an et demi. En quelques mois, l’action perd 70% de sa valeur, ouvrant ainsi la porte aux prédateurs comme Carlos Slim.

De fait, KPN a alors payé fort cher sa politique généreuse envers ses actionnaires menée pendant des années. Dividendes plantureux, rachats d’actions, la direction de l’époque s’est ainsi acheté la paix sur les marchés, et des marges de manœuvre opérationnelles.

Porté par la Bourse, cet enfant gâté des télécoms européennes n’a pas vu le danger venir. Au lieu de mettre en place des forfaits avec SMS illimités, le néerlandais a continué à prélever de solides marges sur ses abonnements mobiles et fixes, avec des coûts de dépassement élevés. Du coup, des messageries gratuites comme WhatsApp et BlackBerry ont été utilisées en masse par les Néerlandais. D’où une chute drastique des revenus de KPN durant la première décennie du XXIe siècle.

Malmené par la concurrence

Plus clairvoyante, l’équipe dirigeante qui se met en place en 2011, remet KPN sur les rails. Outre l’acquisition de licences 4G, elle enclenche le recentrage de l’opérateur en cédant les filiales à l’international: E-Plus en Allemagne pour 8,5 milliards d’euros puis Base en Belgique pour 1,32 milliard d’euros.

Reste qu’aujourd’hui, KPN reste malmené par ses concurrents, aussi bien sur le terrain de la téléphonie mobile que de l’internet à haut débit. Les chiffres sont là pour en témoigner. L’exercice 2018 se présente sous de mauvais auspices après la chute des revenus et des bénéfices sur le troisième trimestre de l’exercice écoulé. L’année 2017 s’était aussi soldée par un recul du chiffre d’affaires et du résultat net.

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