Le flou autour des licenciements inquiète les travailleurs

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Proximus a confirmé ce qu’on savait déjà, 1.900 postes sont bien menacés. L’opérateur compte aussi réaliser des économies à la pelle, à hauteur de 240 millions d’euros. Un préavis de grève a été déposé à la suite de l’arrêt spontané de travailleurs. Le manque d’informations claires est dénoncé par le syndicat socialiste.

Il était temps. Deux jours après la fuite dans la presse d’un important plan de restructuration, Proximus s’est enfin décidé à en dire davantage sur son déjà célèbre plan #shifttodigital. Présenté comme une "stratégie de transformation", il s’étale sur les trois prochaines années. Les infos supplémentaires sont toutefois rares. Le communiqué diffusé ce jeudi dans la matinée par l’opérateur était sans réelle surprise et en adéquation avec les chiffres lancés un peu vite par Kris Peeters mercredi: 1.900 postes sont effectivement menacés sur les 13.200 du groupe. Dans le communiqué, l’information tient en cinq lignes.

Pour mieux faire passer la pilule, Proximus préfère plutôt s’attarder bien plus longuement sur le recrutement, qui fera aussi partie de son plan à venir. Les 1.250 engagements déjà évoqués sont ainsi également confirmés. Les profils recherchés seront spécialisés dans le digital. "750 recrutements supplémentaires pour l’extension de ses activités ICT dans les différentes filiales ainsi que 500 profils supplémentaires dans les nouveaux domaines digitaux au sein de Proximus SA", précise l’opérateur. Proximus rappelle également la création d’emplois indirects chez ses partenaires externes qu’engendre l’installation de la fibre optique. 1600 emplois auraient ainsi vu le jour grâce à ce déploiement.

240 millions d’euros à trouver

Proximus a profité de sa première sortie officielle pour préciser que des efforts seront également à faire ailleurs. La réduction de personnel ne suffira pas pour rester compétitif. L’objectif est chiffré: Proximus souhaite épargner pas moins de 240 millions d’euros sur les trois années à venir. Comment? En réduisant les coûts. Une sacrée remise en question que le groupe argumente par un monde toujours plus numérique.

240
millions
Proximus espère réaliser 240 millions d’euros d’économie d’ici 2022.

"L’accélération de la digitalisation et la demande de nouveaux types de services à des prix compétitifs n’ont jamais été aussi élevées qu’aujourd’hui. Proximus entend évoluer pleinement vers le digital et offrir à ses clients de nouvelles solutions tournées vers l’avenir", précise le groupe qui se considère visiblement trop peu flexible. "Pour réaliser ses ambitions, Proximus doit adapter ses méthodes de travail, devenir plus souple et plus agile, renforcer les compétences de ses collaborateurs dans le domaine digital et ajuster sa structure de coûts pour être plus conforme aux normes du marché", ajoute le communiqué.

Pour y parvenir, Proximus lance plusieurs pistes, sans entrer vraiment dans les détails. Il y est notamment question de négociations, de rationalisation du réseau, de discussions avec ses fournisseurs et partenaires externes afin de négocier des prix à la baisse. "Proximus réalisera d’importants investissements dans la formation de ses employés et renforcera leurs compétences digitales", précise encore l’opérateur, là aussi, sans en dire davantage.

Actions spontanées des travailleurs

Cette sortie du bois de Proximus a rapidement été suivie par une réaction des travailleurs. Spontanément, des mouvements de grève se sont installés dans plusieurs call-centers du pays dont notamment ceux de Bruxelles, Hasselt et Mons. "On ne sait pas combien ils étaient mais des travailleurs ont spontanément éteint leur ordinateur et sont rentrés chez eux", confirme Laurent Malengreau, le vice-président CGSP pour le secteur télécom-aviation. Le syndicat a donc posé un préavis de grève afin de couvrir ses travailleurs ayant décidé de quitter spontanément leur travail.

"Il faudra le temps de digérer le tsunami qui vient de nous passer dessus."
Laurent Malengreau
Vice-président CGSP pour le secteur télécom-aviation

Malgré le préavis, le syndicat n’invite donc pas ses travailleurs à la grève. "Il faudra le temps de digérer le tsunami qui vient de nous passer dessus. Il y a eu des réactions à chaud. On verra ce qu’il se passera vendredi. Mais quoi qu’il arrive, nous devons encore avoir le mandat de nos délégués avant de proposer le moindre plan d’action. Nous allons en discuter demain (ce vendredi, NDLR) et lundi. Nous verrons par la suite ce que nous pourrons faire", assure Laurent Malengreau qui assure être prêt à agir si nécessaire. "On ne touche pas au conseil d’administration ou aux dividendes, et cela est inacceptable. Pourquoi est-ce toujours les mêmes qui doivent payer?"

Manque d’information

Le syndicat a rencontré jeudi matin la direction lors d’une commission paritaire organisée en urgence. Une rencontre qui laisse Laurent Malengreau sur sa faim. "Nous n’en savons pas beaucoup encore plus sur comment cela se passera concrètement. Ce que nous regrettons, c’est le manque de clarté dans la communication. Aucune précision n’a été donnée sur les personnes concernées. Cela signifie que tout le personnel est dans l’attente et ne sait pour le moment pas quoi penser", ajoute encore le syndicaliste.

L’arrivée d’un possible quatrième opérateur ne passe définitivement pas. "C’était le grand souhait de Monsieur De Croo. Au final, une telle opération pourrait coûter des milliers d’emplois sur le marché pour un résultat minime pour le client. Cela vaut-il la peine de licencier autant de personnes pour finalement une économie de quelques euros sur la facture? En tant que citoyen, pour moi, la réponse est non", conclut Laurent Malengreau.

Vodafone España | Jusqu'à 1.200 licenciements

Après Proximus, c’est la filiale espagnole du groupe britannique de télécommunications Vodafone qui a annoncé jeudi son intention de supprimer, elle aussi, une part significative de sa force de travail en Espagne. Jusqu’à 1.200 emplois pourraient passer à la trappe, afin de faire face à une baisse des revenus et bénéfices de l’entreprise, sur fond de vive concurrence.

"La procédure de licenciement collectif affectera un maximum de 1.200 personnes", a annoncé Vodafone Espagne dans un communiqué. Un nombre qui représente quasiment un quart des effectifs (24%) qui s’élevaient en mars 2018 à quelque 5.104 employés, selon le dernier rapport annuel de l’opérateur.

Les négociations avec les syndicats sur le plan social commenceront fin janvier, a précisé le groupe.

Vodafone, qui fait face en Espagne à la concurrence des offres de téléphonie low-cost, a justifié cette décision par des "raisons économiques, productives et d’organisation".

Preuve en est, la perte de 7,8 milliards d’euros enregistrée par l’opérateur télécoms britannique au premier semestre, liée, entre autres, à la cession de ses activités en Inde, des suites de la fusion de sa filiale locale avec son concurrent Idea Cellular.

L’idée? Faire face à l’arrivée sur le marché de Jio, un opérateur télécom ayant eu une politique tarifaire agressive, à l’image de Free en France.

Dans cette optique, la décision a été prise de donner naissance au plus imposant opérateur télécom d’Inde – et au deuxième plus grand groupe de télécoms au monde, derrière China Mobile, avec plus de 410 millions d’abonnés –, dans le cadre d’une joint-venture.

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