Un 4e opérateur, "c'est un milliard d'euros qui part en fumée" (Dominique Leroy)

Dominique Leroy, la CEO de Proximus. ©Photo News

Lors de son passage en Commission parlementaire, la patronne de Proximus est revenue sur le plan de transformation de l’opérateur et les 1.900 postes qu’il menace de supprimer. Dominique Leroy a aussi qualifié l’arrivée potentielle d’un 4e opérateur de "dramatique" pour le secteur.

Quelques semaines après l’annonce fracassante de Proximus de son projet de suppression de quelque 1.900 emplois, Dominique Leroy, la CEO du groupe, avait rendez-vous ce mercredi après-midi avec les parlementaires afin de justifier ses intentions.

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Devant les députés de la commission "Infrastructure", elle a fait part des craintes de voir un quatrième opérateur débarquer sur le marché belge. Selon elle, ce scénario amputerait la croissance de Proximus et des deux autres opérateurs actifs en Belgique d’un milliard d’euros. "Le plan que nous voulons mettre en place n’est pas la conséquence d’un quatrième entrant, mais il est lié à l’évolution nécessaire de notre entreprise", a rappelé la CEO, précisant que "le seul lien est le timing qui a effectivement été dicté par la possible arrivée d’un nouvel entrant. Si un quatrième acteur devait arriver, on prévoit une décroissance de 10 à 15% sur le marché, soit un milliard qui partirait en fumée pour l’ensemble des opérateurs. On l’a dit et redit: un nouvel acteur serait dramatique."

La loi de 1991 dans le viseur

L’un des défis pour Proximus sera d’atteindre une plus grande flexibilité pour faire face à la concurrence. "Nous sommes 13.000 chez Proximus tandis qu’ils sont 3.300 chez Telenet et 1.400 chez Orange. Notre offre est effectivement plus complexe, mais quatre fois et neuf fois plus de personnel, cela reste beaucoup plus de gens."

"La législation actuelle n’est plus du tout adaptée à la réalité du terrain."
Dominique Leroy

Pour rendre son groupe plus souple, la CEO de l’entreprise publique autonome, dont l’État est actionnaire majoritaire (53,51%), aimerait se défaire de la loi de 1991 à laquelle est soumise Proximus. Ce cadre a été adapté il y a deux ans pour offrir plus d’indépendance à l’opérateur historique, en supprimant notamment les commissaires au gouvernement et les recours.

Mais pour Dominique Leroy, ce n’est pas encore assez. "Oui, nous voulons revoir la loi de 1991 sur le volet social qui n’est plus adaptéeNous ne voulons pas toucher aux salaires et aux avantages extra-légaux, mais pouvoir juger les gens sur leurs performances. Nous avons besoin de règles plus flexibles. Nous ne demandons pas de règles spéciales mais d’être soumis aux mêmes normes que celles imposées à nos concurrents. La législation actuelle n’est plus du tout adaptée à la réalité du terrain."

Pour appuyer son argumentaire, la patronne a notamment illustré ses propos sur une problématique de recrutement à laquelle doit faire face le groupe de télécoms. "Par exemple, si nous avons un nouveau poste à pourvoir, nous cherchons d’abord une solution en interne. Il arrive trop souvent que nous trouvions la bonne personne, qui a par exemple suivi les bonnes formations, mais que nous ne puissions pas la nommer. Pourquoi? Parce qu’une règle nous impose de d’abord favoriser le candidat ayant postulé avec le plus d’ancienneté. Même s’il n’est pas le premier choix."

Un chiffre encore à préciser

Au sujet du plan de restructuration, l’administratrice déléguée de Proximus s’est dite consciente de l’incertitude et de l’inquiétude au sein du personnel de l’opérateur depuis l’annonce faite aux travailleurs le 10 janvier dernier. "Ce n’est pas agréable de prendre ce genre de mesures, on ne fait pas ça de gaieté de cœur", a assuré Dominique Leroy devant les députés.

Elle n’a toutefois pas pu écarter la possibilité de licenciements secs au terme des négociations avec les partenaires sociaux. Les contours exacts du plan qui débutera en 2020 sont d’ailleurs encore assez flous. "Les 1.900 départs ne visent pas de manière spécifique un secteur ou une tranche d’âge précise. Nous ne visons pas un département précis ou une catégorie d’âge spécifique. Contrairement à ce qui s’est dit, nous ne souhaitons pas attaquer en priorité les plus âgés pour faire des économies", a assuré la patronne.

Le chiffre exact des licenciements est d’ailleurs encore susceptible d’évoluer. "Pour arriver à ces 1.900, nous avons regardé les tâches qui allaient disparaître et les avons ensuite traduites en nombre d’emplois. C’est une traduction brute. Il est donc possible de réallouer des tâches, travailler différemment… Il y a de la flexibilité sur le nombre et sur les reconversions. Il y a aussi des possibilités de départs volontaires. On veut limiter les licenciements secs mais cela dépendra donc des discussions."

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