"Le plus important pour moi, c'est la gestion du risque"

©Dieter Telemans

Maxime Lacrosse garde la tête du classement entre nos participants vedettes. Sa botte secrète, la patience et la construction progressive de son portefeuille. Une stratégie liée à son métier de trader.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Telle est la devise que l’on pourrait attribuer à Maxime Lacrosse dans le cadre de notre concours boursier. Plutôt que de prendre de grosses parts directement dans une ou plusieurs actions, il a préféré construire progressivement son portefeuille virtuel, en investissant d’abord de petits montants et en renforçant ensuite ses positions après chaque baisse importante du marché. "Le montant total de chaque position est défini au départ de la création du portefeuille. Celui-ci est proportionnel et évalué en fonction de la qualité estimée de la société, de ses perspectives et de son profil rendement/risque. Ensuite, un plan d’investissement et une construction de la position est mise en place en fonction des différents scénarios évalués au départ (hausse/baisse du marché et probabilités de ces mouvements)", explique ce trader professionnel. Il conseille d’ailleurs de conserver des "munitions", c’est-à-dire un certain pourcentage en liquidités, pour pouvoir saisir d’éventuelles nouvelles opportunités. De son côté, il détient encore 22,5% de son portefeuille en cash.

Youri Huygen - analyste à L’Investisseur

À trois semaines de la fin du concours "Rallye Boursier", Maxime Lacrosse, alias Betrader est actuellement le leader parmi nos quatre vedettes. La dernière transaction opérée par Maxime date du 20 décembre dernier (depuis lors, il a certes encore assez bien répondu aux questions du quiz). N’ayant plus qu’un cinquième de cash en portefeuille, Maxime devait assurément espérer un rebond des marchés financiers en ce début d’année. Une mauvaise décision semble-t-il…

Ce sont surtout les valeurs liées aux pays émergents (Bekaert et AB InBev notamment) qui auront trinqué ces dernières semaines. La plupart de ses valeurs défensives, par contre, ont bien résisté aux remous sur les marchés. Pensons à l’achat de la SIR Cofinimmo (qui met de plus en plus l’accent sur des biens de soins de santé) qui affiche un return positif depuis son entrée en portefeuille. Depuis l’achat des titres Cofinimmo (en début de compétition), l’indice Bel 20 a par contre cédé près de 10%. Même chose au sujet de l’achat de Proximus qui, ces dernières semaines, s’est également montré fort résistant. Et que dire de TINC, ce fonds d’infrastructure actif dans plusieurs pays européens qui, sans conteste, constitue l’une des valeurs (rendement dividendaire de plus de 4%) offrant le moins de fluctuations en Bourse d’Euronext Bruxelles? Maxime a aussi fort bien arbitré ses titres bpost, peu avant la chute brutale début décembre. Cela a été un choix judicieux, sûrement le moment le plus important en cette compétition (car beaucoup de participants ont perdu beaucoup d’argent suite à cette chute sévère du groupe postal belge).

Nous continuons à penser qu’il s’agit d’un portefeuille d’actions fort bien composé, mais qui malheureusement  en ce très court laps de temps  ne pourra pas montrer le plein potentiel qu’il recèle. Ces prochaines semaines, va-t-il vendre partiellement ou jouer le tout pour le tout avec le restant de ses économies?

Depuis le lancement du Rallye Boursier, Maxime Lacrosse garde une stratégie très prudente. Ses derniers achats pour le concours remontent au 20 décembre dernier. Outre le renforcement de sa position dans Euronav  (pour 1.400 euros au total), il a poursuivi la diversification de son portefeuille en investissant dans deux fonds: le Fidelity World fund (pour 1.400 euros) et le Nordea Global Climate and Environment fund (pour 1.500 euros). "Investir dans un fonds diversifié est moins risqué que d’investir dans une action individuelle. D’autre part, le drawdown actuel représentait un point d’achat intéressant pour un fonds en actions mondiales (Large Cap). Si mes souvenirs sont bons, le produit avait chuté de l’ordre de 18% depuis ses hauts."

S’il garde un œil sur le marché américain pour diversifier davantage son portefeuille, notre participant vedette n’a pas encore franchi le cap. Il nous avait pourtant évoqué son intention d’investir dans la société Materialise lors de sa précédente interview. "Le conflit actuel sino-américain ne m’inspire pas confiance, justifie-t-il. Nous avons notamment eu un exemple qui confirme cette crainte ce jeudi avec la chute de 10% d’Apple (liée à son profit warning). Il faut maintenant analyser si d’autres acteurs relativement similaires seront également touchés." Il préfère attendre que le marché américain se stabilise et présente des signes positifs de redressement. Ce qui, selon lui, n’est pas le cas actuellement.

Attentisme opportuniste

Patience donc. Une vertu qui lui réussit pour le moment puisque Maxime Lacrosse reste en tête parmi nos participants vedettes (voir le classement ci-dessous). "Le fait d’avoir été attentiste et d’avoir conservé des liquidités pour construire le portefeuille étape par étape est certainement l’explication principale de cette performance positive, juge-t-il, rappelant qu’un trader ou un gestionnaire de portefeuille est payé pour gérer du risque. C’est donc le plus important selon moi." Il pense qu’une gestion du risque minutieuse est le seul élément qui permet de dégager de la performance de manière récurrente.

Signalons au passage que sur les 21 placements effectués dans le cadre du Rallye boursier, 15 sont des actions cotées à la Bourse de Bruxelles. Preuve que l’on peut dégager un rendement positif en investissant principalement dans des valeurs belges? "Oui, cela confirme que le marché belge est également composé d’excellentes valeurs. Plusieurs d’entre elles présentent d’ailleurs un rendement dividendaire élevé par rapport à une volatilité relativement faible." Une piqûre de rappel bien à propos quand on sait que le Bel 20 a dégringolé de 18,46% en 2018.

Pour les trois dernières semaines du Rallye Boursier, Maxime Lacrosse va surtout surveiller l’évolution de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine (et l’impact sur les entreprises), ainsi que la volatilité implicite des marchés actions. Il estime cependant que la baisse de certaines grosses capitalisations américaines présente des opportunités d’achat. Et pointe également le repli récent des valeurs du luxe, qui pourrait le pousser à revenir dans ce secteur. "Une diversification sur d’autres marchés et dans d’autres devises serait intéressante", ajoute-t-il.

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