La Banque nationale appelle à une reprise en main du budget

Pierre Wunsch, gouverneur de la BNB.

Le gouverneur Pierre Wunsch plaide pour une marge de manœuvre plus importante accordée au gouvernement d’affaires courantes en matière budgétaire.

Les finances publiques sont un sujet de préoccupation majeur pour la Banque nationale de Belgique (BNB). C’est le message qu’a voulu faire passer son gouverneur, Pierre Wunsch, à l’occasion de la publication du rapport annuel de la Banque.

Avec les affaires courantes, le budget évolue en quelque sorte en roue libre et le déficit n’est plus maîtrisé. L’année 2019 devrait se solder par un déficit de 1,7% du PIB. A politique inchangée, il filera vers 2,1% en 2020, 2,6% en 2021 et 2,8% en 2022. Ce qui équivaut à un "trou" budgétaire de 14 milliards d’euros.

Il faudrait peut-être commencer à se poser la question sur ce qu’un gouvernement en affaires courantes peut faire en matière budgétaire.
Pierre Wunsch
gouverneur de la Banque nationale

Pierre Wunsch formule l’espoir d’un gouvernement rapidement formé au niveau fédéral, tout en esquissant la piste suivante: "Si ce n’est pas possible, il faudrait peut-être commencer à se poser la question sur ce qu’un gouvernement en affaires courantes peut faire en matière budgétaire." Les mots sont soigneusement pesés. D’ailleurs, Wunsch se garde bien d’avancer plus loin sur un terrain qu’il sait miné. "C’est une question politique et, à mon niveau, je ne peux rien faire de plus que de poser la question."

14
milliards d'euros
Sans correction budgétaire, on file vers un déficit de 14 milliards d'euros en 2022.

Au niveau politiquement justement, il semble que le message ait été bien reçu. A moins qu’il y ait eu concertation préalable… D’après plusieurs sources, la Première ministre Sophie Wilmès (MR, comme le gouverneur de la BNB) mène des consultations discrètes en vue d’obtenir le soutien politique nécessaire pour pouvoir effectuer des corrections budgétaires. Si on veut éviter une nouvelle dégradation du déficit en 2020 par rapport à 2019, il faudrait trouver entre 1,5 et 2 milliards d’euros. Pour ce faire, le seul soutien de la N-VA ne suffira pas. Il faudrait aussi un apport socialiste ou écologiste pour s’assurer d’une majorité.

Pas de nouveaux impôts

De son côté, Pierre Wunsch recommande de ramener "le plus vite possible" le déficit à 1% du PIB, "car à partir de ce seuil, la dette diminue", assure-t-il. Dans son rapport, la BNB lève également un coin du voile sur la façon d’y parvenir, évoquant "une limitation des dépenses primaires (…) en dépit de la pression haussière marquée qu’exercera le vieillissement sur les dépenses". "Il n’y a pratiquement plus de marge disponible du côté des recettes, en raison de la pression fiscale déjà élevée", peut-on encore lire. En clair, pas de nouveaux impôts pour assainir les finances publiques.

À partir du seuil de 1% de déficit, la dette diminue.
Pierre Wunsch
gouverneur de la Banque nationale

L’objectif à terme demeure bien entendu le retour à l’équilibre, qui est sans cesse repoussé dans le temps depuis la crise de 2008. Ce retour à l’équilibre est nécessaire, selon Pierre Wunsch, pour "récupérer une marge de manœuvre afin de pouvoir mener une politique contracyclique et faire jouer les stabilisateurs automatiques lorsque ce sera nécessaire."

En tout état de cause, si on parvient à maintenir un déficit inférieur à la croissance du PIB, la dette diminue. C’est ce qui s’est passé ces dernières années.

Croissance stable

Côté croissance, le tableau est plus réjouissant. La Belgique a affiché l’an dernier une croissance économique de 1,4%, supérieure à celle de la zone euro (1,2%) et de l’Allemagne (0,6%) en particulier, ce qui n’était plus arrivé depuis 2014. C’est en grande partie grâce à un secteur industriel (chimie, pharmacie) moins sensible aux aléas de la conjoncture que l’industrie allemande (automobile).

La croissance a été massivement soutenue par la consommation des ménages, en particulier leurs investissements réalisés dans l’immobilier. Cet engouement s’explique par les taux plancher et la fin du "bonus logement" en Flandre.

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