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Voici les actions chouchous de 2020

©Photonews

Avec Orange Belgium, CFE et UCB comme actions préférées, les experts boursiers optent clairement pour les laissés-pour-compte d’Euronext Bruxelles.

Les traditions sont là pour être respectées. Pour la 24e année consécutive, L’Echo a demandé à 14 équipes d’analystes, 11 sociétés de gestion de bourse, gestionnaires de fonds et banquiers privés, et 3 magazines boursiers de lui confier leur liste d’actions préférées. Concrètement, nous avons demandé à chaque équipe d’établir son top 5 par ordre de préférence. Il en résulte une liste de dix actions "chouchous" pour 2020.

1. Orange Belgium

Cela fait sept ans que le cours d’Orange Belgium peine à se hisser au-dessus des 20 euros, mais d’après les experts boursiers, il devrait bientôt faire une percée. Le "challenger" est aujourd’hui le chouchou du marché des télécoms, comme en témoigne l’absence de ses deux rivaux, Proximus et Telenet, des listes d’actions préférées des analystes. "Pour 2020, nous nous attendons à une nouvelle hausse du bénéfice grâce à un momentum commercial solide, combiné à des économies de coûts", explique-t-on chez BNP Paribas Fortis. Ces baisses de coûts doivent entre autres venir de la réduction des prix de gros pour les câbles, tarifs qui sont fixés par l’autorité de contrôle, l’IBPT. "La récente offre Love Duo (internet +abonnement mobile), qui vise les adeptes du ‘tout mobile’, devrait également séduire le marché belge en 2020. Nous devrions voir les premiers résultats dans les chiffres du quatrième trimestre", expliquent les experts d’ING. "Orange Belgium propose des offres simples, ce qui plaît aux clients", estime-t-on du côté de Puilaetco Dewaay. Chez KBC Securities, on n’exclut pas que la maison mère française Orange rachète les parts des actionnaires minoritaires. Plusieurs experts boursiers soulignent cependant le risque que représente l’arrivée possible d’un quatrième opérateur sur le marché belge. Mais la plupart pensent que le souhait du vice-premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) ne se réalisera pas.

2. CFE

Avec CFE , les analystes optent pour un autre cancre boursier. "Cet été, l’action a atteint son niveau le plus bas en cinq ans, ce qui devrait marquer le début d’un nouveau cycle de hausse", justifie-t-on chez L’Investisseur. "Le groupe de dragage et de construction se négocie 40% en dessous de son sommet historique de 2017", rappellent les experts de Test Achats Invest. "Le recul de la conjoncture s’est traduit par une baisse du nombre d’adjudications et par des surcapacités, souligne-t-on chez ING. La valorisation est historiquement basse." Les experts sont convaincus que l’action retrouvera la santé. "Les activités dans le segment de la construction sont repassées dans le vert et la figure de proue du groupe – DEME (filiale de dragage) – devrait afficher de bien meilleurs résultats en 2020", poursuit-on chez Test-Achats Invest. "La demande importante d’énergie renouvelable devrait profiter au carnet de commandes de CFE/DEME, non seulement en Europe, mais aussi de plus en plus aux Etats-Unis", peut-on entendre chez ING.

Chez Leo Stevens & Cie, on souligne que le secteur du dragage est un oligopole. Les entreprises belges ou néerlandaises DEME, Boskalis, Van Oord et Jan De Nul se partagent le marché. "Les activités dans l’éolien off-shore sont le principal moteur de croissance. Mais DEME a une vision à long terme. Les tests d’extraction de tubercules de manganèse sur les fonds marins ont déjà commencé. C’est une nouvelle source de croissance. La simplification de la structure du groupe en fournisseur exclusif de services maritimes – et donc la vente des activités du secteur de la construction ou leur fusion avec celles d’Ackermans & van Haaren – pourrait, à terme, générer de la valeur supplémentaire", ajoute-t-on chez L’Investisseur.

Orange Belgium, le challenger, est aujourd’hui le chouchou du marché des télécoms.

3. UCB

"Les attentes et le sentiment envers UCB sont mitigés. En 2019, l’action a cédé du terrain, entre autres en raison de contretemps avec certains produits du pipeline, expliquent les équipes de Puilaetco Dewaay. Après quelques revers, le médicament contre l’ostéoporose (romosozumab) a obtenu les autorisations pour tous les marchés importants." Jeudi, UCB a reçu le feu vert de l’Europe. Chez Dierickx Leys Private Bank également, on est fan d’UCB. "Le groupe de biopharmacie a réussi à combler le manque à gagner du Zyrtec (allergies) et du Keppra (épilepsie), dont les brevets ont expiré, avec le Cimzia (maladie de Crohn), le Vimpat (épilepsie) et le Neupro (Parkinson). Et grâce à l’acquisition de Ra Pharmaceuticals, le pipeline de nouveaux médicaments est à nouveau bien fourni." UCB est donc, tout comme argenx, actif dans le traitement de la myasthénie grave (MG), tant avec son propre médicament qu’avec le zilucoplan, le médicament de Ra Pharmaceuticals. L’an dernier, UCB a racheté le groupe américain de biotech pour 2,1 milliards de dollars. "En dépit de l’acquisition de Ra, le taux d’endettement d’UCB reste supportable", estiment les experts de Dierickx Leys Private Bank. Chez Leleux AB, on se montre aussi enthousiaste, mais via le mono-holding Tubize. "La décote de l’action n’est pas loin de 40%. C’est intéressant en cas de rachat d’UCB." On peut bien entendu se demander si la vente d’UCB est à l’ordre du jour de la famille actionnaire.

4. Argenx

Malgré la hausse astronomique de son cours (+ 400%) en deux ans, la firme gantoise argenx est de loin l’action de biotechnologie préférée du moment, souligne-t-on chez Initiés de la bourse. "Nous n’allons pas nous ennuyer en 2020 avec argenx. La principale nouvelle devrait être la publication des résultats de la phase 3 de l’efgartigimod (anticorps) utilisé dans le traitement de la myasthénie grave (MG). Ils sont attendus au cours du second semestre, peut-on entendre. S’ils sont positifs, ce médicament pourra être commercialisé avant fin 2021." Dans le traitement de la MG, argenx est en avance sur UCB. Les résultats de la phase 2 pour le traitement de la maladie de la peau PV (Pemphigus Vulgaire) avec l’efgartigimod sont attendus au premier semestre de 2020. Argenx arrive également en tête du classement de Van Lanschot Bankiers. "Le groupe détient encore suffisamment de liquidités pour l’an prochain et une bonne partie de 2021." Et argenx dispose d’un pipeline bien fourni, avec le cusatuzumab (contre la LAM, ou Leucémie Aiguë Myéloblastique, phase 2), ARGX-117 (maladies auto-immunes, phase préclinique) et ARGX-118 (infection des voies respiratoires, phase préclinique). Ce qui frappe, c’est que les fans d’argenx ne reprennent pas UCB dans leur liste et inversement. En d’autres termes, les analystes choisissent leur camp, même s’il s’agit de deux actions totalement différentes: UCB est connue comme étant une action de bon père de famille distribuant un dividende régulier, tandis qu’argenx est plutôt recommandée aux investisseurs dynamiques.

5. Fagron

Fagron , le fournisseur des pharmacies et des hôpitaux, se retrouve sur la liste des actions préférées de Degroof Petercam. "Fagron dispose encore de quelques accélérateurs de croissance, comme la vente de concepts de marques propres, dont la technologie TrichoTech contre la chute des cheveux, et l’usine de préparations stériles aux Etats-Unis, dont le chiffre d’affaires devrait doubler au cours des prochaines années." Le partenaire de Belfius, Kepler Cheuvreux, renchérit: "Nous apprécions Fagron en raison de la combinaison d’une grande prévisibilité des bénéfices, d’une importante génération de cash et d’un leadership de marché. Chez Kepler Cheuvreux, on s’attend à une croissance annuelle du chiffre d’affaires de 7% pour les années à venir et de 10% pour les bénéfices. Les analystes de Degroof Petercam voient d’un bon œil la reprise de Cedrosa, un acteur mexicain. Le management de Fagron perçoit des similitudes avec le marché brésilien d’il y a dix ans, un marché que Fagron a réussi à conquérir et à exploiter par ses propres moyens."

"Depuis le sommet de la fin 2015, AB InBev a perdu environ la moitié de sa valeur boursière."
Leleux AB

6. D’Ieteren

Le groupe de services liés à l’automobile, D’Ieteren , continue sur sa lancée. "L’entreprise a relevé de 25 à 35% ses prévisions de croissance des bénéfices pour 2019", rappelle-t-on chez Dierickx Leys Private Bank. D’Ieteren se compose de deux grandes divisions: D’Ieteren Auto, le plus grand concessionnaire automobile du pays, qui importe les marques du groupe Volkswagen, et Belron, le leader mondial du marché de la réparation et du remplacement de vitrages automobiles. "Nous nous attendons à une forte hausse du côté de Belron, qui tourne à plein régime aux Etats-Unis. Et la distribution automobile est une machine stable, génératrice de cash-flow." Sans oublier la troisième division, Moleskine (petits carnets de luxe), l’acquisition plutôt manquée de l’ancien CEO Axel Miller. "Le groupe dispose du potentiel pour améliorer sensiblement ses marges", estiment les experts de Degroof Petercam. Enfin, la société de bourse trouve intéressante la valorisation d’à peine 7,6 fois les bénéfices attendus pour 2020.

7. Umicore

Les actions d’Umicore sortent d’une période de montagnes russes. Les attentes concernant les activités liées aux cathodes ont été revues à la baisse. Ces cathodes sont utilisées dans les batteries rechargeables, entre autres pour les voitures électriques. "Le chemin vers un parc automobile électrique n’est pas une ligne droite, estimet-on chez Puilaetco Dewaay. Le groupe a subi les conséquences des baisses des subsides en Chine et des problèmes de sécurité en Corée du Sud. À partir de 2020, nous nous attendons à ce qu’Umicore sorte de cette période de vents contraires." Chez Test-Achats Invest également, c’est l’enthousiasme qui domine. "Les domaines dans lesquels Umicore est actif – catalyseurs, cathodes et recyclage – sont de plus en plus pertinents au vu du renforcement des normes d’émission et de la raréfaction de certaines matières premières."

Les actions d’Umicore sortent d’une période de montagnes russes. Les attentes concernant les activités liées aux cathodes ont été revues à la baisse.


8. AB InBev

AB InBev est le énième "bras cassé" de ce top 10. "Depuis le sommet de la fin 2015, AB InBev a perdu environ la moitié de sa valeur boursière, rappellent les analystes de Leleux AB. À l’origine de ce recul: pertes de parts de marchés, niveau d’endettement élevé, volumes de bières en baisse et réduction du dividende." Chez Leleux AB, on s’attend à une reprise du cours grâce notamment à deux tendances: la (forte) rentabilité devrait permettre de réduire l’endettement, tandis que les stratégies de niches (bières sans alcool et bières premium, plus chères) devraient à nouveau générer de la croissance. "Nous nous attendons à un redressement des marges au Brésil en 2020, à une augmentation des parts de marché au Mexique et à une reprise aux Etats-Unis", ajoute-t-on chez KBC Securities.

9. Euronav

"Au cours actuel, Euronav est une bonne affaire, estiment les analystes de Test-Achats Invest. Le prix est à peine supérieur à la valeur comptable et nous pensons que les taux de fret resteront élevés, étant donné que l’offre de tankers n’augmente qu’au compte-gouttes." Chez BNP Paribas Fortis, on justifie le choix du transporteur pétrolier par plusieurs éléments susceptibles d’influencer positivement les tarifs de transport par tankers: la baisse du carnet de commandes pour la construction de nouveaux navires pétroliers, la mise à la casse d’anciennes unités, le boycott des tankers iraniens et l’allongement des distances suite à la hausse des exportations de pétrole des Etats-Unis vers l’Asie.

10. Ackermans

Si nous comptabilisons les votes indirects, ce n’est pas Orange Belgium mais CFE qui caracole en tête du classement pour 2020. Chez BNP Paribas Fortis et Van Lanschot Bankiers, on s’attend à un bond en avant au niveau de CFE/DEME. Mais les deux banques ont choisi d’en profiter indirectement via l’actionnaire principal Ackermans & van Haaren . "Grâce à sa montagne de cash, Ackermans dispose des marges de manœuvre suffisantes pour racheter ses propres actions et amorcer un rattrapage de son cours de Bourse, estime-t-on chez BNP Paribas Fortis. Nous constatons également une reprise au niveau de la petite filiale Sipef (huile de palme, NDLR), tandis que la banque privée et l’immobilier (de soins) restent des piliers forts et stables."

11. Nos autres chouchous

Sept entreprises manquent de peu le top 10, mais méritent d’être citées en raison de deux nominations. Chez Van Lanschot Bankiers, on fait confiance à Ilham Kadri, aujourd’hui à la tête de Solvay. "Le rendement brut du dividende du géant chimique est supérieur à 4%. Nous nous attendons à ce que ce chiffre soit en légère hausse au cours des prochaines années. Depuis 1982, le dividende n’a jamais baissé."

Autre citation dans le secteur industriel: Ontex, dont le mouvement de rattrapage s’est amorcé après quelques années difficiles. "L’action devrait gagner en momentum", estime-t-on chez BNP Paribas Fortis. Les spécialistes de l’Initié de la bourse lui préfèrent le spécialiste en PET: "En 2020 et au cours des années suivantes, nous nous attendons pour Resilux à une croissance progressive mais robuste, avec le recyclage comme nouveau moteur de croissance."

Sofina manque aussi de peu le top 10. "Le holding a prouvé sa capacité à faire mieux que le marché sur le long terme. La gestion est aux mains de professionnels et les coûts sont bas par rapport aux actifs de 7 milliards d’euros", ajoute-t-on chez Puilaetco Dewaay.

Le spécialiste en immobilier de soins Aedifica confirme avec son offre "relativement élevée" sur la firme finlandaise Hoivatilat son statut de groupe en croissance, indiquent les analystes de Leleux AB. "Et la valorisation est correcte." Chez Test-Achats Invest, on cite Xior en raison de sa stratégie porteuse sur le marché de niche des résidences pour étudiants.

COUP D’ŒIL DANS LE RÉTROVISEUR

Les actions préférées de 2019 ont tiré dans le mille

Ceux qui, le 31 décembre 2018, ont rempli leur panier avec les dix actions préférées belges publiées dans L’Echo, bénéficient moins d’un an plus tard d’un rendement de 39%, dividendes nets compris. Les champions absolus sont Barco (+ 116%) et Euronav (+ 68%). Au moins tout aussi important pour le rendement: les analystes ont boudé les actions qui se sont révélées les grandes perdantes de l’année, comme Colruyt (-23%) et Biocartis (-36%). Le rendement est de 50% supérieur à l’indice Bel 20-Net (+ 24%), qui tient également compte des dividendes nets.

En ce qui concerne les actions préférées étrangères, la situation est plus mitigée. NN, Aegon et X-Fab ont manqué le rallye boursier, tandis que les deux actions les plus souvent citées – Microsoft (+ 54%) et Walt Disney (+ 38%) – ont tenu leurs promesses. Les cours des dix actions préférées étrangères ont augmenté en moyenne de 16%, contre une hausse de 26% de l’indice MSCI World Euro.

Et malgré la hausse vertigineuse de son cours en 2019 (+ 100%), les analystes d’ING voient encore du potentiel dans l’action Barco. "Nous pensons qu’en février 2020, Barco annoncera des prévisions supérieures aux attentes du marché."

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