Deliveroo a-t-il voilé sa propre roue?

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Plusieurs dizaines de coursiers, qui formaient le cœur de la flotte en termes d’heures de travail, auraient refusé d’adopter le statut d’indépendant, faute de garanties suffisantes en termes de salaire et d’assurance.

Depuis ce jeudi, tous les coursiers Deliveroo qui ne peuvent ou ne veulent pas adopter le statut d’indépendant ne pourront plus travailler pour le service de livraison. Le "tous indépendants" l’a emporté, laissant sur le carreau des dizaines, voire des centaines selon certains, de coursiers qui trouvaient dans le statut de salarié proposé par la SMart le meilleur compromis possible, même s’il n’était pas parfait non plus.

Depuis le lancement en Belgique de Deliveroo, plus de 4.000 coursiers sont passés par la SMart, affirme l’organisme. "En moyenne, c’étaient près de 900 coursiers qui prestaient par quinzaine", explique Julie Leduc, de la SMart. Jusqu’à ce jeudi, ils étaient encore 150 à exercer chez Deliveroo sous ce statut. "Les derniers chiffres dont nous disposons montrent qu’environ deux tiers sont passés sous statut indépendant", explique un responsable de la communication chez Deliveroo. Environ 50 "salariés" seraient donc sans emploi.

Mise en perspective

2 mois
En moyenne, la "durée de vie" d’un coursier de Deliveroo est de 2 mois.

Tous ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. "On a généralement parlé d’un ratio de 60% d’indépendants contre 40% sous contrat SMart", explique Martin Willems, secrétaire permanent à la CNE. "Mais le nombre d’heures effectivement prestées est très variable. On parle d’une moyenne de 10 heures mais certains s’inscrivent sans jamais travailler, d’autres le font quelques heures, quelques mois… Bref, cela recouvre de nombreuses réalités."

Selon plusieurs sources, la cinquantaine de coursiers qui auraient refusé de passer sous statut indépendant seraient parmi les plus productifs de la flotte. "Ils constituent le cœur de la flotte et ont aidé Deliveroo à construire son ossature en Belgique. Sans eux, le service va avoir du mal à tourner", glisse un indiscret. Et la phase de transition va être d’autant plus dure si Deliveroo entend construire son service avec des étudiants aussi flexibles que peu fiables en période d’examens ou de vacances.

3 questions à Vincent, étudiant à Solvay et ex-coursier Deliveroo

1. Pourquoi avez-vous choisi de travailler chez Deliveroo et sous statut Smart?

J’ai commencé à travailler il y a deux ans. Comme tous les coursiers, j’adore faire du vélo alors être payé pour le faire, c’était une idée plutôt sympa. À l’époque, le statut d’étudiant indépendant n’existait pas. Avec la Smart, c’était facile. Il fallait créer des contrats manuellement au début mais cela s’est vite informatisé et les contrats ont été créés automatiquement. On avait une assurance-maladie, un revenu minimal et on était payé à l’heure.

2. Depuis jeudi, Deliveroo ne propose plus que le seul statut d’indépendant. Allez-vous continuer à travailler pour eux?

Non parce que si j’accepte de changer de statut, je serai payé à la course. Si je bosse sur Ixelles et que j’ai beaucoup de commandes, ce sera probablement rentable. Mais si je suis sur Schaerbeek, il se peut que je n’ai qu’une ou deux commandes sur trois heures. En outre, plus il y a de coursiers, moins il y a de commandes et il peut y avoir du retard dans les restaurants ou des difficultés à trouver le client. Mais la principale raison pour laquelle je ne travaillerai plus pour eux c’est parce que l’assurance proposé n’est clairement pas suffisante pour un job pareil.

3. Comment les différentes zones sont-elles réparties entre les coursiers?

On choisit nos horaires et notre zone mais encore faut-il qu’on y soit accepté. Au début, Deliveroo faisait la balance entre ceux qui avaient beaucoup roulé et ceux qui avaient moins roulé. C’était un peu équitable. Deliveroo utilise un algorithme qui prend en compte tes retards éventuels, les commandes prises ou refusées, les distances parcourues. Donc en théorie, c’est très flexible mais dans la réalité, si tu n’es pas un bon petit soldat, tu chopes des mauvais shifts. En outre, le système est assez instable: il peut y avoir des bugs et tu peux perdre tous tes shifts de la semaine sans aucune raison. Du coup, tu te retrouves sans travail…

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