"Je sais qu’un jour, le secteur événementiel reprendra. C’est ce qui me permet de tenir le coup."

"Je souhaitais que chaque nouvelle idée puisse continuer à faire partie de nos activités après la crise", Stijn Goethals (Plantrent). ©katrijn van giel

Lorsqu’en mars 2020 la crise du coronavirus a obligé Stijn Goethals à fermer son entreprise, ce sont 19 années de dur labeur qui se sont effondrées comme un château de cartes. Mais après une "période de deuil", il a tourné la page. La leçon qu’il a tirée de plusieurs mois de lutte pour sa survie? "Il faudra travailler encore davantage".

20 mars 2020. Stijn Goethals se promène à travers une forêt de plantes vertes, dans son entrepôt de 18.000 m2 situé à Beerse. Il est triste de voir son "capital vert" au chômage. En temps normal, l’endroit serait en train de se vider, en particulier au début du printemps, mais la crise du coronavirus a mis à l’arrêt les foires commerciales, les festivals et les fêtes privées.

Avec son entreprise Plantrent, Goethals loue depuis 19 ans des plantes et autres objets de décoration pour des évènements. "Nous avons tout juste pu participer au Salon de l’Auto et à Batibouw, mais le reste de la saison fut un désastre total. Notre chiffre d’affaires est tombé à zéro. Tout était à l’arrêt, et je ne savais plus à quel saint me vouer. Après une période de déni, j’ai compris que je devais informer dès que possible mes collaborateurs sur ce qui nous attendait, mais je ne savais pas quoi leur dire. Combien de temps cette situation allait-elle durer? Quid de mes emprunts? Comment faire appel au chômage économique?"

19 années de dur labeur anéanties en quelques jours

Le projet de nouveau bâtiment prévu pour avril a dû être mis au frigo. « Cela m’a donné des insomnies: qu’est-ce que je regretterais le plus rétrospectivement ? De l’avoir malgré tout construit, quitte à ce que l’entreprise traîne l’emprunt comme boulet au pied? Ou de ne pas l’avoir construit et de nous retrouver après la crise dans des bureaux vétustes, avec une efficacité logistique réduite?"

"Nous avons immédiatement écarté d’autres idées – fabrication de masques, vente de bouquets ou d’arbres de Noël – parce qu’elles étaient trop expérimentales et ne pouvaient offrir qu’une solution temporaire."
Stijn Goethals

Goethals a vu 19 années de dur labeur anéanties en quelques jours. Pendant plusieurs semaines, il a traversé un processus comparable à une période de deuil – déni, chagrin, amertume, colère et acceptation – et puis s’est mentalement déconnecté. Sur un chiffre d’affaires de 1 million d’euros, Goethals a réussi à en conserver une petite partie grâce au secteur des bureaux, resté ouvert pendant toute l’année. "Les gens se rendaient moins souvent à leur bureau, mais les entreprises ont profité de leur absence pour rafraîchir leurs bâtiments. Ce segment est toujours resté bénéficiaire."

Pour augmenter son chiffre d’affaires, Goethals a réuni ses dix collaborateurs. Il a aussi discuté avec des entrepreneurs, sa famille et ses amis. "Ces discussions m’ont permis de garder la tête hors de l’eau. Des idées folles en sont également sorties. Nous nous sommes lancés dans l’aménagement de terrasses, qui ont été rouvertes pendant l’été. J’ai ressorti une vieille idée des tiroirs, pour laquelle j’avais fait enregistrer l’URL moswanden.be (murs de mousse). Depuis lors, je reçois quotidiennement des demandes de la part d’entreprises, une extension de nos activités d’aménagement paysager intérieur."

"Nous avons immédiatement écarté d’autres idées – fabrication de masques, vente de bouquets ou d’arbres de Noël – parce qu’elles étaient trop expérimentales et ne pouvaient offrir qu’une solution temporaire. Je souhaitais que chaque nouvelle idée puisse continuer à faire partie de nos activités après la crise. Je m’attends à ce que d’ici quelques mois nos murs végétaux représentent de 10 à 15% de notre chiffre d’affaires."

"Il faudra plusieurs années pour tout reconstruire, mais je suis convaincu que les gens finiront par ressortir, peut-être même plus qu’avant."
Stijn Goethals

Le même principe de prévoyance – "les entrepreneurs doivent se montrer proactifs au lieu de réactifs" – a permis à Goethals à maintenir autant que possible ses collaborateurs au travail. "Comment pourrai-je m’en sortir lorsque le secteur événementiel reprendra si je n’ai plus de personnel? Entre les périodes de chômage économique, je leur ai demandé de s’occuper des plantes, d’équiper des terrasses et des espaces de bureaux et d’installer des murs végétaux. Aujourd’hui, c’est aussi le moment de tailler les plantes qui sont installées dans les entreprises. C’était également important de les maintenir au travail pour leur équilibre personnel."

Goethals a-t-il songé un moment à fermer son entreprise? "Jamais. Mon comptable m’a rapidement rassuré: nous disposions de suffisamment de réserves. Ces derniers mois, j’ai toujours été convaincu que le secteur événementiel finirait par reprendre. C’est ce qui m’a permis de tenir le coup. Peut-être que la situation ne sera plus jamais la même qu’avant la crise, mais les gens ressentiront toujours le besoin de se rassembler, que ce soit pour se détendre ou pour des raisons professionnelles. Il faudra plusieurs années pour tout reconstruire, mais je suis convaincu que les gens finiront par ressortir, peut-être même plus qu’avant."

Quel regard portera-t-il dans un an, lorsque la crise du coronavirus sera derrière nous? "Cette expérience m’a appris que je devais être encore plus fort. Au début, j’ai passé trop de temps à broyer du noir. Lors de la prochaine crise, je n’hésiterai plus aussi longtemps."

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