Les travailleurs épuisés mentalement et physiquement par le Covid

Entre 2020 et 2021, soit depuis le début de la crise du Covid-19, on a constaté une hausse des symptômes d’épuisement parmi les travailleurs, révèle Balencio. ©Julie Joseph

D’après la plateforme Balencio, les symptômes d’épuisement au travail, qu’ils soient physiques ou mentaux, sont en hausse depuis le début de la crise. Analyse.

Il y a un an, le monde du travail subissait de profonds chamboulements liés à l’apparition du virus Sars-CoV-2. La population s’est retrouvée du jour au lendemain confinée, mise en télétravail, ou en arrêt complet d’activité. Tout cela n’a pas été sans incidence sur la santé mentale et physique des travailleurs.

Prenez quelques minutes pour faire le point

Pas de besoin de créer un compte, il suffit d'entrer un mot de passe et de le confirmer pour accéder au questionnaire. Sachez que toutes les réponses sont anonymisées et qu'elles ne font l’objet d’aucune exploitation commerciale.

La plateforme Balencio, une spin-off de l’UCLouvain spécialisée dans la gestion du capital humain, a agrégé les données anonymes des 4.500 salariés qui ont répondu sur une base volontaire à un questionnaire confidentiel, entre 2020 et 2021. Les entreprises clientes de Balencio sont actives dans les secteurs de la finance, du commerce, des technologies et des services aux entreprises.

"L’idée était de mettre en lumière les principales sources de stress et les principales sources d’énergie des travailleurs, et tirer les premiers enseignements concernant l’évolution du bien-être des travailleurs entre 2020 et 2021", explique Balencio dans sa présentation des résultats.

Triple fatigue

Que nous apprennent ces données? Entre 2020 et 2021, soit depuis le début de la crise du Covid-19, on a constaté une hausse des symptômes d’épuisement parmi les travailleurs, révèle Balencio, principalement au niveau émotionnel, physique et professionnel. En 2020,  31,7% des travailleurs faisaient état d’une fatigue physique, contre 46,6% en 2021. La fatigue émotionnelle a, elle, doublé. La fatigue professionnelle a fait l’objet de plaintes de la part de 25% des travailleurs en 2020, contre 38% en 2021.

"Avant, quand on était stressé, c’était avec les collègues que se partageait ce stress. Maintenant, c’est la famille…"
Isabelle Stichelmans
Coach au Réseau Burn Out

Quels sont les symptômes? Maux de tête ou de ventre, problèmes de sommeil et de tension musculaire pour la fatigue physique; tristesse, colère, irritabilité pour la fatigue émotionnelle; baisse de l’engagement dans le travail, sentiment d’inefficacité ou envie de quitter l’entreprise pour la fatigue professionnelle.

Isabelle Stichelmans, coach au sein du Réseau Burn Out, constate elle aussi, au travers de ses consultations sur le terrain, que la crise a ajouté une couche supplémentaire venant influencer le bien-être au travail. "Le taux d’épuisement des travailleurs est déjà important en Belgique", dit-elle. "À cela s’est rajoutée une fatigue mentale plus grande encore, mais aussi des problèmes physiques liés au télétravail, des maux de dos, de genoux, d’yeux."

Sur le plan émotionnel et cognitif aussi, Isabelle Stichelmans constate un poids plus important pesant sur les épaules des télétravailleurs. "Tout le stress professionnel s’intègre dans la vie familiale. Avant, quand on était stressé, c’était avec les collègues que se partageait ce stress. Parfois, ils en prenaient plein la figure de notre ras-le-bol. Maintenant, c’est la famille…"

"Il y a eu une rupture organisationnelle, et cela s’accompagne toujours de fortes émotions."
Isabelle Stichelmans
Coach au Réseau Burn Out

 D’après l’étude de Balencio, la fatigue cognitive (perte de concentration, difficulté à prendre des décisions) et comportementale (isolement, agressivité, consommation de substances) reste par contre modérée, ne concernant respectivement qu’un peu moins d’un cinquième et un dixième des travailleurs.

Quelles sources de stress?

Quelles sont les principales sources du stress éprouvé par les travailleurs? Balencio en pointe cinq: certains traits de personnalité, comme le perfectionnisme; des événements difficiles vécus dans la vie privée; la quantité des exigences liées aux technologies à gérer chaque jour (e-mails, Skype, intranet…); des inquiétudes liées à la situation financière; et le manque de participation aux prises de décision au sein de l’entreprise.

La grande majorité des travailleurs (84%) estiment être malgré tout bien soutenus par leurs proches, et 75% sont satisfaits de leur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Un équilibre qui reste précaire dans le cadre du Covid, où la cellule familiale a subi de gros changements organisationnels. "Les gens ont été obligés de se réorganiser, d’être plus présents pour les enfants. Cela a surtout été une obligation, qui complique aussi la concentration au travail", constate Isabelle Stichelmans. "Il y a eu une rupture organisationnelle, et cela s’accompagne toujours de fortes émotions. Soit on a mis un couvercle, on fonce et on avance, avec le risque un jour d'exploser, soit on a réfléchi à comment gérer ce stress."

Dans son enquête, Balencio avance enfin des éléments pointés comme ressources par les travailleurs pour surmonter leur éventuel mal-être: le sens trouvé au travail, l’optimisme, les relations professionnelles de qualité, le bon état de santé et la clarté du rôle au sein de l’organisation. Comme une lumière qui éclaire malgré tout le tunnel.

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