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Diamant unique au monde cherche acheteur averti

L’entreprise HB Antwerp vient tout juste de finaliser son analyse du Sewelo. Plusieurs possibilités de coupes seront proposées à l’acheteur. ©AFP

Le deuxième plus gros diamant jamais découvert entame son tour du monde à la recherche d’un acheteur. Il sera taillé à Anvers. Qui est à l’achat? Est-ce un bon placement? Réponses sur le terrain.

Son nom? «Sewelo», pour «découverte rare» dans la langue bantoue des Tswanas d’Afrique du Sud. Avec ses 1.758 carats, soit un peu plus de 350 grammes, ce diamant découvert en avril 2019 au Botswana fait effectivement office de perle rare dans le monde des pierres précieuses.

Il est même à ce jour le deuxième plus gros diamant jamais découvert, juste après le «Cullinan» qui se brisa lors de sa taille et dont deux morceaux ornent désormais le sceptre impérial et la face avant de la Couronne impériale d’apparat britannique.
Évidemment, la convoitise fut vite suscitée, avec pour corollaire, en janvier 2020, la sortie du bois d’un acheteur: Louis Vuitton. Inattendu, ce dernier s’est porté acquéreur avec le soutien de sa maison mère qu’est le géant français du luxe LVMH (Bulgari, Chaumet).

Montant de l’opération? «Plusieurs» millions d’euros, selon des sources proches du dossier. La somme exacte ne fut jamais divulguée. Discrétion oblige.

Vuitton à la manœuvre

Objectif? Se positionner sur le marché de la joaillerie, un créneau où le maroquinier français n’était jusqu’à ce jour pas actif, ayant préféré voguer sur ses forces d’antan que sont la bagagerie, l’habillement ou encore les parfums.
Mais une réorientation stratégique a été décidée récemment, avec l’idée de porter cette nouvelle division à 10% du chiffre d’affaires. Dès lors, quoi de mieux pour officialiser cet effort et placer la maison sur la carte de la joaillerie que de frapper un grand coup?

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Depuis l’opération d’achat, effectivement conclue par la galaxie de Bernard Arnault, un an a passé. Et une crise sanitaire s’est installée, entravant les déplacements des riches de ce monde, comme de tout un chacun. Résultat, c’est l’oiseau rare qui a dû déployer ses ailes pour aller à la rencontre d’un potentiel acheteur. D’abord en Asie, où il s’est déjà rendu à Taiwan et Singapour, sous une escorte de rigueur, et serait en route pour Taipei.

Destination Anvers

Dernière étape? Anvers. Et pour cause, c’est là qu’interviendra le gros morceau qu’est sa taille. Et ce, en fonction des desiderata du futur propriétaire.

La mission a été confiée à un nouvel entrant sur le marché, la société HB Antwerp, constituée juste avant le premier confinement par une poignée de vétérans de l’industrie diamantaire.

À coups d’acquisitions, la jeune pousse compte désormais 60 personnes (et en vise 100 pour la fin de l’année) et un savoir-faire sur toute la chaîne de production, bientôt entièrement intégrée. Les travaux du nouvel atelier, long d’une bonne centaine de mètres et destiné à accueillir les unités pour le moment réparties entre différents locaux, vont bon train.

«Notre approche est différente», explique Oded Mansori, CEO. «Via des partenariats (avec le gouvernement du Botswana et la société minière Lucara où a été découverte la pierre par exemple, NDLR), nous gérons toute la chaîne de production, de la mine au polissage. Normalement, chaque maillon travaille pour son propre compte en essayant de maximiser ses profits loin du regard des autres. Mais il résulte de cette approche une impasse pour le secteur dans son ensemble, où il n’est plus possible aujourd’hui d’augmenter la valeur en raison de la méfiance qui s’est installée sur les prix de la part des acheteurs. Nous avons voulu tirer un trait sur toutes ces pratiques qui ont failli ruiner l’industrie dans les années 80», résume Shai de Toledo, associé chez HB Antwerp.

«Le client nous indique ce qu’il recherche et les algorithmes que nous avons développés identifient les pierres à l’état brut qui répondent à sa demande. On ne produit pas sans demande. Cette époque-là est révolue.»
Shai de Toledo
associé chez HB Antwerp

Place à la transparence. «Le client nous indique ce qu’il recherche et les algorithmes que nous avons développés identifient les pierres à l’état brut qui répondent à sa demande. De là, nos équipes peuvent alors les tailler pour lui. On ne produit pas sans demande. Cette époque-là est révolue.»

Analyse achevée

Pour en revenir au Sewelo, l’entreprise vient tout juste de finaliser son analyse de la perle rare. Plusieurs possibilités de coupes seront proposées à l’acheteur – qui pourra se rassurer, car la pierre est assurée, une pratique courante pour les diamants d’un certain poids. Enfin, assurée pour la taille. Pas pour la qualité intrinsèque du ou des diamants polis qui en sortiront. Il restera toujours à cet égard une part de risque.

Se pose alors une question: qui donc pourrait chercher à s’offrir une pierre de cet acabit? Et s’agit-il là d’un bon placement?

Du côté d’HB Antwerp, évidemment, on est unanime: «C’est s’offrir un morceau d’histoire, quelque chose d’unique au monde.»

Mais ce son de cloche se donne aussi à entendre du côté de l’artisan David Gotlib, connu pour ses luxueux boutons de manchette. Président de la Bourse du diamant d’Anvers (hébergeant 1.500 grossistes et 250 tailleurs) depuis juin, représentant de la troisième génération de diamantaires dans sa famille et actif dans le métier depuis plus de vingt ans, l’homme l’affirme: «Ce genre de pierre est si rare qu’il se passe souvent une dizaine, voire une quinzaine d’années sans qu’on en revoie de tel. Je ne dis pas que revendre ce diamant demain rapportera de l’argent; le terme est trop court. Mais une revente à plus longue échéance a des chances de générer une plus-value. D’autant plus si, serti, il a été porté par une personnalité ou est passé entre les mains d’une grande maison», ajoute notre interlocuteur. «On entre alors dans une tout autre league.»

C’est du moins le cas pour les pierres dont le prix de vente dépasse le million d’euros, soit des pierres de l’ordre de plus de 50 à 100 carats. Le «carat» est l’unité de masse utilisée pour les gemmes, 5 carats correspondant à 1 gramme. À titre d’information, une pierre d’un carat, taillée dans une forme ronde, mesure généralement deux fois moins qu’une pièce d’un centime d’euro.

Pas 36.000 acheteurs

Quant à l’acheteur potentiel, «il est clair qu’il n’y a pas 36.000 candidats sur Terre», ajoute David Gotlib. Qu’à cela ne tienne, Vuitton sait certainement à quelles portes frapper.

80
milliards de dollars
Aujourd’hui, près d’un bijou sur dix sertis d’un diamant – un marché à 80 milliards de dollars – est vendu en ligne, selon Bain & Company.

Le profil type a cependant évolué avec les années. «Il y a 30 ou 40 ans, c’était la sphère gravitant autour d’Hollywood et allant des stars aux hommes d’affaires. Dans les années 90, nous avions une clientèle plus exotique venue des pays arabes ou de Russie. Mais aujourd’hui, et depuis une quinzaine d’années, c’est l’Asie qui tire le marché. On y voit beaucoup de nouveaux riches, qui veulent prouver qu’ils ont réussi. Cela dit, ils n’achètent pas ces pierres dans l’optique de les porter. Non, il s’agit plutôt de mettre ces valeurs en sûreté.»

Le diamant pourrait en effet s’avérer un bon placement, à en croire les données du Rapport Index, qui fait figure de référence dans le secteur et suit l’évolution du prix d’un diamant de forme ronde la plus populaire – de 1 carat. Cité dans un rapport de Bain & Company de l’an dernier, les prix des pierres brutes et des pierres polies ont augmenté respectivement de 450 et de 250% sur les cinquante dernières années, alors que l’extraction a triplé.

«Les diamants et pierres précieuses d’exception ont traditionnellement été considérés comme un havre de paix», souligne le commissaire-priseur Benoit Repellin, directeur des ventes de Haute Joaillerie de Sotheby’s à Genève. «Au cours des dix dernières années, les gens sont devenus plus conscients de la grande rareté de ces merveilles naturelles, et cela s’est reflété dans les prix obtenus aux enchères.»

Marché résilient

Le marché n’est pas insensible aux crises, mais se montre néanmoins plutôt résilient. En effet, «si l’on se base sur les données historiques, le marché revient généralement aux niveaux d’avant crise dans un délai d’un à deux ans», avance le consultant. Les crises internes au marché du diamant – comme dans le cas de la surproduction indienne, par exemple, soutenue par les efforts du gouvernement en place – sont généralement plus dommageables pour l’évolution des prix que les crises externes.

Pour autant, 2019 avait déjà été marquée par un ralentissement mondial de la demande, qui a joué à la baisse sur la valeur des pierres. Depuis, la crise du coronavirus en a rajouté une couche, même si des signes de reprise ont été observés entre les deux vagues, phénomène s’expliquant par le fait que la Chine a moins été touchée par la seconde vague que l’Europe notamment.

«Les diamants et pierres précieuses d’exception ont traditionnellement été considérés comme un havre de paix.»
Benoit Repellin
Commissaire-priseur, directeur des ventes de Haute Joaillerie de Sotheby’s à Genève

Une nouvelle dynamique favorise en outre la résilience du marché: la vente en ligne. Désormais réputé pour avoir profité du contexte de pandémie, ce canal de distribution joue évidemment sur la reprise du marché du diamant – en tout cas pour les pierres les plus abordables. Aujourd’hui, près d’un bijou sur dix sertis d’un diamant – un marché à 80 milliards de dollars – est vendu en ligne, selon Bain & Company. Avec une croissance de l’ordre de 10 à 15% par an grâce aux marchés chinois et américain.

Mais derrière ces ventes se cache une autre tendance de fond, qui est le recours croissant à des diamants nés en laboratoire pour des bijoux d’entrée de gamme. Une pratique chaque année plus populaire, que l’industrie traditionnelle combat à grands coups de marketing. Leur prix de vente au détail est inférieur de moitié à celui de leur pair naturel – un niveau qui s’est aujourd’hui quelque peu stabilisé.
Il s’agit là d’une menace, certes, mais que certains balayent d’un revers de la main. Car ce serait faire insulte à ce que Mère Nature a mis de 1 à 3,3 milliards d’années à réaliser – soit 25 à 75% de son existence.

Couleur en vogue

Et dans cette vague, marquée par l’admiration pour les surprises réservées par notre planète, les diamants de couleur ont pris une ampleur inédite ces dernières années. Car un diamant n’est pas toujours blanc. Sa qualité se mesure à son degré de pureté et à sa couleur, qui va de la transparence totale, labellisée par la lettre «D», au jaunâtre. Le diamant peut aussi être jaune, bleu, rose ou violet par exemple. Avec des prix pouvant s’envoler, comme ce «purple-pink» découvert en Russie: cette «véritable merveille de la nature», selon la maison de vente aux enchères Sotheby’s, a été adjugée à pas moins de 26,6 millions de dollars le 11 novembre dernier. Un record pour une pierre de cette couleur.

Il y a toutefois un bémol. «À la différence des diamants jaunes, pour lesquels un marché s’est développé pendant des années et donc pour lesquels il est facile de dire si telle pierre est plus ou moins chère, car on est habitué aux différentes nuances, il n’existe pas vraiment de liste de prix pour les autres couleurs», prévient David Gotlib. «Le prix se négocie en fonction de la rareté qu’un acheteur, un investisseur ou un bijoutier est prêt à attribuer à ce qu’il a en main. Mais aussi en fonction de son goût personnel. Ce qui peut parfois mener à des surenchères en cas d’intérêt de plusieurs parties.»

Pour autant, il ne faudrait pas penser qu’il n’y a pas d’espoir de rendement dans le domaine des diamants de couleur. En effet, l’offre sur le marché vient d’accuser un coup historique avec la fermeture de l’emblématique mine Argyle, dans la région de Kimberley (Australie occidentale), après 37 ans d’exploitation. Or, le site fournissait à lui seul 90% des diamants de couleur, dont un flux impressionnant de rares diamants d’un rose intense.

«Le marché des diamants de couleur exceptionnels s’est révélé très fort au cours de la dernière décennie», conclut Benoit Repellin.

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