Investir dans la longévité

©Pieter Van Eenoge

Compléments alimentaires promettant de rester plus longtemps en bonne santé, traitements anti-âge personnalisés, nettoyage de cellules mortes pour rester jeune: le marché anti-âge est en plein boom.

Screening annuel complet sous un scanner IRM pour analyser tissus et organes. Complété par un décodage de l’ADN pour détecter une éventuelle mutation génétique. Batterie de tests allant d’un électrocardiogramme à une analyse sanguine. Suivi permanent – sur la base de 150 gigabytes de données personnalisées – via des programmes spécifiques d’alimentation, d’activité physique et de gestion du stress.

Détecter toute maladie ou anomalie au stade le plus précoce possible et prolonger ainsi la vie des patients.

C’est ce que reçoivent les clients de Health Nucleus, une clinique spécialisée de San Diego, Californie. L’inscription coûte entre 5.000 et 25.000 dollars par an, selon le programme. L’objectif? Détecter toute maladie ou anomalie au stade le plus précoce possible et prolonger ainsi la vie des patients. L’entreprise prétend que son approche permet d’identifier des problèmes médicaux exigeant une intervention immédiate auprès de 14% des clients, et des problèmes demandant une attention à plus long terme dans 26% des cas. Pour les autres patients, il s’agit surtout d’améliorer la qualité de vie.

Wealth | La vie des grandes fortunes

  • Tourisme post-Coronavirus | La bulle sans virus, l'avenir du tourisme de luxe?
  • Coffre-fort de haute sécurité | À la découverte de l'entrepôt des super riches
  • Entreprise familiale | Vos enfants ne sont pas intéressés à reprendre vos affaires…

Cette clinique anti-âge, créée par la start-up de biotechnologie Human Longevity Inc., est populaire, mais ne fait pas l’unanimité. Les scientifiques mettent en doute les promesses faites par l’entreprise. Mais cela n’a pas empêché Health Nucleus de se développer et de s’installer à Dubaï et à Singapour. La demande pour ce type de traitement est en augmentation et on voit fleurir un peu partout d’autres initiatives comparables offrant une approche personnalisée du vieillissement. Ce succès démontre le souhait croissant de clients fortunés de prolonger leur vie, quitte à y consacrer d’importants investissements, explique Phil Newman de Londres.

Phil Newman est le fondateur de Longevity.Technoloy, un site internet dédié à l’économie de la longévité, le secteur en croissance des technologies et des thérapies anti-âge. Il a remarqué une tendance claire où les riches – notamment les entrepreneurs à succès et les investisseurs en bitcoins – souhaitent investir dans leur propre santé en espérant glaner quelques années de vie supplémentaires, et en finançant des start-ups biotechnologiques axées sur la lutte contre le vieillissement.

Au moins 100 ans

L’an dernier, la banque d’affaires suisse UBS a interrogé plus de 5.000 clients dont le patrimoine investi se monte à plus d’un million de dollars. 90% d’entre eux ont mentionné la santé parmi leurs priorités.

600
milliards de dollars
Le marché de la prolongation de la vie pèsera dans cinq ans pas moins de 600 milliards d edollars, selon Bank of America Merrill Lynch.

Autre constat: un peu plus de la moitié s’attendent à devenir centenaires, alors que l’espérance de vie moyenne est aujourd’hui de 81,8 ans en Belgique. Selon un autre rapport – publié par la Bank of America Merrill Lynch –, le marché anti-âge pourrait atteindre 600 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

Il existe dans le monde un rêve appelé "longevity escape velocity", un phénomène où la science progresserait tellement vite que grâce aux développements, l’espérance de vie augmenterait chaque année de plus d’un an, permettant ainsi "d’échapper" à la mort. "Si vous pouvez vous le permettre et que vous pouvez profiter de la science et des technologies disponibles, vous pourriez théoriquement vivre éternellement vu que vous reportez chaque fois votre mort."

De la réparation à la prévention

C’est la théorie. "Mais il ne faut pas confondre longévité et vie éternelle", souligne Phil Newman.

"L’objectif est de retarder la période de maladie le plus longtemps possible."
Phil Newman,
Longevity.Technology

"Il s’agit d’aider les gens à vivre plus longtemps en bonne santé. La longévité est devenue une catégorie d’investissement émergente qui devrait afficher les mêmes rendements que la biotech traditionnelle. L’accent n’est plus mis sur la guérison des maladies, mais sur leur prévention."

Quelles sont donc les solutions envisagées par les investisseurs? Aujourd’hui, Phil Newman distingue deux groupes. Le premier place beaucoup d’espoir dans les suppléments alimentaires, qui peuvent être mis sur le marché plus rapidement que les médicaments. Vu que le temps presse, les suppléments font l’objet de beaucoup d’attention en raison de leur disponibilité immédiate. Il est notamment devenu populaire de prendre des suppléments de NAD pour obtenir une augmentation de nicotinamide adénine dinucléotide, une molécule qui aide à restaurer plusieurs fonctions cellulaires qui s’affaiblissent avec l’âge. Les suppléments NAD, qui sont déjà largement disponibles sur le marché, promettent de contrer ce processus.

En éliminant ces cellules "zombies" grâce à des médicaments, le corps resterait jeune plus longtemps.

D’autres espèrent une percée des thérapies médicinales, comme le "nettoyage" du corps par l’élimination des cellules mortes. Une cellule humaine peut se diviser entre 40 et 60 fois, un principe appelé "limite de Hayflick". Elles deviennent ensuite des cellules dites sénescentes. En éliminant ces cellules "zombies" grâce à des médicaments, le corps resterait jeune plus longtemps, si l’on en croit la théorie. De nombreuses sociétés de biotechnologie se sont lancées dans le développement de ces médicaments, mais jusqu’à présent, aucune n’a réussi à mettre au point un médicament qui fonctionne chez les humains. Le domaine de recherche a été mis à mal lorsque la société américaine Unity Biotechnology a admis l’été dernier que les résultats des tests étaient décevants.

Sergey Brin (Google), Jeff Bezos (Amazon) et Larry Ellison (Oracle) font partie des super riches qui espèrent gagner quelques décennies de vie en prime.

Unity Biotechnology avait pourtant attiré l’attention des super riches. Parmi les bailleurs de fonds, on trouvait entre autres le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, et le célèbre investisseur en technologies, Peter Thiel. Mais l’entreprise cotée en bourse a déjà perdu plus de la moitié de sa valeur record de 700 millions de dollars. Bezos et Thiel ne sont pas les seuls multimilliardaires à miser sur quelques dizaines d’années de vie de bonus. Le fondateur d’Oracle, Larry Ellison, et le cofondateur de Google, Sergey Brin, font également partie des optimistes qui sont prêts à dépenser des fortunes dans la recherche de moyens de ralentir le vieillissement.

L’un des porte-drapeaux du secteur en Europe est le milliardaire britannique Jim Mellon, qui a fondé Juvenescense, une société qui a déjà investi des dizaines de millions dans une série de start-ups. Parmi elles, AgeX, qui tente d’utiliser la technologie des cellules souches pour réparer les tissus vieillissants. Dans une interview accordée au magazine de luxe américain Robb Report, Jim Mellon, qui a également investi dans Longevity.Technology, a qualifié l’ensemble du domaine de "plus grande fontaine d’argent" jamais vue. "Si vous aviez investi dans les premiers jours de l’internet, vous feriez partie des plus riches du monde. Nous en sommes aujourd’hui à ce stade dans ce secteur. Les opportunités sont énormes".

Pour Phil Newman, il ne faut pas s’étonner de l’intérêt croissant pour ces technologies. "Nous sommes de plus en plus conscients de l’importance de notre santé et du fait que, pour assurer notre indépendance financière, nous devons rester en bonne santé afin de pouvoir travailler plus longtemps. L’objectif est de retarder le plus possible les maladies et d’en guérir le plus rapidement possible. Les vrais super riches s’en rapprochent, pour les autres, il faudra encore patienter."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité