L’abri de jardin érigé en palais

Une ancienne grange en Flandre occidentale a été transformée en un pied-à-terre luxueux.

La société flamande Unicus a débuté modestement dans la conception de simples dépendances pour jardins. Mais depuis lors, le groupe s’est lancé à la conquête du segment supérieur du marché. "Nous construisons actuellement une ‘man cave’ suffisamment vaste pour accueillir un hélicoptère."

Tous les animaux sont égaux, mais les poules de Crispin Odey sont un peu plus égales que les autres. Voici quelques années, le gestionnaire de fonds spéculatifs britannique – qui a fait fortune pendant la crise financière en spéculant sur la chute des actions bancaires –, a fait la une des tabloïds avec son "palais des poules". Le milliardaire avait demandé à son architecte de construire un temple dans son domaine à Gloustershire pour y loger ses volailles.

Wealth | La vie des grandes fortunes

  • Tourisme post-Coronavirus | La bulle sans virus, l'avenir du tourisme de luxe?
  • Coffre-fort de haute sécurité | À la découverte de l'entrepôt des super riches
  • Entreprise familiale | Vos enfants ne sont pas intéressés à reprendre vos affaires…

Crispin Odey a dépensé près de 200.000 euros pour ce palais de 72 m², construit dans le style palladien, entouré de colonnes ioniques. Et comme si cela ne suffisait pas, Odey et sa femme y ont installé une cage d’escalier en pierre pour pouvoir passer du jardin au poulailler.

Robbert Desmet, patron du groupe de construction Unicus, sourit lorsque nous lui parlons de l’extravagance du couple Odey. "Nous n’avons jamais construit un palais pour poules", confie-t-il. "Même si nous n’en sommes pas passés loin: un de nos clients nous a demandé de réaliser une bergerie à côté de la lounge familiale que nous construisions alors sur sa propriété."

Unicus – qui équivaut à "uniek huis" prononcé en dialecte flandrien – a démarré en tant que spin-off du spécialiste de Menin des parois et des revêtements de façades en bois Woodstoxx, et est spécialisée dans le design et la construction de carports, de man caves, d’espaces de fitness et autres constructions glamour en bois. Les luxueux manèges équestres et même les pavillons de chasse de luxe font partie des spécialités du groupe. "Nous nous occupons de la conception et de la mise en œuvre de projets pour nos clients. Pour l’agrandissement de la structure en bois, l’isolation et l’installation des fenêtres, nous collaborons via Woodworx avec Decleir Houtconstructies, un spécialiste de la construction avec ossature en bois et le fabricant de châssis Raemen. Ils sont associés et partenaires d’Unicus."

Unicus construit de luxueux abris de jardin et pavillons pour voitures.

Unicus a commencé ses activités il y a six ans avec des abris de jardin assez simples. "Ensuite, nous nous sommes tournés vers la construction de pavillons plus exclusifs", explique Robbert Desmet. "Il existe bien entendu de nombreuses sociétés qui construisent des dépendances. Mais en misant sur le segment supérieur, nous sommes devenus un acteur incontournable sur le marché belge."

Avec la crise du coronavirus, qui a obligé les Belges à travailler chez eux, de plus en plus de citoyens songent à construire un bureau séparé dans leur jardin.

Avec la crise du coronavirus, qui a obligé les Belges à travailler chez eux, de plus en plus de citoyens songent à construire un bureau séparé dans leur jardin. Et comme il était interdit de voyager pendant des mois, les constructeurs de piscines ont également été très sollicités. Or, piscine rime souvent avec poolhouse, du moins pour ceux qui en ont les moyens.

Fête autour de la collection de voitures

Unicus a-t-elle vu les commandes affluer suite à la pandémie? "En effet, la demande de tout ce qui concerne les piscines et les annexes a augmenté", constate Robbert Desmet. "Mais en réalité, cette tendance existait avant la crise du coronavirus. Nos clients fortunés disposent déjà d’une résidence secondaire. Ils ne sont pas nécessairement à la recherche d’un espace supplémentaire pour travailler. Ils souhaitent surtout un endroit où ils peuvent se consacrer à leur passion. Par exemple, pour stocker leur collection de voitures et, en même temps, inviter leurs amis pour une réception, sans mettre leur habitation sens dessus dessous."

Parmi les demandes, une construction sur deux doit disposer d’un espace séparé ou d’un carport pouvant accueillir une ou plusieurs voitures de sport ou de collection.

Si vous avez du mal à imaginer à quoi ressemble une dépendance "high end", regardez ce qu’Unicus a construit pour un client situé en Flandre occidentale: une ancienne grange a été entièrement désossée et transformée en une immense man cave. Bien entendu, on y trouve obligatoirement un bar et une table de billard. Mais le propriétaire a aussi prévu de l’espace pour sa collection de vieilles voitures, une cave à vin et même des chambres pour les invités.

"Dès qu’une voiture y est stockée, l’endroit est rapidement rebaptisé man cave", explique Robbert Desmet. "De même, on parle d’office de she-shed ou de lady lounge lorsque nous installons un espace de bien-être. Mais dans la pratique, ces installations sont utilisées par toute la famille. Il s’agit donc davantage de family caves. Nous commençons toujours par rencontrer le client chez lui pour mieux comprendre ses souhaits."

"On nous demande quasi toujours d’installer dans la dépendance un bar et un feu ouvert, ainsi qu’un espace de réception."
Robbert Desmet,
Unicus

Quelles sont les demandes les plus populaires? "On nous demande quasi toujours d’installer dans la dépendance un bar et un feu ouvert, ainsi qu’un espace de réception. Une construction sur deux doit également disposer d’un espace séparé ou d’un carport pouvant accueillir une ou plusieurs voitures de sport ou de collection. Les leisure houses – des dépendances entièrement destinées à accueillir les hobbies de nos clients –, sont le segment qui connaît la plus forte croissance. Nous travaillons actuellement à un pavillon de chasse où le maître d’œuvre souhaite conserver ses trophées."

Commande de linge de lit

Chez Unicus, les clients potentiels peuvent choisir parmi plusieurs projets standard – comptez un prix de départ entre 2.000 et 3.000 euros par m².

"Une dépendance coûte rapidement de 2.000 à 3.000 euros par mètre carré. C’est le prix de départ."
Robbert Desmet,
Unicus

Mais selon Robbert Desmet, la plus forte croissance est enregistrée dans les travaux sur mesure dans le segment premium. "Dans ce type de projet, le propriétaire ne doit s’occuper de rien. Nous commandons même le linge de lit."

À terme, l’entreprise souhaite miser encore davantage sur cette niche. "Nous constatons également qu’il est plus facile de trouver les bons artisans pour de tels projets. Nous travaillons avec de nombreux corps de métier spécialisés, mais il faut être en mesure de les séduire pour qu’ils continuent à travailler avec nous."

La plupart du temps, il faut demander un permis de bâtir pour toute construction dont la superficie au sol dépasse 40 m².

Les règles urbanistiques pour de tels projets varient en fonction de la commune. Mais la plupart du temps, il faut demander un permis de bâtir pour toute construction dont la superficie au sol dépasse 40 m². "Près de la moitié des dépendances que nous construisons sont plus petites", poursuit Robbert Desmet. "Les annexes qui exigent un permis de bâtir ont en moyenne une superficie de près de 100 m²."

Bien entendu, certaines constructions sont plus grandes, comme c’est le cas de la grange rénovée en Flandre occidentale. "À l’heure actuelle, nous transformons par exemple un pavillon avec un hangar qui doit accueillir un hélicoptère."

Les règlementations ont pourtant tendance à devenir plus strictes. "Certains clients possèdent un terrain de 4.000 m² autour de leur villa. Si cet espace est encore considéré comme terrain à bâtir, c’est bien entendu possible d’y construire une annexe. Mais actuellement, nous devons rejeter un projet initial sur deux parce que nous savons qu’il n’obtiendra pas les autorisations nécessaires."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité