La discrétion, clé de voûte de la sécurité des super-riches

©Wouter Van Vooren

Si de nombreux acteurs y vont de leurs solutions destinées à garantir la protection des propriétés qui sortent de l’ordinaire, des gardes statiques aux caméras et détecteurs dernier cri, la meilleure défense pourrait bien être, in fine, d’essayer de ne pas trop se faire remarquer.

Les images du château de Marc Coucke, dévoilées pour la première fois en 2015 dans l’émission Royalty, sont encore imprimées dans les mémoires. Une vaste propriété datant de la fin du XVIIIe siècle, entourée de verdure, passée au fil du temps des mains de comtes à celles d’industriels et où les filles de l’homme d’affairesgambadent aujourd’hui gaiement.

Un cadre idyllique à faire rêver les amateurs de contes de fées. Sauf que, de par sa localisation, en plein cœur de la commune de Merelbeke et de ses habitants, ce havre de paix a un prix, qui n’est pas que financier: celui d’une nécessaire protection, des curieux d’une part, mais aussi d’éventuelles intrusions d’autre part.

La salle de contrôle de Verisure à Evere. ©Wouter Van Vooren

Pour l’assurer, la famille Coucke n’a pas lésiné sur les moyens. Deux gardes de la société K9 Security (anciennement "Garde Maritime Commerciale", née au début du XXe siècle à Anvers), filiale du géant français Seris, sont postés dans le jardin, tandis que de multiples caméras de surveillance et un système d’alarme dernier cri complètent l’arsenal déployé. Une priorité absolue pour les occupants. Et pour cause, les passants s’approchent parfois jusqu’au portail afin de jeter un œil à l’intérieur de la propriété, dont le parc abrite notamment une œuvre d’Anish Kapoor. Rien de bien méchant, mais les intentions pourraient ne pas toujours être aussi louables.

Dès lors, "on est protégé en continu par la présence d’agents et de leurs chiens, lesquels restent en contact permanent avec les instances compétentes", évoquait le milliardaire dans le reportage diffusé à l’époque.

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Mais concrètement, qu’est-ce que pareil dispositif implique ? Qu’est-ce que cela coûte ? Qui sont les clients de ce genre de solutions ? La réalité est loin de la fiction. Si des acteurs comme G4S et son rival Securitas dominent le marché de la surveillance, principalement dans le cadre professionnel (aéroports, centres commerciaux et autres), complétés par de plus petits acteurs tels que l’entreprise flamande T&D Security, la surveillance des biens de prestige tient plus d’une démarche raisonnée que d’un film de James Bond.

"Si vous prenez le dispositif de Marc Coucke, vous êtes dans quelque chose de quasi-industriel, sourit un fin connaisseur du secteur. Vous n’avez pas besoin de tout ça pour sécuriser un lieu. Protéger quelqu’un ou un lieu cela ne veut rien dire. Avoir deux sbires qui vous accompagnent en permanence dans vos déplacements ou montent la garde, ça ne sert pas à grand-chose. C’est dans le show-business que ça marche comme ça", indique Christophe Samyn, directeur de la société de consultance en matière de gestion des risques pour la sécurité des personnes et des biens Opsman. L’homme a notamment travaillé à la sécurisation du haut commandement de Caterpillar en pleine période de restructuration, c’est dire.

"La sécurisation à outrance a un effet contraire. Cela attire le risque. C’est pourquoi il convient de ne décider que de mesures liées à un risque particulier et quantifié."
Christophe Samyn
Directeur d’Opsman

"L’objectif d’une entreprise de surveillance est de voir le risque à 3 kilomètres, pas quand il est à 50 mètres de la personne que vous devez protéger. En fait, notre job consiste à diagnostiquer une pathologie, puis à mettre en place un traitement. De là, on peut vous envoyer chez le pharmacien", entendez, les fournisseurs de solutions de sécurité, qu’ils soient fabricants de portes blindées, comme le réputé Fichet, ou d’alarmes, comme le leader européen du marché Verisure (dénomination commerciale de la filiale spécialisée de Securitas), aux 3 millions de clients sur le Vieux continent.

Concrètement, il convient de déterminer "les risques objectifs auxquels fait face le lieu ou le groupe de personnes à sécuriser. Parle-t-on de risques pour l’intégrité des personnes, d’intrusion ou bien de vol ? Dans cette optique, il est important de bénéficier d’une indépendance totale, de ne pas être juge et partie". La loi oblige d’ailleurs à opérer une séparation entre activité de gardiennage et ventes de solutions de surveillance.

L’idée n’est donc pas d’installer un maximum de dispositifs. Car "la sécurisation à outrance a un effet contraire. Cela attire le risque. C’est pourquoi il convient de ne décider que de mesures liées à un risque particulier et quantifié", martèle Christophe Samyn. La médiatisation, par exemple, est un facteur à prendre en compte dans la balance des remèdes. "Si on connaît ce paramètre, on ne travaillera pas de la même manière. Même chose si une personne a tendance à communiquer beaucoup sur les réseaux sociaux quant à son mode de vie notamment".

La solution la plus communément répandue et la plus préconisée pour les demeures de prestige reste en fait… un simple système d’alarme relié à une centrale, permettant un monitoring 24h/24, 7jours/7, que les occupants soient chez eux ou non.

"On a constaté dans le cadre d’une étude réalisée au Royaume-Uni que les petits enfants réagissent 80 fois plus à une voix féminine qu’à un simple signal sonore."
Tiziana Rizzo
Porte-parole de Verisure

Le leader du marché en Belgique, Verisure, intègre par exemple l’entièreté de la chaîne en la matière: de la R&D effectuée en Suède au monitoring depuis Bruxelles, où travaillent entre 40 et 45 opérateurs certifiés. Seule la production, réalisée au Japon, est effectuée main dans la main avec Panasonic. "Pour le reste, tout est fait in-house", indique Tiziana Rizzo, porte-parole chez Verisure. "Ce qui veut dire qu’on sait ce qu’on fait et comment fonctionnent nos produits", qui s’étendent des détecteurs de fumée à la voix féminine – "car on a constaté dans le cadre d’une étude réalisée au Royaume-Uni que les petits enfants y réagissent 80 fois plus qu’à un simple signal sonore" – aux boutons SOS, mais aussi au conseil.

La solution la plus préconisée pour les demeures de prestige reste un simple système d’alarme relié à une centrale, permettant un monitoring 24h/24, 7 jours/7. ©Wouter Van Vooren

"Nous avons une équipe de conseillers en sécurité qui sont en mesure d’indiquer où placer des capteurs de manière optimale dans une maison. De la sorte, nous savons en temps réel si c’est la porte arrière qui a été ouverte ou bien la fenêtre du premier étage". Petit conseil, glissé au passage: la plupart des cambriolages se dérouleraient le vendredi soir. C’est ce qui ressort des informations de l’entreprise, de même que "l’on attend un pic en juillet", souligne Tiziana Rizzo.

Au total, les équipes gèrent 100.000 alarmes par mois environ et déterminent à partir de là s’il y a lieu de s’inquiéter ou si le message tient plutôt de la fausse alerte. Parce que le chat est resté à l’intérieur par exemple. "Cela nous permet de ne contacter la police qu’en cas de réelle nécessité, ce qui, par conséquent, augmente les chances qu’elle vienne immédiatement en cas de signalement". Si ce n’est pas le cas, l’entreprise envoie un garde sur place jusqu’à stabilisation de la situation. Qu’il s’agisse d’un bien de prestige ou non. Les prix, pour une villa classique commencent aux alentours d’une cinquantaine d’euros par mois, puis s’échelonnent en fonction du nombre de zones à surveiller.

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