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Les sous-marins de poche deviennent la coqueluche de la jet-set

©Joachim Blomme / U-Boat Worx

Avec ses sous-marins légers qui semblent tout droit sortis d’une bande dessinée de Tintin ou d’un documentaire de Cousteau, la société néerlandaise U-Boat Worx mise sur une tendance croissante parmi les riches propriétaires de superyachts: les expéditions vers des destinations extrêmes.

Il y a dix ans, au large de Panarea – une petite île mondaine située au nord-ouest de la Sicile – des archéologues sous-marins ont fait une découverte étonnante. À 130 m de profondeur, ils ont découvert sur le sol marin l’épave – vieille de plus de 2.000 ans – d’un navire romain.

À bord de ce bateau – qui naviguait en Méditerranée au moment où Rome était en guerre contre la ville de Carthage, alors dirigée par Hannibal – les archéologues ont retrouvé de nombreuses amphores de vin et d’huile d’olive ainsi qu’un autel très rare où les marins faisaient leurs offrandes pour s’assurer la clémence des dieux pour leur traversée. Ce ne fut apparemment pas suffisant, car le bateau romain a probablement coulé après avoir heurté des rochers au cours d’une tempête.

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Pour cartographier ces trésors sous-marins au large de la côte de Panarea, les archéologues utilisent une technologie inventée dans un lieu beaucoup moins mondain. À Breda, à un jet de pierre de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, U-Boat Worx produit depuis 15 ans de petits sous-marins maniables pouvant être utilisés pour des expéditions scientifiques comme celle de l’épave romaine de Panarea. Mais les embarcations d’U-Boat Worx sont également utilisées pour réaliser des films, faire du tourisme sous-marin ou comme passe-temps pour de riches clients cherchant des distractions lorsqu’ils naviguent à bord de leur superyacht.

Si la marque U-Boat Worx peut faire penser aux grands sous-marins noirs de la Seconde Guerre mondiale, la réalité est heureusement bien différente. Les unités produites aujourd’hui par l’entreprise néerlandaise ressemblent davantage à des vaisseaux de science-fiction ou de films d’aventures. Le Hiper Sub, un des modèles de la gamme, affiche le design d’une voiture de course sous-marine. Ou d’une version marine du vaisseau spatial futuriste dans lequel la famille Jetson se déplaçait dans la sitcom éponyme des années soixante.

Cousteau

La société U-Boat Worx a été créée il y a quinze ans par l’entrepreneur Bert Houtman qui, dans une autre vie, a fondé avec deux partenaires le spécialiste néerlandais des progiciels pour entreprises Exact. Bert Houtman possédait son propre bateau, mais rêvait d’aller plus loin. Il voulait comme Jacques-Yves Cousteau – le légendaire explorateur français des fonds marins et héros de Houtman adolescent – posséder son propre sous-marin. Lorsqu’il a découvert qu’il n’était pas possible de l’acheter, il a décidé de le construire. La société U-Boat Worx était née.

L’entreprise, qui a démarré avec trois personnes en construisant quelques prototypes, compte aujourd’hui 80 salariés qui produisent chaque année une dizaine de sous-marins. «Notre gamme comprend aujourd’hui huit modèles pouvant accueillir de 2 à 11 personnes. Nous les vendons partout dans le monde», explique le directeur du marketing Roy Heijdra.

Certains magazines spécialisés décrivent les minis sous-marins d’U-Boat Worx comme des «limousines sous-marines». Roy Heijdra n’aime pas trop cette description. «C’est simplement différent. Lorsque vous vous installez dans un de nos sous-marins et que vous plongez, vous vous retrouvez dans un autre monde. C’est une expérience que je qualifierais de “out of this world”».

La firme néerlandaise surfe ainsi à la perfection sur la quête d’aventure des propriétaires de superyachts. Cela fait quelques années que les constructeurs de grands yachts remarquent que les navires hyper luxueux ne suffisent plus pour satisfaire certains clients fortunés.

1
million d'euros
Le sous-marin de base d’U-Boat Worx coûte un peu moins d’un million d’euros. Sans options.

Ils préfèrent un yacht plus sobre et plus robuste, de type «explorer», leur permettant de naviguer dans les coins les plus reculés de la planète sans sacrifier au confort: Antarctique, Pôle Nord, Papouasie Nouvelle-Guinée. Un hélicoptère ou un Zodiac à bord sont les bienvenus, mais pas indispensables, tandis qu’un sous-marin pour plonger et découvrir les trésors de la mer est de plus en plus considéré comme un «must».

Les sous-marins d’U-Boat Worx sont conçus et produits au siège de Breda. «Le montage a également lieu ici», explique Roy Heijdra. «Les bateaux que nous développons comptent facilement de 10.000 à 20.000 pièces différentes. Près de 80% d’entre elles sont fabriquées sur mesure. De nombreuses pièces sont tellement uniques qu’elles ne peuvent être produites que sur demande. Prenez par exemple les dômes de fermeture de nos sous-marins. On ne les trouve nulle part ailleurs.»

Cours de pilotage d’un sous-marin à Curaçao

Ceux qui achètent un sous-marin ne peuvent pas plonger immédiatement. «Chaque unité livrée s’accompagne d’une formation spécifique», poursuit Roy Heijdra. «Il faut un pilote certifié à bord. Mais les Pays-Bas ne sont pas l’endroit idéal pour ces cours. Ici, la profondeur de l’eau ne dépasse pas 40 à 50 mètres alors que nos sous-marins peuvent plonger jusqu’à 3.000 mètres. C’est pourquoi nous possédons un centre à Curaçao où nous organisons nos formations. Non seulement on peut plonger plus profondément, mais les eaux sont beaucoup plus transparentes, ce qui permet aux clients de découvrir toutes les possibilités offertes par nos appareils.»

Cela fait longtemps qu’U-Boat Worx n’est plus le seul producteur de petits sous-marins. La firme américaine Triton produit depuis le début du siècle des sous-marins privés et s’est récemment associée avec le légendaire producteur de voitures Aston Martin afin de concevoir un design exclusif. Ceux qui souhaitent savoir ce que l’on ressent 500 mètres sous la surface, confortablement assis dans un siège en cuir, peuvent pour un peu moins de 4,5 millions d’euros s’offrir un sous-marin Project Neptune chez Triton. La firme californienne Seamagine propose aussi depuis le début des années 1990 des sous-marins privés pour les riches happy few.

«Tout comme Triton, nous considérons le marché des riches propriétaires de yachts comme incontournable», réagit Roy Heijdra. «Mais nous voyons plus large. L’industrie de la croisière devient de plus en plus importante pour nous. Je ne parle pas de ces immenses paquebots où des milliers de gens se bousculent au buffet du soir, mais plutôt à des petits navires d’expédition vers le Groenland ou l’Antarctique avec un maximum de 200 personnes à bord. Il s’agit d’une autre approche. Le matin, vous assistez à une conférence sur – disons – les pingouins et l’après-midi vous pouvez aller voir comment ils se comportent sous l’eau à bord d’un de nos sous-marins.»

Refroidisseur à champagne

Parallèlement, U-Boat Worx essaie de réduire le poids de ses sous-marins pour pouvoir cibler un marché plus large. «Il y a deux ans, notre petit modèle pesait encore 3.800 kilos», explique le marketing manager. «Dans ce cas, il faut posséder un immense yacht pour pouvoir le transporter. Notre dernier modèle, le Nemo, pèse 2.500 kilos, et en termes de dimensions, il est comparable à deux grands jet-skis placés côte à côte et peut facilement trouver place à bord d’un yacht de 25 à 30 mètres de long, beaucoup plus courant.»

«Chaque sous-marin livré s’accompagne d’une formation spécifique et doit avoir un pilote certifié à bord.»
Roy Heijdra
Marketing manager U-Boat Worx

Au niveau du prix également, le Nemo est un peu moins cher que les autres sous-marins produits jusqu’ici par U-Boat Worx. Même s’il faut bien entendu relativiser. «Notre modèle de base est disponible à partir d’un peu moins de 1 million d’euros», indique Heijdra. «Mais c’est sans les options telles qu’un bras de préhension, un sonar ou des lampes supplémentaires. Nous pouvons même installer un refroidisseur à champagne. Ceux qui réservent une expédition auprès de sociétés comme Scenic, Seabourn, Viking ou Crystal pourront bientôt plonger, une coupe de champagne à la main, dans un de nos sous-marins.»

U-boat Worx souhaite faire de Nemo son premier modèle produit en série. «Jusqu’à présent, nous construisions tous nos sous-marins sur commande», explique Roy Heijdra. «Mais avec un produit de série comme Nemo, nous pouvons acheter les matériaux en plus grande quantité et bénéficier d’une base plus stable pour nous développer.»

Jusqu’ici, la pandémie de coronavirus n’a pas eu de conséquences importantes sur la vente de superyachts. Au contraire. Si l’on en croit les courtiers, lorsque les pouvoirs publics locaux ont commencé à assouplir les restrictions de voyages l’été dernier, la vente de nouveaux yachts a explosé.

Même son de cloche chez U-Boat Worx: «Notre carnet de commandes continue à se remplir», assure Roy Heijdra. «Le principal défi se situera probablement au niveau des restrictions de voyage. Nous devons également réaliser l’entretien annuel des sous-marins et donc nous rendre un peu partout dans le monde. C’est difficile dans la situation actuelle. Nous aimerions bien entendu pouvoir montrer nos sous-marins au reste du monde. Mais tous les grands salons nautiques, comme le Monaco Yacht Show, ont été annulés à cause de la pandémie. Nous devons donc trouver d’autres moyens pour toucher nos clients potentiels. Via la réalité virtuelle par exemple. Mais nous sommes conscients que cette expérience est très éloignée de la réalité.»

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