Plongée dans les portefeuilles des grandes fortunes

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Une part importante investie en actions, complétée par du Private Equity et des obligations privées. C’est à peu près le profil des portefeuilles des grands patrimoines. Bien qu’ils soient dans l’air du temps, les investissements durables ne semblent pas encore avoir convaincu tout le monde.

Quand elles parlent de Private Banking, la plupart des institutions financières se réfèrent aux services offerts aux clients disposant d’un patrimoine mobilier de plus de 500.000 euros. Dans certains cas, 250.000 euros suffisent pour bénéficier de ces services. Le département Wealth est par contre réservé au segment supérieur, le plus souvent à partir de 5 millions d’euros. Quelques institutions spécialisées se concentrent même sur les HNWI (High Net Worth Individuals) disposant d’un patrimoine d’au moins 25 millions d’euros.

Certaines banques, comme KBC, disposent d’un département Wealth spécifique, d’autres, comme ING, fournissent ces services dans le cadre de leur Banque Privée. Ce qu’elles ont en commun, c’est le travail sur mesure. Le plan d’investissement proposé doit être conforme aux besoins et au patrimoine du client. Nous avons identifié certaines tendances en la matière.

Les actions en tête

"Les investissements cotés classiques, c’est-à-dire les actions, représentent encore le gros des portefeuilles", explique-t-on chez KBC Wealth. "Nous avons un faible pour les entreprises ou les holdings de bonne qualité qui distribuent de généreux dividendes", explique pour sa part Vanessa Dufour, directrice de Belfius Wealth Management.

Durable ou pas?

Qu’en est-il des souhaits des clients d’investir davantage dans le durable, conformément à la tendance? "C’est important pour certaines familles, oui. La famille Colruyt en est un bel exemple. Mais pour la majorité de mes clients, seul compte le rendement au 31 décembre", explique un wealth manager. "Malgré le fait que les rendements des investissements durables soient comparables, voire supérieurs aux instruments classiques, tout le monde n’est pas encore convaincu", reconnaît-on chez ING. "Nous ne constatons pas de plus forte demande pour des produits d’investissement durables qu’il y a cinq ans", conclut un autre wealth manager.

Un wealth manager qui a préféré rester anonyme renchérit: "Nous n’investissons pas dans les biotechnologies, par exemple, parce qu’elles sont trop volatiles. Parfois, un client nous appelle parce qu’il est passé à côté d’un beau rendement avec Galapagos ou Argenx. Dans ce cas, je lui rappelle son profil de risque."

Immobilier coté

Ces dernières années, l’immobilier est devenu très populaire dans les portefeuilles Wealth. Les sociétés immobilières réglementées (SIR) belges ont le vent en poupe. "Nous investissons dans des SIR de manière très diversifiée. Les SIR offrent encore un beau rendement et nous savons qu’elles sont gérées par des équipes spécialisées qui se concentrent sur un segment spécifique du marché. De plus, elles gèrent leur portefeuille de manière active."

L’immobilier physique ne fait généralement pas partie des portefeuilles Wealth. "Certains de nos clients investissent directement dans l’immobilier. Nous pouvons les conseiller via notre filiale Belfius Immo", explique Vanessa Dufour.

Private Equity

Plus un client est fortuné, plus il cherche des investissements de type Private Equity (PE). "Nous avons parmi nos clients beaucoup d’entrepreneurs et de CEO, très intéressés par le PE. Ils souhaitent être impliqués dans le développement d’une entreprise et sont prêts à partager leurs compétences. En 2020, nous lancerons une offre de Private Equity", poursuit Vanessa Dufour.

L’offre de fonds de PE, tant belges qu’internationaux, ne cesse d’ailleurs de s’étoffer. Il faut dire que le rendement est au rendez-vous ces dernières années. "Le Private Equity est un large dénominateur où on peut trouver des rachats traditionnels, des investissements de la première heure dans la technologie et des fonds spécifiques qui se focalisent sur des secteurs comme l’agriculture ou les soins de santé", explique-t-on chez Quaestor Vermogensbeheer.

ING Private Banking, pour sa part, est très peu active dans le Private Equity. "Nos clients nous en font parfois la demande. Il arrive que nous établissions des contacts entre des acteurs de PE et nos clients, sans pour autant les conseiller."

Emprunts privés

Les obligations de pays européens solides ou de grandes entreprises ne rapportent quasiment plus rien. Par contre, les crédits aux PME offrent encore des intérêts et connaissent un succès croissant. "Vous devez cependant savoir dans quoi vous vous embarquez. Il faut notamment étudier minutieusement le bilan de ces entreprises. Mais les clients apprécient le rendement supplémentaire et le fait que nous nous coupions en quatre pour eux", explique un wealth manager.

"Nous proposons des fonds de type emprunts mezzanine. Il s’agit de prêts subordonnés qui sont essentiellement accordés à des PME plus matures. En plus de leurs crédits bancaires traditionnels et de leurs fonds propres, elles souhaitent financer une partie de leurs projets avec des emprunts subordonnés. Le fonds permet de diversifier les crédits", explique-t-on chez Quaestor Vermogensbeheer.

"Nous optons pour les obligations peu ou pas risquées. Nous ne sommes pas actifs en dette privée."
ING Private Banking

Certains acteurs se montrent cependant très prudents en matière de prêts privés. "Nous estimons que les obligations classiques valent encore la peine, même si elles sont très chères. Les obligations continuent à apporter une certaine stabilité aux portefeuilles. Vous devez veiller à ce que le portefeuille obligataire ne commence pas à ressembler au portefeuille d’actions, par exemple à cause d’un risque de crédit trop élevé. C’est pourquoi nous sommes prudents envers les obligations privées", explique-t-on chez KBC Wealth. ING Private Banking ne dit pas autre chose: "Nous optons pour les obligations peu ou pas risquées. Nous ne sommes pas actifs en dette privée."

Trackers à court terme

Le succès mondial des trackers se reflète également dans les portefeuilles des richissimes Belges. "Nous ne sommes pas de très grands fans de trackers, mais il faut reconnaître qu’ils poussent vers le haut la barre des fonds gérés activement", explique un wealth manager. "Nous combinons les avantages de la gestion passive avec l’expertise de nos équipes d’analystes spécialisées dans les small et mid caps européennes et dans les entreprises familiales", peut-on entendre chez KBC Wealth.

"À cause des trackers, les clients ne connaissent plus leur portefeuille."
Un wealth manager expérimenté

"Je trouve les trackers particulièrement intéressants comme solution à court terme. Par exemple, pour investir du cash de manière tactique, explique un wealth manager expérimenté. Mais je n’y crois pas pour le long terme. À cause des trackers, les clients ne connaissent plus leur portefeuille. J’ai eu un jour un client dont le portefeuille, composé par son ancien banquier, était rempli de trackers. Il n’avait aucune idée de ce en quoi il était investi. J’ai remplacé cette partie du portefeuille par des actions. Aujourd’hui, il a renoué avec ses investissements et il s’informe dans les journaux sur les actions qu’il détient en portefeuille."

De plus, le wealth manager estime qu’il n’offre plus aucune valeur ajoutée si ses clients investissent dans des trackers. "Quelle est mon utilité si je conseille un tracker S&P 500? Dans ce cas, mon client a tout intérêt à passer son ordre via un courtier en ligne. Il n’aura pas à me payer de frais de gestion."

Le gagnant d’EuroMillions

Les clients wealth ne sont pas tous de riches familles, des entrepreneurs en série ou des CEO. "Ceux qui gagnent 10 millions d’euros avec un billet EuroMillions se verront conseiller par la Loterie Nationale de s’adresser à quelqu’un comme moi", explique un wealth manager d’un groupe luxembourgeois qui a préféré rester anonyme.

Selon la lettre de la loi, l’issue de cette rencontre est connue d’avance. "Dans la plupart des cas, la personne n’aura aucune connaissance ni expérience en matière d’investissements. C’est la conséquence logique du manque d’éducation financière dans l’enseignement. Dans ce cas, la directive MiFID II prévoit que je ne peux conseiller à cette personne que des obligations bénéficiant du rating le plus élevé. Je devrai donc lui expliquer que son rendement maximum sera de zéro, mais qu’il est conforme à son profil de risque et à la situation actuelle des marchés financiers. Il ou elle devra même se réjouir que son rendement ne soit pas négatif."

Mais dans la pratique, les choses ne se passent généralement pas ainsi. Les wealth managers trouvent des solutions, sachant qu’ils franchissent parfois certaines limites. Le wealth manager qui affiche 20 années d’expérience se plaint: "C’est vrai qu’auparavant il n’y avait pas suffisamment de garde-fous et que cette situation est à l’origine de la crise de 2008. Mais aujourd’hui, nous sommes dans l’excès inverse. Nous surcompensons. On ne me demande pourtant pas d’y connaître quelque chose en médecine avant d’aller voir mon médecin? J’ai confiance en sa formation et dans le fait qu’il est correctement contrôlé. Notre fonction devrait évoluer dans ce sens. En d’autres termes, avec plus de règles qu’auparavant, mais moins qu’aujourd’hui."


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