Urbain Vandeurzen: "On peut nous qualifier de capital patient"

Urbain Vandeurzen a consacré pas mal de temps et d’argent à la restauration du château de Linden. ©Siska Vandecasteele

Fin 2012, Urbain Vandeurzen a vendu sa société technologique LMS à Siemens. Pour cet ingénieur, ce fut le début d’une nouvelle carrière, à savoir la gestion active des centaines de millions d’euros qu’il venait de percevoir.

Entrepreneur à succès hier et investisseur fortuné aujourd’hui, Urbain Vandeurzen n’en exprime pas moins une pointe de regret: que la vente d’une entreprise à un grand acteur étranger soit souvent considérée comme la perte d’un joyau local. Ce n’est pas toujours le cas selon lui. "Nous avons créé des emplois et de la valeur pendant 35 ans, et nous avons vendu l’entreprise au bon moment d’un point de vue stratégique. Nous ne l’avons pas non plus vendue au premier venu. La R&D reste ancrée en Belgique et la taille de l’entreprise a même doublé. Dans ce cas, la vente de l’entreprise permet d’accélérer sa réussite."

500
millions
Le patrimoine d’Urbain Vandeurzen est estimé à un demi-milliard d’euros.

La vente à Siemens en 2012 de sa société LMS, leader dans les logiciels de tests pour les secteurs automobile et aéronautique, pour 680 millions d’euros a propulsé Urbain Vandeurzen en haut du classement des Belges les plus fortunés. "Au début, vous êtes littéralement assailli de propositions", nous raconte-t-il lorsque nous le rencontrons dans son bureau situé dans le magnifique château de Linden, entièrement rénové. "Les banquiers, les gestionnaires de patrimoine: tous défilent parce qu’ils savent que vous souhaitez faire quelque chose de cet argent. Cela m’a permis d’apprendre énormément. C’est donc positif, car je veux toujours être parfaitement informé avant de prendre une décision."

À 62 ans, ce capitaine d’industrie et ex-président du Voka et de la GIMV était face à un choix: comment gérer l’énorme patrimoine qu’il s’était constitué et aujourd’hui estimé à près d’un demi-milliard d’euros? Urbain Vandeurzen a très vite su qu’il ne souhaitait pas vivre de ses rentes mais investir son argent activement, en bon entrepreneur. Et en respectant une philosophie claire: il souhaitait planter des graines en espérant voir naître plusieurs petites "LMS": "J’avais fait carrière dans la technologie et les sociétés en croissance. C’est mon métier et je souhaitais reproduire cette expérience. De préférence de manière offensive. Il y a beaucoup de potentiel, mais ce n’est certes pas sans risque."

Recherche médicale

C’est ainsi qu’Urbain Vandeurzen a créé VMF-Invest, un "family office" dans lequel sa femme et ses deux enfants sont impliqués. C’est le holding faîtier d’une série d’investissements, dont Smile est le poids lourd. Il s’agit d’un fonds de 350 millions d’euros, un des plus grands de ce type au Benelux, centré sur les entreprises en croissance actives dans le domaine technologique et les soins de santé.

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L’homme s’est entouré à cet effet d’une quarantaine de partenaires investisseurs. Jusqu’à présent, Smile a repris trois entreprises dans le domaine des technologies médicales, dont le leader néerlandais du marché des brosses pour frottis. "C’est un maillon important dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, explique Urbain Vandeurzen. C’est un investissement qui a du sens."

En plus de Smile, VMF est le principal partenaire privé de Fund+, le fonds du fondateur de Thrombogenics, Désiré Collen. Ils ont investi ensemble dans Droia, le fonds de lutte contre le cancer, de l’entrepreneur en construction Luc Verelst. Ensemble, ils détiennent un portefeuille comprenant une vingtaine d’entreprises en croissance, complété par des participations stratégiques dans des sociétés cotées. Les gains rapides ne font pas partie de la philosophie d’Urbain Vandeurzen. "Nous visons le long terme. On peut nous qualifier de capital patient".

"D’un point de vue médical et sociétal, les maladies d’Alzheimer et de Parkinson sont les principaux défis des prochaines décennies."
Urbain Vandeurzen
Entrepreneur

Parmi les principaux critères appliqués par Urbain Vandeurzen lors de la sélection d’entreprises, on peut citer un potentiel de croissance au niveau européen, voire mondial, une équipe de management performante, un modèle de rentabilité et – peut-être moins mesurable en chiffres – un impact sociétal. "Mon parcours est industriel et digital. Mais une part importante des technologies développées dans ces secteurs peut être appliquée au domaine médical. Je suis convaincu qu’à l’intersection entre l’ingénierie et la médecine de pointe, il est possible de résoudre d’importants problèmes sociétaux et de développer de très belles entreprises."

C’est aussi ce qui explique son engagement dans la recherche scientifique relative aux maladies neurodégénératives, comme les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. C’est une forme de mécénat à laquelle Urbain Vandeurzen tient beaucoup. "D’un point de vue médical et sociétal, ces maladies sont les principaux défis qui nous attendent au cours des prochaines décennies. L’OMS estime que leur impact sera plus important que celui du cancer et des maladies cardiovasculaires réunis. La maladie d’Alzheimer est un processus de dégénérescence qui dure de sept à huit ans. En Flandre, on compte aujourd’hui 130.000 cas diagnostiqués, sans parler de l’impact sur les familles. Ce chiffre ne fera qu’augmenter avec le vieillissement de la population. Dans dix ans, nous aurons 200.000 patients. À l’échelle mondiale, nous passerons de 50 millions à 130 millions de cas."

Bill et Melinda Gates

"Heureusement, nous avons ici à Louvain plusieurs chercheurs de renom, comme Bart De Strooper, Peter Carmeliet et Patrik Verstreken, ainsi que des cliniciens comme Mathieu Vandenbulcke et Rik Vandenberghe, poursuit Urbain Vandeurzen. En Flandre, nous avons formé une sorte de communauté de familles d’entrepreneurs qui s’intéressent à cette problématique et qui montrent que les entrepreneurs peuvent rendre quelque chose à la société. C’est très gratifiant. Nous essayons également de convaincre les grands investisseurs internationaux. La Fondation Bill et Melinda Gates considère également la maladie d’Alzheimer comme un défi sociétal majeur et a déclaré souhaiter libérer des fonds supplémentaires pour cette maladie. Je trouve particulièrement important que les familles d’entrepreneurs s’impliquent. Le véritable mécénat ne se limite pas à quelques actions ponctuelles. Il doit faire partie de votre culture."

Urbain Vandeurzen: "C’est très gratifiant de rendre quelque chose à la société." ©Siska Vandecasteele

À l’inverse, Urbain Vandeurzen ne s’intéresse pas aux investissements plus "frivoles", de type club de foot. Il sait s’amuser… mais d’une autre manière. C’est à l’arrière du château restauré qu’on découvre la véritable passion de l’homme: les vignes de VMF Wineries, qui en sont à leur deuxième année, et à côté, le restaurant et bar à vins De Victorie. "Cela s’est plutôt fait par hasard. Les flancs sud du domaine semblaient idéaux et la qualité du sol est excellente. Nous avons créé une jointventure avec une famille d’entrepreneurs français pour créer le champagne Carbon. Il s’agit du champagne que les pilotes de Formule 1 boivent sur le podium. Je considère ce projet comme un mélange entre hobby et business."

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