Vous voulez vous offrir un super-yacht? Rendez-vous à Monaco!

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C’est l’équivalent du plus prestigieux salon automobile au monde, mais pour des yachts de plus de 30 mètres. C’est ainsi que l’on peut décrire le Monaco Yacht Show, qui a lieu chaque année sur le célèbre rocher. La nouvelle tendance pour cette année? Un navire d’assistance de 40 m pour accompagner votre yacht, équipé d’une plate-forme d’hélicoptère et d’un caisson de recompression.

Fin septembre, ceux qui flânaient à l’aube le long des quais du vieux port de Monaco ont dû se demander à quoi servaient tous ces casiers vides installés au bord de l’eau. Lorsque les portes du Monaco Yacht Club s’ouvrent au public à 11 heures, cela devient évident: pour visiter un des 125 yachts qui resteront amarrés ici pendant quatre jours, il faut enlever ses chaussures et les ranger soigneusement sur une de ces étagères.

C’est donc en chaussettes que nous escaladons la passerelle du Mimtee, un super-yacht italien de 79 mètres de long, livré le mois dernier par CRN, une filiale du groupe Ferretti, un des plus grands constructeurs de yachts de luxe en Italie. L’intérieur, signé par la célèbre designer Laura Sessa Romboli, se compose de chêne blanc avec différentes nuances de bleus. Selon le fabricant, les passagers devraient se sentir comme "dans un chalet en mer".

Un ascenseur, une piscine et un hélipont

Avec ses quatre étages (aucune inquiétude à avoir, le navire est équipé d’un ascenseur), cinq cabines VIP, une suite pour le propriétaire et cinq cabines pour l’équipage, le bateau ressemble en tout cas à un chalet cossu. Les murs sont habillés de soie, les sols sont en marbre, on trouve partout d’immenses écrans de télévision et le pont supérieur accueille une piscine et un espace de fitness équipés de grandes portes métalliques pouvant être fermées en cas de tempête.

Le yacht fait 15 mètres de large, peut accueillir 29 membres d’équipage, dispose d’un hélipont et d’une grande soute remplie de jet-skis et de deux grands canots.

Dans la monumentale cabine réservée au propriétaire et située à l’avant du pont supérieur, on trouve les fragments de la bouteille ayant servi à baptiser le navire: pas une grande marque de champagne, mais de l’eau bénite, bénie par le pape "himself". Les sept grandes fenêtres de la cabine offrent une vue imprenable sur le port de Monaco, où s’alignent de nombreux bateaux rivalisant de raffinement et de luxe.

Le Mimtee appartient à un Européen dont le nom n’a pas été divulgué, et qui a probablement bénéficié d’une réduction de prix pour avoir accepté d’exposer son yacht pendant une semaine, avant le départ du bateau et de son équipage pour les Caraïbes, où il passera l’hiver. Le prix du yacht n’est pas connu, mais si l’on en croit Boat International, le Sunrays, le Secret et le Solo, des yachts d’une longueur comparable, se vendent à Monaco pour respectivement 129, 119 et 71,5 millions d’euros.

Pour un yacht de moins de 45 mètres, il faut compter 1 million d’euros par mètre.
William Mathieson
The Super yacht Intelligence Agency

Des acheteurs discrets

Pour CRN, la présentation du Mimtee est une façon de permettre aux clients potentiels de découvrir toutes les possibilités de ce type de yacht. Pendant les quatre jours du Monaco Yacht Show, parmi tous ceux qui se déchausseront, comme nous, pour visiter le bateau, une dizaine seront des acheteurs potentiels.

Les autres visiteurs sont surtout des courtiers, des fournisseurs, des journalistes et des designers, et les visites se font sur rendez-vous. Les visiteurs ordinaires n’ont généralement pas accès aux navires, même s’ils ont déboursé 300 euros pour un billet d’entrée pour la journée. "C’est le plus grand événement de ce genre au monde, explique William Mathieson du bureau-conseil The Super yacht Intelligence Agency. Nulle part ailleurs, un acheteur ou un courtier ne peut comparer autant de grands et luxueux yachts en si peu de temps et disposer ainsi de tous les éléments pour arrêter son choix."

Les acheteurs qui visitent le salon sont très discrets, explique William Mathieson. "La plupart du temps, il s’agit de milliardaires d’un certain âge qui ne sont pas nécessairement connus du grand public. On voit peu d’acteurs ou de stars du sport."

 Selon The Super yacht Intelligence Agency, on dénombre dans le monde quelque 5.500 super-yachts, c’est-à-dire des bateaux de plus de 30 mètres de long. Chaque année, 150 nouvelles unités sortent des chantiers navals. Quant au prix, il faut habituellement compter 1 million d’euros par mètre, même si cette estimation ne peut s’appliquer à tous les bateaux. William Mathieson: "En dessous de 45 mètres, c’est peut-être un peu moins cher. Au-dessus, il faut compter un peu plus."

On dénombre dans le monde quelque 5.500 super-yachts, c’est-à-dire des bateaux de plus de 30 mètres de long. ©Bloomberg


Près de 600 exposants

Du haut du rocher, où se situe le palais de la famille princière monégasque, on peut découvrir le port, rempli de super-yachts. Le nombre d’exposants avoisine les 600. Le salon comprend également un village de tentes où de nombreuses entreprises présentent leurs services. On y trouve des spécialistes en sièges de cockpits, nettoyeuses, radars, amarres, stabilisateurs, isolation phonique, volets, cuisines, chauffage et robinets en or. Les offices de tourisme de Tahiti et des Bahamas y ont un stand également, ainsi que les bureaux d’enregistrement de Malte et des Îles Caïman.

2,5
millions d’euros
Un submersible pour yacht revient facilement à 2,5 millions d’euros.

Les accessoires et équipements sont, il est vrai, presqu’aussi importants que le bateau lui-même. Nous nous rendons au stand d’Aqua Marine Toys Center en nous présentant comme des acheteurs potentiels, mais nous sommes gentiment renvoyés vers un catalogue presque aussi épais que celui d’Ikea. Nous avons notamment le choix entre un seabob (une sorte de minijet-ski auquel on peut s’accrocher en nageant) pour 10.780 euros, un wakeboard motorisé fonctionnant sur batteries (20.400 euros), une plate-forme de natation flottante en teck (5.995 euros pour 8 m2), un jet-ski (15.999 euros), un flyboard (engin à sustentation hydropropulsée, 3.590 euros), un petit bateau pneumatique à moteur pour les enfants (6.500 euros), un voilier pliable (8.982 euros), une planche de monoski (749 euros), un escalier électrique (1.210 euros) ou un hors-bord semi-ouvert de 17 mètres en carbone et époxy (1.190.000 euros).

Et ce n’est pas tout! Dans le stand voisin, on peut acheter un vélo "Red Shark", une planche de surf sur laquelle est monté un cadre de vélo de course. Il suffit de pédaler pour faire avancer la planche. Un peu plus loin, un vendeur vante les qualités d’un drone sous-marin, qui ressemble à un croisement entre un submersible et une caméra sous-marine. Le drone peut être piloté à distance pour prendre des clichés sous différents angles. Il est également possible de le piloter à partir de la surface pour lui faire prendre des images sous-marines.

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Comme le commandant Cousteau

Pour être à la mode, vous devez aujourd’hui disposer à bord d’un véritable sous-marin. Un des points d’orgue du Yacht Show est le stand d’U-Boat Worx, où est amarré un de ces mini-submersibles. Je peux même y entrer, m’installer sur un des trois sièges à l’avant et observer à travers l’immense coupole de verre les poissons qui viennent nager dans le port.

"Le hublot résiste à une pression de 31 bars, ce qui signifie que nous pouvons plonger jusqu’à 300 mètres de profondeur", explique Roy Heijdra, d’U-Boat Worx. Cette entreprise de Breda produit dix sous-marins par an. "Les capitaines des super-yachts sont sans cesse à la recherche de nouvelles idées pour surprendre les propriétaires. Ils viennent alors chez nous. Nous en livrons également de plus en plus à des croisiéristes qui souhaitent offrir un petit plus à leurs clients." Le modèle d’entrée, le C-Researcher, peut être facilement stocké dans la soute d’un super-yacht. Pour 2,5 millions d’euros, vous pouvez vous transformer en commandant Cousteau.

Nous avons aussi des clients qui commandent un yacht sans l’avoir vu, ce que je ne ferais personnellement jamais. D’autres sont plus exigeants. C’est notamment le cas d’entrepreneurs eux-mêmes spécialistes dans certaines technologies.
Kommer Damen
Patron de Damen

Des achats parfois à l'aveugle

Avec leurs chantiers navals de luxe, comme Feadship, Royal Huisman et Amels Damen, nos voisins du nord sont bien représentés au Monaco Yacht Show. Chez Damen, le propriétaire Kommer Damen est présent sur le stand. Il possède 36 chantiers navals pour un chiffre d’affaires annuel de 2 milliards d’euros et emploie 12.000 personnes. Les yachts de luxe Amels n’en représentent qu’une petite partie. Damen a acheté ce chantier en 1992. La majeure partie de ses activités porte sur des navires commerciaux, comme des ferries et des remorqueurs.

Pendant qu’il nous offre une gaufrette chaude, une spécialité hollandaise, Kommer Damen nous explique pourquoi il a fait le déplacement à Monaco. "De nombreux clients potentiels viennent ici parce qu’ils peuvent découvrir différents bateaux en même temps. Et j’aime bien les rencontrer personnellement, raconte Kommer Damen. Nous avons aussi des clients qui commandent un yacht sans l’avoir vu, ce que je ne ferais personnellement jamais. D’autres sont plus exigeants. C’est notamment le cas d’entrepreneurs eux-mêmes spécialistes dans certaines technologies. Ils surveillent tout de près, en particulier lorsque le bateau est un voilier."

Le Monaco Yacht Show, ce sont 125 super-yachts qui peuvent être visités pendant quatre jours. ©Bloomberg


Des brise-glace de luxe, une nouvelle tendance

Kommer Damen travaille depuis longtemps dans ce secteur et a vu émerger de nouvelles tendances. Par exemple le fait que les clients vont de plus en plus loin. "Les ports en Mer Méditerranée sont complets. C’est pourquoi nos clients cherchent aujourd’hui des destinations de plus en plus exotiques. Pour citer un exemple, j’étais récemment à Myanmar, un pays magnifique avec de nombreuses îles vierges. Auparavant, ces pays étaient très bureaucratiques, mais ils ont compris que ces super-yachts constituaient un nouveau business, et aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de naviguer dans leurs eaux."

Le bateau est équipé à l’avant d’un pont spécial permettant d’observer les ours polaires, mais pour cela, il faut pouvoir naviguer contre le vent.

Amels Damen mise beaucoup sur cette tendance en construisant notamment des brise-glace de luxe. Sur le stand, on peut découvrir la maquette du SeaXplorer, un yacht de 75 mètres de long qui a été livré à l’automne de cette année au propriétaire d’une entreprise qui propose des voyages de luxe d’héliski au Canada, en Alaska, au Groënland et en Antarctique. Les deux hélicoptères amarrés sur le pont arrière peuvent être parqués dans le garage du pont inférieur à l’aide d’une plate-forme hydraulique, pour être entretenus, mais aussi protégés en cas de froid intense.

Le navire dispose de capacités de stockage supplémentaires pour la nourriture, le carburant et les déchets afin de pouvoir naviguer pendant 40 jours en toute autonomie, ce qui est suffisant pour traverser les routes de glace au nord du Canada ou de la Russie. Ici, rien n’est laissé au hasard. Par exemple, le bateau est équipé à l’avant d’un pont spécial permettant d’observer les ours polaires, mais pour cela, il faut pouvoir naviguer contre le vent. Les autres lieux d’observation offrent également une vue à 360°, ce qui évite de devoir sortir pour observer les baleines, les orques ou les phoques.

Tour du monde des îles infernales

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Un deuxième bateau pour l'équipage et les stocks

"Le marché des très grands yachts reste néanmoins limité et je ne pense pas qu’il se développera énormément, explique Kommer Damen. Les super-riches qui peuvent se permettre d’acheter ces bateaux se demandent de plus en plus ce qu’ils feront d’un yacht aussi grand, car ils ne pourront pas s’amarrer dans les plus petits ports. Nous avons bien entendu des clients, par exemple d’Arabie saoudite, dont l’entourage est très nombreux et qui ont besoin d’un très grand bateau, mais pour la plupart des riches particuliers, il est plus agréable d’avoir un plus petit bateau – disons de 50 à 60 mètres de long – avec un deuxième bateau technique où ils peuvent stocker tous leurs équipements."

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Ces grands bateaux d’assistance ont le vent en poupe. Les propriétaires préfèrent en effet loger l’équipage et stocker le matériel technique, par exemple les lave-linge, sur un bateau séparé qui navigue à proximité, et réserver le luxe et l’espace au bateau mère.

Le terme "bateau de ravitaillement" peut cependant sembler modeste si l’on sait que certains d’entre eux mesurent 70 mètres de long. Iñi Oliver, un designer espagnol de décoration intérieure marine, raconte comment il vient de créer un de ces bateaux techniques pour un des plus grands yachts au monde. Prix du projet: 2,5 millions d’euros. En plus d’une cuisine et des cabines pour l’équipage, ce bateau est notamment équipé d’un caisson de recompression en cas d’accident de plongée et d’un garage pouvant accueillir un speed boat capable d’atteindre la vitesse de 100 km/h, un bateau taxi de 17 mètres de long, plusieurs quads pour rouler sur la plage et bien entendu un submersible.

Iñi Oliver cite un exemple concret de l’utilité d’un tel bateau: "Imaginez que votre yacht soit amarré à Ibiza et que vos invités souhaitent passer quelques heures sur la plage de Formentera, à quelques kilomètres de là. Dans ce cas, vous envoyez le bateau technique le matin pour installer les jet-skis et une plate-forme de natation. Après le petit-déjeuner, l’hélicoptère emmène vos invités à Formentera. Vous gagnez ainsi beaucoup de temps." Et les hélicoptères atterrissent sur la plage? "Non, répond Iñi Oliver avec un sourire entendu, sur l’hélipont du bateau technique, naturellement!"


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