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Faire croître son entreprise, "c’est un marathon"

La société montoise Ecosteryl est sélectionnée, en tant que fournisseur clé, par des organisations mondiales telles que les Nations unies, l'OMS, la Banque mondiale.

L’Echo a sondé quelques CEO de PME et d’entreprises en croissance rapide. L’endurance et la passion, ils les ont. Ne leur manque qu'un écosystème digne de ce nom en Belgique francophone.

Elles ne sont ni jeunes pousses ou émanations d’université, ni grandes entreprises établies de longue date sur le territoire belge. Les entreprises à forte croissance, les scale-ups dans le jargon anglophone, sont comme des adolescentes : trop matures pour encore s’enorgueillir de leurs innovations, mais aussi trop fragiles pour stabiliser leur assise.

Pourtant, rien, ou si peu, n’est prévu pour les accompagner, singulièrement en Belgique francophone. Avec ce corolaire: lâchées dans la nature, elles échappent au radar, tombant rapidement dans un creuset où la loi de la jungle prime et où aides, reconnaissances, stimuli doivent s’arracher à la force du poignet, parfois sans succès.

Or, ces entreprises en croissance tiennent entre leurs mains l’avenir économique de la Belgique francophone, où plus de 90% du tissu entrepreneurial est constitué de PME. Des PME qui, si elles ne peuvent croître, n’ont d’autres choix que se vendre. Avec le risque pour nous de perdre le contrôle de l’emploi et de la connaissance.

Benoît Deper, CEO d'Aerospacelab ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Si notre écosystème a raison de stimuler l’esprit d’entreprendre, et donc l’émergence de jeunes pousses, il aurait tout intérêt à accompagner également cette phase adolescente de nos entreprises. Mais pour pouvoir le faire, encore faut-il comprendre les accomplissements, les problèmes, les rêves de cet âge difficile. C’est ce que L’Echo a tenu à faire en interrogeant quelques-uns des acteurs qui parviennent à tenir le cap. En voici quelques échos, l’écume de leur vie au quotidien.

"Les entreprises du CAC40 n’ont pas peur de travailler avec des entreprises comme nous, des scale-ups. En comparaison avec nos activités en France, notre chiffre d’affaires en Belgique est ridicule."
Quentin Colmant
CEO de la fintech Qover

L'écosystème en rade

Ce qui apparaît dans notre coup de sonde, c’est qu’il manque cruellement, en Belgique francophone, cette culture de la croissance. Au fond, nous dit Denis Dufrane, patron de la biotech Novadip, "c'est une culture belge de croire qu'on ne peut pas développer une activité à large échelle: si on peut en faire une plus-value rapidement, on prend sa marge et on s'en va. La culture est un élément très important, pas seulement au niveau micro, c'est-à-dire au niveau de l'entreprise, mais aussi au niveau macro, au niveau régional et du pays."

Amélie Matton, CEO d'Ecosteryl ©AMB

Fabrice Brion, du haut de son entreprise I-Care, développe ce propos: "Nous, en tout cas, on est toujours freiné par l’ensemble de l'écosystème wallon. Je ne parle donc pas de l'administration publique, je parle de tous les niveaux, de tout ce qui est nécessaire pour entourer un leader mondial. Que ce soit dans la levée de fonds, la consultance, les secrétariats sociaux, l’audit, même les services wallons des grands groupes internationaux ne sont pas au niveau des services flamands."

Quentin Colmant, CEO de Qover.

Quentin Colmant, de la fintech Qover, parle la même langue. "En France, ils ont créé un écosystème technologique pour pousser à la naissance de licornes. Ils y sont arrivés et ils ont surtout créé un engouement. Cela a comme effet que les entreprises du CAC40 (les 40 plus grosses capitalisations boursières en France, NDLR) n’ont pas peur de travailler avec des entreprises comme nous, des scale-ups. En comparaison avec nos activités en France, notre chiffre d’affaires en Belgique est ridicule."

La croissance à l'étranger

N’en rajoutez plus! Le climat entrepreneurial est-il si pitoyable chez nous? Non. Mais tout dépend, une nouvelle fois, de la taille. "Il est relativement facile de lever des fonds dans les phases de démarrage, témoigne Claire Munck, elle qui gère justement le réseau d’investisseurs BeAngels. Pour les grosses levées de fonds, les acteurs se font plus rares, forçant les entrepreneurs à aller chercher de l'argent ailleurs."

"Le plus important, c'est de connaître les rouages, savoir à qui demander, savoir se présenter face à un investisseur ou des banques. C'est la connaissance des outils qui est nécessaire pour obtenir le bon support."
Amélie Matton
CEO d’Ecosteryl

Notre espace de croissance est-il trop étriqué, apanage des petits pays? Sommes-nous condamnés à nous faire manger pas de plus gros acteurs internationaux? Pas spécialement. 

Denis Dufrane, CEO de Novadip ©Tim Dirven

"De façon plus générale, pose Benoît Deper, patron d’Aerospacelab, pionnier belge du New Space en Europe, il est impossible de construire une boîte à hypercroissance juste avec le marché belge. Sortir de Belgique, cela veut dire des clients à l’étranger, mais aussi des investisseurs étrangers. Ce qui amène la question de la politique industrielle régionale et le risque de délocalisation en cas d’investissement massif d’un fonds étranger dans une pépite locale. Et c’est là que les invests publics jouent bien leur rôle pour l’instant. Ils co-investissent avec des investisseurs privés professionnels qui connaissent le marché, mais calment leurs ardeurs capitalistiques. Ils ont le rôle de maintenir un certain protectionnisme dans la boîte."

La connaissance des outils

Quelques anges gardiens veillent donc bien sur nos entreprises en croissance. Et les outils existent. "Le plus important, estime Amélie Matton, CEO d’Ecosteryl qui traite et recycle les déchets médicaux, c'est de connaître les rouages, savoir à qui demander, savoir se présenter face à un investisseur ou des banques. C'est la connaissance des outils qui est nécessaire pour obtenir le bon support."

Philippe Chevalier, fondateur de N-Side. ©Dieter Telemans

Sauf que le cadre, lui, est mouvant, flottant au vent de l’ingénierie législative et fiscale, sport national de nos édiles politiques. "On se lance actuellement dans un nouveau développement pour lequel on aimerait éventuellement faire appel à des financements régionaux, témoigne Philippe Chevalier, fondateur de N-Side, spécialiste de l’aide à l’optimalisation dans les secteurs pharmaceutiques et de l’énergie. On a dû faire appel à un consultant, ce qui montre déjà combien c'est compliqué: ça veut dire qu'une partie de l'aide va aller chez ce consultant. Deuxièmement, le résultat, c’est une liste de toute sorte de petites aides par-ci, par-là. Est-ce qu'il n'y a pas moyen de faire plus simple?"

"Le problème, c'est que quand vous passez à une taille critique, ce n'est pas seulement le fait de multiplier les compétences, c'est de les trouver."
Philippe Chevalier
Fondateur et CEO de Novadip

Trouver les compétences

Compliqué tout ça. Surtout quand ces contraintes exogènes viennent s’ajouter aux problèmes quotidiens. "Au début, il faut être créatif, avoir 100 idées à l’heure et se concentrer sur le premier produit, raconte Muriel Bernard, fondatrice et CEO d’eFarmz, plateforme électronique de vente de boîtes-repas et de denrées bio. Ensuite, il faut savoir structurer, bien s’entourer, gérer les équipes, arriver à insuffler sans faire les choses soi-même. Il faut apprendre à lever des fonds, structurer la boîte de façon efficace d’un point de vue financier. C’est un autre métier."

Muriel Bernard, CEO d'eFarmz. ©Jonas Roosens

Bien s’entourer, c’est LE défi numéro un de nos interlocuteurs. Accompagner la croissance avec les bons talents, aux bons endroits, avec la bonne vision de l’ensemble. "Le problème, c'est que quand vous passez à une taille critique, ce n'est pas seulement le fait de multiplier les compétences, c'est de les trouver", ramasse Denis Dufrane de Novadip.

Alors, entrepreneurs et entrepreneuses en croissance, toujours motivé(e)s ? "L'entrepreneuriat est quelque chose de très exigeant, demande beaucoup d'énergie. Ce n'est pas un sprint, mais un marathon, un trail même", concède Philippe Chevalier chez N-Side. Qui conclut, en amateur de philosophie: "Il faut avoir cette impatience de toujours vouloir aller de l'avant, mais avoir la sagesse de se dire que le monde ne s'est pas fait en un jour."

Les conseils de nos interlocuteurs pour faire croître son entreprise

Amélie Matton, CEO d’Ecosteryl: "Avoir une bonne gestion de cette trésorerie est nécessaire pour pouvoir amortir les chocs et faire la différence en temps de crise."

Muriel Bernard, fondatrice et CEO d’eFarmz: "Il faut travailler par palier de croissance. Trouver son public pour développer les ventes pour chaque palier et organiser l’opérationnel pour répondre à la future demande et au volume."

Quentin Colmant, CEO de Qover: "Au départ, un créatif pur et dur suffit. Ensuite, il faut savoir gérer un agenda pas forcément fun avec des devoirs et obligations, c’est un autre monde."

Claire Munck, CEO de BeAngels: "À chaque étape de développement, il faut aussi se poser la question: suis-je le bon CEO? Ce qui n'est pas forcément facile."

Benoît Deper, CEO d’Aerospacelab: "Les incubateurs, qui pouponnent les entrepreneurs comme si c'étaient des bébés, ce n’est pas leur rendre service. Une fois lâché dans la nature, il faut être coriace."

Denis Dufrane, CEO de Novadip: "Transparence et résilience vont de pair: il faut savoir expliquer et avoir des arguments pour que votre personnel comprenne qu'on est parfois dans une phase difficile."

Fabrice Brion, fondateur et CEO d’I-Care: "Je dis toujours que mon job change tous les 18 mois: mon rôle, c'est de préparer mon job dans 18 mois et faire en sorte que quelqu'un d'autre sache faire mon job d'aujourd'hui."

Philippe Chevalier, fondateur et CEO de N-Side: "Il faut rester cohérent, garder la vision, garder le cap. Les tournants peuvent venir à tout moment, on ne sait jamais quand."

Rejoignez la dynamique Yaka!

Yaka!, c'est une invitation lancée par L'Echo à toute la communauté business francophone pour stimuler l'esprit d’entreprendre en Wallonie et à Bruxelles. 

L'esprit Yaka! a inspiré le rappeur Krisy

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