Avec l'affaire du Samusocial, les Bruxellois tiennent leur petit Publifin

©Photo News

Le Parlement bruxellois a voté à l’unanimité l’installation d’une commission d’enquête. Dans le collimateur, entre autres, le bourgmestre Yvan Mayeur.

Dallas-sur-Senne. Traqueurs de mauvaise gouvernance et autres redresseurs de torts, l’affaire Publifin/Nethys étant sur la pente descendante en Wallonie, Bruxelles, avec l’affaire du Samusocial, vous donne l’occasion de remettre les mains dans le cambouis. Et tous les ingrédients du cocktail sont réunis: rémunérations floues, avantages divers, arrangements entre camarades sur le dos de la bête publique, liens délicats avec les sponsors privés et – depuis ce mercredi – une commission d’enquête.

Les députés bruxellois ont en effet, à l’unanimité, décidé d’installer une commission chargée de faire la lumière sur cette affaire de mauvaise gouvernance. Fait notable: alors que ce sont des responsables socialistes qui sont dans l’œil du cyclone (Pascale Peraïta et Yvan Mayeur), le PS s’est prononcé en faveur de ladite commission.

"Il va y avoir du sport dans cette commission d’enquête."
un député bruxellois

Le président du Parlement bruxellois, Charles Picqué, s’est montré particulièrement irrité, mercredi, par des courriers de mise en demeure émanant du cabinet d’avocats Uyttendaele intimant aux autorités régionales de ne pas enquêter sur le Samusocial… "C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de Charles Picqué, raconte un témoin de la scène. Il a pris tout le monde de court et a mis la proposition de commission d’enquête au vote. Elle a été adoptée à l’unanimité, même par les représentants socialistes." Dont l’échevin de la Ville de Bruxelles Philippe Close (PS).

Alors, de quoi parle-t-on? Le Samusocial, c’est l’instance par qui le scandale arrive: ASBL privée fondée au début des années nonante, elle a comme objectif la lutte contre la grande pauvreté à Bruxelles et, entre autres, le soutien d’urgence aux sans-abri. L’ASBL est placée sous la coupe du CPAS de la Ville de Bruxelles – elle a son siège à la même adresse. Son budget de l’ordre de 12 millions d’euros (en 2016) est à 98% composé de subventions publiques (communale, régionale, fédérale); le reste provient de dons du privé – l’opérateur Interparking, Proximus ou Carrefour, par exemple.

Pascale Peraïta et Yvan Mayeur ©BELGA

Au niveau organisationnel, le Samusocial est entre les mains du PS de la Ville de Bruxelles: Pascale Peraïta en exerce la présidence. C’est la fidèle amie/alliée de trente ans d’Yvan Mayeur – l’actuel bourgmestre de Bruxelles et lui-même ancien président du puissant CPAS bruxellois. Yvan Mayeur himself a démissionné de son poste au Samusocial en janvier dernier – il refuse de fournir des explications à ce sujet. Pour l’heure, les neuf administrateurs du Samusocial sont socialistes ou apparentés.

Qui est Pascale Peraïta? Dans la tradition des grandes pieuvres rouges (remember Edmée De Groeve), Pascale Peraïta cumule les mandats publics et parapublics pour le compte du PS de la Ville de Bruxelles. Présidente du CPAS, elle est également en poste au Samusocial, au conseil d’administration de l’hôpital Saint-Pierre ou encore de la Société bruxelloise des habitations – une curieuse société anonyme elle aussi logée au sein du CPAS. Bref, un entrelacs de mandats publics/privés avec à la clé de grosses rémunérations. Cela a récemment fait dire à Madame Peraïta que son salaire global excédait "probablement" la limite autorisée des 150% du salaire d’un député.

18.900 €
Montant touché en 2015 par Yvan Mayeur comme gestionnaire du Samusocial.

Quel est le problème? Au-delà du problème de fond qui fait dire à certains que le Samusocial n’est qu’une nasse à subsides se cantonnant dans l’humanitaire et ne faisant pas sortir les gens de la pauvreté (le député Ecolo Alain Maron, par exemple), c’est surtout sur la gouvernance que la commission d’enquête va se pencher.

Pour faire simple, des rémunérations coquettes ont été alloués aux quatre gestionnaires du Samusocial (60.000 euros/an). Selon la RTBF, lesdits gestionnaires ont touché entre 15.000 et 19.000 euros/an pour leur travail. Yvan Mayeur lui-même aurait perçu 16.800 euros brut en 2015 et 18.900 euros l’an dernier en tant que membre du "bureau" du Samusocial. Contacté, il n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Le hic – à côté du montant des rémunérations –, c’est que, dans un premier temps, Pascale Peraïta et ses adjoints ont juré que ces montants étaient perçus pour des réunions de travail et payés sur jetons de présence. Il n’en est finalement rien: à ce stade, aucune trace de quelconque réunion n’a été fournie. Toute ressemblance avec les comités de secteurs de Publifin, etc., etc.

Et quelles conséquences politiques? Si vous aimez le billard à bandes, vous allez être servi. L’ultrapuissance de Mayeur agace partout et tout le monde – en particulier au sein du Parti socialiste. Entre camarades, on voit dans cette affaire l’occasion de couper quelques plumes au paon Mayeur. Pour Rudi Vervoort, par exemple, le ministre-président bruxellois, qui doit sans cesse composer avec la Ville, si Mayeur en sort affaibli, ce n’est pas pour lui déplaire. Par ricochet, on notera aussi que la présidente de la fédération PS de Bruxelles Laurette Onkelinx a des billes à perdre dans l’aventure: elle a toujours couvert/couvé Yvan Mayeur; elle en est donc comptable. Harcelé sur sa gauche par le PTB, le Parti socialiste peut-il actuellement se permettre le luxe d’étaler ses divisions sur la place publique? Poser la question, c’est y répondre. Enfin, pour l’anecdote, on notera que c’est le cabinet de Marc Uyttendaele qui défend les intérêts de Pascale Peraïta et du Samusocial.

Les prochains épisodes devraient être palpitants. Yvan Mayeur n’est pas du style à rendre les armes et le Parlement bruxellois va, à n’en point douter, saisir l’occasion de cette commission d’enquête pour (enfin?) jouer dans la cour des grands, comme cela a été le cas à Namur avec les épisodes du Ceta et de Publifin.

On notera également qu’en parallèle, le gouvernement bruxellois a l’intention de lancer des audits afin d’éclaircir la nébuleuse du Samusocial et du CPAS de la ville de Bruxelles.

Dissolution du bureau

Le conseil d'administration du Samusocial réuni mercredi soir a décidé de demander la transformation de l'association en un outil régional. Il a également décidé de la dissolution du bureau et dit prendre acte de la démission de l'ensemble des administrateurs. Autre décision intervenue mercredi soir: la suspension des jetons de présence.

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