reportage

Berteaux, la maison facile à vivre de Louis-Herman De Koninck

©Saskia Vanderstichele

Pendant une semaine, L’Echo vous ouvre les portes de perles architecturales bruxelloises. Troisième halte à Uccle dans la maison Berteaux, l’une des œuvres les plus personnelles de l’architecte moderniste Louis-Herman De Koninck, également à l’origine des célèbres cuisines Cubex. (3/4)

Xavier De Breucker le confie sans détour, l’intérêt suscité par la découverte de la maison Berteaux a rapidement tourné à l’obsession. Férus d’architecture, sa compagne Pascale Dedoncker et lui participaient à l’époque régulièrement aux visites de bâtisses Art déco et Art nouveau organisées par l’ASBL Arkadia. Mais c’est la Maison Dotremont, conçue par l’architecte moderniste Louis-Herman De Koninck, qui a finalement retenu leur attention. "Dans un livre d’architecture, on a eu le coup de foudre pour une autre maison de De Koninck. Il était juste indiqué qu’elle se trouvait à Uccle, donc nous avons d’abord dû chercher l’adresse. Pendant des années, on faisait des promenades pour aller voir cette maison qui se dégradait. Je connaissais les plans par cœur! Via, via, on a fini par savoir qui était le propriétaire."

"Nous avons fait évoluer la fonction- nalité de la maison selon les préceptes des modernistes."
Pascale Dedoncker
Copropriétaire de la Villa Berteaux

La maison porte le nom de son maître d’œuvre, Raoul Berteaux, ingénieur chimiste chez Solvay, qui commanda sa construction à l’architecte Louis-Herman De Koninck en 1936, en lisière de la forêt de Soignes. Même si l’avenue du Fort-Jaco est restée très paisible et verdoyante, on se trouvait à l’époque en rase campagne. "Sur l’une des photos d’époque de la maison, on peut même voir un berger promener ses moutons", raconte Pascale Dedoncker. Après une année de valse-hésitation, le neveu et fils adoptif de Raoul Berteaux acceptaient, en 2007, de leur céder la demeure familiale.

©Saskia Vanderstichele

Dans la pièce de bureau séparée du salon par une porte en bois coulissante retrouvée dans le garage lors de l’acquisition, les étagères et le meuble vitré faits sur mesure par Louis-Herman De Koninck sont toujours présents. Au sol, un tapis d’Eileen Gray aux formes géométriques, dont un grand carré rouge vif, fait écho à la structure de cette maison entièrement construite en béton coulé. "Ce sont deux cubes emboîtés et une structure portante sur trois pilotis, résume Xavier De Breucker penché sur les plans. Louis-Herman De Koninck aimait beaucoup cette maison, ce qui s’explique notamment par l’absence de contraintes. Le commanditaire n’avait qu’une seule exigence. Comme il redoutait les intoxications au CO à la suite d’un incident familial, Raoul Berteaux avait demandé que la cheminée ne soit pas incorporée au bâtiment. Sur tout le reste, De Koninck a pu se lâcher." Dressée à l’avant, la tour de cheminée est l’un des éléments caractéristiques de l’habitation, à l’instar des trois hublots qui donnent, à l’intérieur, sur les commodités.

En mauvais état lors de l’achat, la maison a fait l’objet d’une profonde rénovation sur fonds privés. S’il n’était pas question de modifier structurellement les volumes et l’apparence extérieure, le couple a tout de même effectué plusieurs aménagements. Par exemple, le salon et la salle à manger qui donnent sur le jardin sont aujourd’hui dotés de grandes baies vitrées. "De Koninck avait soumis deux projets dont l’un avec des baies vitrées, mais à l’époque, c’était assez cher et rare et ce n’est pas cette option qui a été préférée. Avant d’ouvrir l’arrière du bâtiment, nous avons donc consulté sa fille, également architecte, qui nous a assuré qu’il aurait adoré."

"Certains pensent qu’il s’agit d’une maison des années 90 et pas des années 30."
Xavier De Breucker

Les propriétaires ne voulaient pas vivre comme dans un musée où l’on ne touche à rien. "Nous n’avons pas trahi l’esprit, au contraire. Nous avons fait évoluer la fonctionnalité de la maison selon les préceptes des modernistes", assure Pascale Dedoncker qui insiste sur le fait qu’il s’agit d’une maison très facile à vivre. Le plan carré permet d’amener de la lumière partout. Et contrairement à certains de leurs amis habitant dans d’autres maisons de style moderniste, le couple n’a jamais froid en hiver grâce à un système de vide ventilé dans les murs. Quant à l’immense terrasse en toiture encerclée de garde-corps métalliques, celle-ci fait toujours autant d’effet sur les visiteurs à l’heure de l’apéro ou du bain de soleil.

Cubex, l’ancêtre de la cuisine équipée

©Saskia Vanderstichele

"Certains pensent qu’il s’agit d’une maison des années 90 et pas des années 30", indique Xavier De Breucker, qui précise que les trois grandes étagères en béton du salon, occupées en grande partie par des ouvrages d’architecture et de design, sont d’époque malgré leur apparence contemporaine. Au niveau de la décoration, les propriétaires ont résisté à la tentation de faire de leur intérieur une sorte de show-room. Du coup, des pièces iconiques comme la table basse Noguchi côtoient des objets chinés dans les brocantes.

Le chef de file du mouvement moderniste belge est aussi connu pour avoir mis au point les cuisines Cubex. "C’est l’ancêtre des cuisines équipées modernes, mais comme les Belges sont trop modestes, ce n’est pas très connu. Louis-Herman De Koninck fut le premier à standardiser les modules, chaque élément faisant 60 centimètres de large, et à intégrer les appareils électroménagers. Les cuisines Cubex furent commercialisées par l’entrepreneur anversois Van de Ven qui en a vendu des milliers jusque dans les années soixante", raconte Xavier De Breucker, qui a récemment relancé la marque.

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